Je l'ai lu attentivement, ce rapport au Président de la République, en date du 17 décembre 2012, issu des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche. Afin de légitimer l'exercice, de donner corps au catalogue de propositions, le ton est donné. Point de modestie. Il s'agit de rien de moins que ... d' «  affirmer un cap de civilisation  ». Et, pour ce faire, 135 propositions sont présentées en une série de chapitres : agir pour la réussite de tous les étudiants, donner une nouvelle ambition pour la recherche, redéfinir l'organisation nationale et territoriale de l'enseignement supérieur et de la recherche, mieux reconnaître l'activité des femmes et des hommes, affirmer l'engagement de la France dans l'enseignement supérieur et la recherche. Certaines propositions sont intéressantes, d'autres plus contestables. Tel n'est pas mon propos aujourd'hui. Je voudrais simplement relever un point ; j'y ai cherché en vain quelque réflexion sur les publications : éditions d'articles scientifiques et de livres. Rien sur les premiers, pourtant aujourd'hui objet de considérations stratégiques essentielles ! Ils sont au cœur de plusieurs enjeux : la diffusion des recherches, la certification de la qualité et l'évaluation, l'allocation des budgets des bibliothèques universitaires et donc des documents à la disposition des chercheurs et des étudiants. Quant aux livres, il y a belle lurette que nombre de disciplines ne les reconnaissent plus. Les instances d'évaluation publique les regardent avec mépris. Ce sont pourtant les presses universitaires, lorsqu'elles sont de qualité, qui portent une large part de la diffusion de la recherche auprès de publics dont les compétences peuvent être hétérogènes. On pourrait aussi développer plus encore des co-éditions de qualité associant public et privé. Ajoutons que les crédits des bibliothèques devraient « sanctuariser » une part destinée à l'achat de livres, face à la montée des abonnements aux revues. La proposition 73 du rapport insiste sur la nécessité de «  développer des pratiques permettant de démocratiser les choix scientifiques et de mener des débats de société au niveau local ou régional comme au niveau national  ». Formidable ! On se dit que le livre sera en bonne place à côté des «  événements  ». Le rapport précise qu'il s'agira de mettre en place des conventions de citoyens, de recherche participative, de living lab, d'associations de diffusion de la culture scientifique, d'expertise collective mixte. Très bien, tout cela sent bon la modernité. Mais point de livre ; celui-ci aura disparu dans les oubliettes de l'enthousiasme propositionnel. Quant à la proposition 74, «  Promouvoir la diffusion d'émissions scientifiques par les médias publics, avec implication d'acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche, en privilégiant les approches pluridisciplinaires et en promouvant la parité femmes/hommes dans les intervenants  », je me suis dit qu'elle était bien venue. Mais elle laisse un  sentiment de malaise car elle semble résumer l'accès de tous aux résultats de la recherche au travail d'émissions dans les médias publics. L'éditeur de livres et le journal oubliés ? Ce sera sans commentaire. Une remarque additionnelle : que vient faire dans cette proposition l'appel à une parité dans les médias, affichée comme un gage de bonne tenue ? Rappelons que seuls 18% des professeurs d'université sont des femmes, que le nombre des présidents d'universités femmes s'est effondré lors des dernières élections, et que le bureau de la Conférence des présidents d'université est composé de trois hommes, Jean-Loup Salzmann, président de l'université Paris 13, Gérard Blanchard, président de l'université de La Rochelle, et Khaled Bouabdallah, président de l'université Jean Monnet Saint-Etienne. Certes, la proposition 124 le précise : «  Faire progresser l'égalité entre les femmes et les hommes  ». Sacré programme. Je me permets donc d'ajouter deux propositions pour l'université : - n°136. Mettre en place une politique éditoriale ainsi qu'une politique d'acquisition de livres à la mesure des ambitions affichées - n° 137. Parité : avant de mettre de l'ordre dans les médias, en mettre dans la maison université !
15.10 2013

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