Un tour du monde des librairies à vélo | Livres Hebdo

Par Clarisse Normand, le 09.09.2016 (mis à jour le 09.09.2016 à 10h37) Cyclopédie

Un tour du monde des librairies à vélo

Edouard Delbende, 23 ans, et Charlélie Lecanu, 24 ans, au CNL lors de la soirée de départ. - Photo OLIVIER DION

Deux jeunes diplômés de l’ESCP, Edouard Delbende et Charlélie Lecanu, entament un tour du monde à vélo à la rencontre des libraires francophones. Une aventure sportive et littéraire de près d’un an, baptisée Cyclopédie, et dont Livres Hebdo est partenaire.

C’est parti ! Le 2 septembre, deux jeunes diplômés de l’école de commerce ESCP, Charlélie Lecanu, 24 ans, et Edouard Delbende, 23 ans, ont fêté leur départ au Centre national du livre en compagnie d’une vingtaine de partenaires et sponsors (1). Et le 4 septembre au matin, gonflés à bloc, ils enfourchaient leur vélo, place des Invalides, à Paris, pour un tour du monde prévu sur dix mois à la rencontre des libraires francophones.

Baptisé Cyclopédie, leur projet, expliquent-ils de concert, vise à "faire découvrir et mettre en valeur les libraires francophones rencontrés tout au long de notre périple, mais aussi à apporter du lien en fédérant, à l’occasion de notre passage, les acteurs locaux, professionnels et non professionnels, autour de discussions et de débats".

L’itinéraire des cyclopédistes

Aiguillonnés par leur goût pour les livres et la lecture, mais aussi pour les voyages, comme en témoignent leurs nombreuses expatriations à Londres, Berlin, Rio ou encore Hong Kong grâce aux stages et programmes d’échange de leur école, ils ont eu envie de toucher de près les deux univers. "Lecteurs avides et clients assidus de librairies en France et à l’étranger, où nous avons découvert un réseau de personnes passionnées et passionnantes, explique Charlélie Lecanu, nous avons eu envie d’aller plus loin et de savoir comment fonctionne cet univers du livre. D’autant que les écoles de commerce s’intéressent peu aux industries culturelles."

Le déclic

D’après Edouard Delbende, "le déclic est venu d’un récit de voyage, On a roulé sur la Terre de Sylvain Tesson et Alexandre Poussin. Nous avons voulu nous aussi vivre ce type d’aventure et, vingt ans après, nous reprenons leur parcours, avec quelques variantes dues autant à des questions de sécurité qu’aux conditions climatiques lors de notre passage. Au total, nous traverserons une vingtaine de pays, et certaines parties de notre trajet se feront en avion."

Sur les 50 000 kilomètres que compte leur tour, les deux cyclopédistes en parcourront 16 000 à la force du mollet, avec quelques ascensions dignes de Louison Bobet, dont celles des Pyrénées et surtout des Andes. Un défi sportif auquel ils se sont préparés ces derniers mois en ne se déplaçant plus qu’à vélo et en participant à des marathons, un de leurs sports de prédilection. "On n’a pas monté Cyclopédie comme un projet de vacances, mais comme un vrai projet entrepreneurial", explique Charlélie Lecanu. Les deux jeunes Bretons d’origine (Edouard est de Nantes, Charlélie de Vitré), amis depuis leur rencontre il y a cinq ans à Nantes "sur les bancs d’une prépa, lieu et moment où se forgent des liens forts", observe Edouard Delbende, ne sortent pas d’une école de commerce pour rien. En témoigne la façon dont ils ont construit leur projet et les nombreux et pertinents partenariats qu’ils ont noués.

"Nous sommes vraiment entrés dans le concret en janvier après avoir rencontré par hasard Sylvain Tesson à la librairie L’Œil écoute, à Paris", se souvient Charlélie Lecanu. Enthousiaste, l’écrivain voyageur devient leur parrain et les introduit dans le milieu, notamment auprès de son alter ego Priscilla Telmon, qu’ils rencontrent à Rio, où ils se trouvent pour leurs études. A leur retour en France, ils échangent avec l’Association internationale des libraires francophones (AILF) et le Centre national du livre qui leur fournissent des cartes et des contacts de librairies à l’étranger leur permettant d’ajuster leur parcours. "Nous avons alors pris contact par mail avec les libraires, poursuit Edouard Delbende. Beaucoup ont répondu avec enthousiasme et nous attendent !" Soit plus de 25 librairies parmi lesquelles Jaimes à Barcelone, Les Insolites à Tanger, Le Carrefour des livres à Casablanca, Las Mil y una hojas à Buenos Aires, Le Comptoir à Santiago, Nam Phong à Hô Chi Minh-Ville…

Ayant multiplié les échanges avec les professionnels du livre, ils découvrent "un milieu tout petit mais très ouvert d’esprit, et avec un supplément d’âme, observe Charlélie Lecanu. Un milieu assez différent de celui auquel on s’attendait et surtout très différent de celui des banques et assurances dont nous avons aussi sollicité le soutien, mais dont l’accueil a été plus distant avec des prises de décision relevant d’une organisation hiérarchique beaucoup plus lourde."

Crowdfunding

Côté chiffres, leur budget s’élève à 28 000 euros, "financés à 80 % sur nos économies", précisent-ils en chœur. Au-delà des soutiens de leurs partenaires, ils entendent boucler leur financement grâce à une opération de crowdfunding lancée le 2 septembre sur la plateforme régionale Kengo.bzh.

"Au-delà des gros mollets, lance Edouard Delbende, notre ambition, qui n’a rien de professionnel dans la mesure où nous n’avons pas l’intention de faire carrière dans le livre, est de faire des rencontres heureuses et enrichissantes. Et de les partager à travers une série de portraits de libraires publiés sur notre site, mais aussi, à l’issue de notre périple, avec un film et sans doute un livre."

Livres Hebdo leur ouvrira aussi ses colonnes une fois par mois, à partir d’octobre. Ils y relateront leurs rencontres, leurs impressions et mettront en avant un libraire de leur choix. Prochain rendez-vous en Espagne, leur première étape où ils doivent arriver fin septembre.

(1) Le projet Cyclopédie est soutenu par une vingtaine de partenaires dont une dizaine relevant du monde du livre : Livres Hebdo, Electre, l’Association internationale des libraires francophones (AILF), La Centrale de l’édition, Garzón Diffusion internationale, le Centre national du livre (CNL), le Motif, Madrigall, La Martinière ou encore la Fondation Jan Michalski.

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