7 FÉVRIER - ROMAN Pays-Bas

C'est l'histoire d'une femme qui s'absente. Agnès. La quarantaine, professeure d'université quelque part dans sa Hollande natale, un mari, une thèse sur Emily Dickinson, un étudiant dont elle est tombée amoureuse, des parents qui lui préfèrent leur télévision, le souvenir d'un oncle excentrique, désespéré... Alors, un jour, pour fuir l'insidieuse complexité de sa vie ou pour prendre l'air, au début de l'hiver, Agnès s'en est allée. Sans prévenir, sans savoir très bien elle-même vers quelle destination, elle est montée sur un ferry, y a laissé son téléphone portable, et s'est réinventé une façon d'être au monde, loin, dans un cottage perdu sur la lande galloise. Et alors qu'aux Pays-Bas son mari engage un détective privé pour essayer de la retrouver, Agnès, l'espace de deux ou trois mois, dans l'âpreté d'une vie où chaque rencontre (un voisin intrusif, un jeune homme comme un ange annonciateur d'on ne sait quoi) déplace et, finalement, renforce sa solitude choisie, va accompagner le temps qui passe, assassin. Et peu à peu reconquérir quelque chose de sa liberté.

"J'ai fait pour te trouver un détour par la vie", >écrivait Henri Thomas. Ce Détour, celui de cette "femme à sa fenêtre" éprouvant les arêtes vives de son isolement, >est aussi celui de ce deuxième roman de Gerbrand Bakker, plus puissant que le premier, Là-haut, tout est calme (Gallimard, 2009). Avec quelques autres (Tommy Wieringa, Peter Buwalda...), Bakker, la cinquantaine, est l'un des chefs de file de cette "génération dorée" de romanciers bataves qui bouscule le paysage romanesque européen. Salué par tous (et notamment, dans un article pour The Guardian, par John Burnside, qui partage avec Bakker la même puissance d'incarnation), ce Détour, à la fois chant assourdi, mais élégiaque, et sombre méditation métaphysique, résonne longuement et profondément en son lecteur. Hanté par la peur de la prédation (les oies dont Agnès a la charge sont décimées par des renards, les hommes ne cessent de la débusquer), le livre distille une atmosphère de malaise. Comme un lent et merveilleux cauchemar.

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