BANDE DESSINÉE

Un Panorama (positif) de la BD pour "relever les défis des années à venir"

Photo CNL

Un Panorama (positif) de la BD pour "relever les défis des années à venir"

Après l’étude « Les Français et la BD », publiée par le CNL en septembre 2020, Xavier Guilbert, rédacteur en chef du site du9, a rédigé une étude sur "Panorama de la bande dessinée en France 2010-2020", pour clôturer l’Année de la bande dessinée « BD 20-21 ». 

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Par Thomas Faidherbe,
Créé le 21.06.2021 à 17h38,
Mis à jour le 21.06.2021 à 18h00

Après son étude « Les Français et la BD » publiée en septembre 2020, le Centre national du livre (CNL) a dévoilé lors d'une conférence en ligne, mercredi 16 juin, un rapport approfondi sur les tendances de la bande dessinée sur 10 ans.

Rédigé par Xavier Guilbert, rédacteur en chef du site du9, le Panorama de la bande dessinée en France 2010-2020 décrypte "les grandes tendances, les spécificités, les paradoxes et les dynamiques à l’œuvre dans le secteur de la bande dessinée depuis 10 ans." Le document, remis dans le cadre de l’Année de la BD révèle également "les grands défis auxquels tous les acteurs du secteur de la bande dessinée devront se confronter dans les années à venir."

Pour Régine Hatchondo, Présidente du CNL, "Ce panorama de la bande dessinée en France nous offre ainsi de nombreuses pistes de réflexions et révèle les grands défis auxquels tous les acteurs du secteur devront se confronter dans les années à venir : un lectorat plutôt jeune dont le vivier diminue avec l’âge ; une offre numérique qui ne parvient pas à s’installer dans les pratiques malgré l’existence de plateformes dédiées ; un marché dynamique, mais très concentré et avec de fortes disparités ; des tensions entre auteurs et éditeurs ; enfin, le sentiment que la bande dessinée n’est pas encore tout à fait parvenue à acquérir une véritable reconnaissance institutionnelle."

Elle souhaite, pour répondre à ces défis, que "le CNL participe pleinement aux actions qui seront menées pour développer le lectorat et favoriser la diversité dans le secteur, mais aussi qu’il soit le lieu de l’échange et du dialogue entre tous les acteurs de la bande dessinée."

La BD, un secteur en pleine croissance

Le rapport de Xavier Guilbert servira de base pour construire cette politique, alors que le 9e art n'a jamais été aussi productif et populaire.

Après une année 2020, ponctuée de confinements à cause de la pandémie, la Bande Dessinée aurait pu craindre le pire. Toutefois, la BD a connu une phase d'expansion tout au long de la décennie. Entre 2010 et 2020, le chiffre d'affaires du 9e art a crû de 45,7%, s'établissant à 591 millions en 2020 contre 405,7 millions en 2010. Même constat pour les ventes, le nombre d'exemplaires vendus est en hausse, passant de 39,6 millions (2010) à 53 millions en 2020, soit une augmentation de 33,9%.
 
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Le rapport de Xavier Guilbert note que la période 2010-2020 a été marquée par un phénomène de consolidation des regroupements entre les éditeurs dans la production de BD. Avec cinq groupes d'édition qui dominent le marché : Média-Participations, Glénat, Delcourt, Madrigall et Hachette. A eux seuls, ils représentent plus de la moitié du marché, qui englobe environ 400 éditeurs.

Une segmentation marquée par quatre genres

Selon l'étude, la bande dessinée se divise en quatre grands genres : BD de genres, Mangas, BD jeunesse, Comics. En 2010, le marché était dominé par les BD de genres, avec 15,8 millions d’exemplaires vendus. En l'espace d'une décennie, la BD de genres est globalement en perte de vitesse. Ses meilleures franchises comme Largo Winch, XIII, Lanfeust de Troy vivent un fléchissement progressif. En 2020, les éditeurs en ont vendu 14,3 millions d'exemplaires, soit une baisse de 9,2% par rapport à 2010. 

La BD de genres est désormais rattrapée par les mangas. La bande dessinée japonaise a pris la tête du marché de la BD, avec 22,5 millions d’exemplaires vendus en 2020. "Le manga s’est affirmé comme catégorie à part" explique Xavier Guilbert. Sur la fin de la décennie, la bande dessinée japonaise est en progression de 72 % en valeur, dépassant, pour la première fois, la barre des 40 % de part de marché au sein des ventes globales de bande dessinée. Cette progression s'explique par la diversification des offres éditoriales et l'émergence de nouvelles séries best-sellers : L’Attaque des Titans (Pika, à partir de 2013), My Hero Academia (Ki-oon, 2016), One-Punch Man (Kurokawa, 2016), Dragon Ball Super (Glénat, 2017), The Promised Neverland (Kazé, 2018).   

Le segment de la Bande Dessinée jeunesse est lui aussi en progression. Le secteur est porté par de fortes séries à succès, dont la publication la plus vendue en France (tous genres et formats confondus) Astérix (plus de 14 millions d’exemplaires vendus entre 2010-2020). Toutefois, trois nouvelles séries viennent apporter un nouvel élan au secteur, à commencer le phénomène Mortelle Adèle de Mr Tan, Miss Prickly et Diane Le Feyer (Tourbillon), qui "explique plus de 4 % de la croissance du segment BD Jeunesse, en 2019 et 2020." Elle est suivie par Les Légendaires de Patrick Sobral (Delcourt) et Les Sisters, de Christophe Cazenove et William (Bamboo). 

Le Comics reste un marché de niche, qui représente 6% du total du marché en France. Malgré cette part minoritaire dans les ventes, le Comics a bien traversé la décennie passée de 2010 à 2020. Il a connu la plus forte croissance, avec un chiffre d'affaires qui a plus que doublé, passant de 1,3 M€ à 3,1 M€. 

Un jeune lectorat dominant 

D'après le panorama de la bande dessinée en France, la bande dessinée est plébiscitée par une population plutôt jeune. 77% des jeunes de -15 ans lisent des bandes dessinées, contre 43% pour les + de 15 ans. Cependant, l'âge moyen des lecteurs reste âgé et s'établit à 34 ans. La part de lectrices reste globalement stable durant la période 2010-2020, autour de 40 à 50%. 
 
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De plus, les modes de consommation diffèrent selon les âges. "3/4 des jeunes lisent des bandes dessinées (12 par an), quand moins de la moitié des adultes en lit (3 par an)" précise l’enquête CNL/Ipsos de 2020. 

Xavier Guilbert dévoile également un profil de lecteur inchangé depuis plus de vingt ans. Les lecteurs de bande dessinée vivent généralement dans un foyer CSP+ et sont de grands lecteurs qui lisent de nombreux autres genres littéraires (en plus des bandes dessinées), et ce plus que l’ensemble des adultes de la population française. Ainsi, le rapport confirme que « La bande dessinée est davantage prisée par un public jeune et cultivé . »
   

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