14 NOVEMBRE - HISTOIRE France

Est-ce un effet de balancier ? Alors que les usines ferment, la mémoire du monde ouvrier revient en librairie. Après Lucie Baud (1), subtilement exhumée par Michelle Perrot dans Mélancolie ouvrière (Grasset), Jean-Pierre Rioux propose les Mémoires de Léonard, maçon de la Creuse, qu'il avait déjà présenté en 1976 chez Maspero.

Martin Nadaud en 1948- Photo DR

Le livre avait été publié en 1895 par Martin Nadaud (1815-1898), simple ouvrier à Paris qui devint disciple de Cabet, le socialiste utopique. Elu député de la Creuse en 1849, il vota avec la Montagne et fut contraint à l'exil en Angleterre. Il y apprit la langue de Shakespeare, qu'il finit par enseigner, et écrivit une Histoire des classes ouvrières en Angleterre.

Cette autobiographie dans laquelle il se dissimule sous le prénom de Léonard, celui de son père, se veut un manuel de courage et de ténacité, l'itinéraire d'un Petit Chose devenu quelqu'un. Un bâtisseur de la IIIe République.

Jean-Pierre Rioux raconte le destin de ce texte qui eut son heure de gloire dans la France républicaine avec quelques rééditions dans les années 1970 dont celle établie par Maurice Agulhon chez Hachette. Il rappelle ce qu'était cette France : âpre, avec le rêve d'y arriver. Grâce à la République, justement.

Ces Mémoires méritent d'être lus pour cela. Ce n'est pas le style appliqué qui retient l'attention, mais ce qui est dit d'un monde perdu où l'on bouffe autant de la vache enragée que du curé.

Et puis, on croit en la politique ! Le député de la Creuse oeuvrera pour une société plus juste, une réglementation du travail des femmes et des enfants, et sera à l'origine d'une fameuse formule : "Quand le bâtiment va, tout va !"

(1) Voir LH 924, p. 22-23.

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