Il ne se passe rien tout au long des quarante histoires, réparties en trois parties distinctes, qui composent D'une terrasse à l'autre, le curieux recueil de nouvelles par lequel l'auteure serbe Mira Popovic fait son entrée dans nos bibliothèques. Mais ces petits riens-là sont de ceux qui tissent la trame de nos vies.
La première partie réunit les nouvelles qui se donnent pour "programme" l'irruption de l'absurde dans le quotidien. La deuxième, qui donne son titre au volume, introduit un rapport à l'imaginaire entre Paris et Belgrade (Mira Popovic a longtemps vécu à Paris). La troisième se veut comme une suite d'instantanés doucement oniriques. Par des effets hyperréalistes infiniment troublants, Popovic finit par induire dans ses saynètes un véritable effet de sidération. Tout cela (le sandwich que chaque jour à heure fixe une femme prépare à son mari, la paire de chaussures entrevues dans la vitrine d'un magasin parisien, la nuque d'un chauffeur de taxi, etc.) est en quelque sorte trop réel pour être honnête... Tellement réel que c'est le réel même qui finit par être douteux, comme s'il ne servait qu'à célébrer toujours les noces d'un ornithorynque et d'une machine à coudre... Les abîmes de la folie prennent alors les atours glacés d'une irréfutable présence au monde. Heureusement que règne en ces pages un humour tendre qui vient réchauffer tout cela et rassurer autant que consoler le lecteur. Bref, une voix joliment tordue nous est née ; soyez parmi les premiers à l'entendre et la défendre.
