9 février > Récit France > Hubert Cavert

Parfois, il suffit de rien pour que l’Histoire, la tragédie et l’espérance changent une vie. D’une question d’orthographe, par exemple. Celle qui, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, fit du petit Herbert Kawer, réfugié juif autrichien en fuite dans le sud-ouest et le Midi de la France, un Hubert Cavert au patronyme bien moins suspect. Pour en arriver là, il avait fallu à ce garçon, à sa famille, traverser non seulement un vieux continent à l’agonie, mais aussi le tumulte des temps, s’affronter à l’absence des siens et à une histoire remontant à bien avant sa naissance, à la gloire d’un empire désormais déchu.

Parvenu au soir de sa vie, cette histoire, Hubert Cavert a entrepris de la raconter. Et ce qui devait être un simple manuscrit à la seule destination de ses enfants et petits-enfants est devenu un livre par la grâce d’Olivier Wieviorka, ami du fils de l’auteur, qui l’a "amené" aux éditions Perrin et en préface aujourd’hui la publication. Ce qui peut justifier qu’il en soit ainsi, c’est que La mémoire des Kawer touche à l’universel sans jamais se départir d’une vraie singularité. Cela tient d’abord au ton, au style, qui sont ceux du mémorialiste. On croit deviner qu’Hubert Cavert ne manquait ni d’humour (un humour joliment pince-sans-rire et paradoxal) ni de capacité à prendre du recul sur sa propre histoire. C’est ainsi qu’il la fait naître non au moment de sa propre naissance, mais aux années 1860, en ce moment particulier où l’Empire austro-hongrois vacille déjà alors même que Joseph II octroyait aux juifs des droits équivalents à ceux des chrétiens. Hubert Cavert raconte d’abord un processus d’assimilation des juifs, des marches tchèques et sudètes de l’empire jusqu’à Vienne, processus que balaiera la barbarie nazie. On songe en le lisant au sublime La mémoire retrouvée d’Edmund de Waal (Albin Michel, 2011). Ce monde-là est sans doute englouti à jamais, mais ses fantômes ne cessent de hanter la mémoire collective. Comme ne sera pas oubliée non plus la force de vie de cet Hubert-Herbert qui, au cœur du chaos, impose sa force de vie, son espoir insensé, sa volonté de rendre compte des jours et des joies, des justes et des morts. Olivier Mony

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