Violaine Schwartz, « Une forêt dans la tête » (P.O.L) : Mater l'aurore

Violaine Schwartz - Photo © HÉLÈNE BAMBERGER/P.O.L

Violaine Schwartz, « Une forêt dans la tête » (P.O.L) : Mater l'aurore

Violaine Schwartz signe un très beau roman de convalescence avec le récit d'une femme recouvrant des forces dans une maison de moyenne montagne.

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Par Véronique Rossignol,
Créé le 28.02.2021 à 10h30,
Mis à jour le 28.02.2021 à 11h32

« Ton cerveau est rempli de séquelles invisibles, de blessures fantômes, de neurones grillés, de vides dans les coins, de mots disparus, de brouillard givrant, de falaises à pic. » De la rupture d'anévrisme qui l'a terrassée au petit matin, un an et demi plus tôt, la narratrice quadragénaire d'Une forêt dans la tête est sortie vivante mais avec des troubles de la mémoire qu'elle soigne avec une orthophoniste dans le service de rééducation neurologique d'un grand hôpital parisien. En apparence, tout est comme avant, mais en fait rien ne l'est. « Tu sais de l'intérieur que le pire peut arriver à chaque instant./De but en blanc./Comme ça./Clac. » Et cette connaissance, la conscience aiguë de la vulnérabilité de la vie, la réveille toutes les nuits. Pendant ses insomnies, elle pratique des exercices en reconstituant dans le détail le parcours pour rejoindre un bout du monde des Pyrénées-Orientales, « le village de l'été » au-dessus duquel est perché, à 800 mètres d'altitude, un vieux mas familial. Puis elle décide, comme un défi, d'y passer une semaine : un séjour thérapeutique pour « faire les choses pour de vrai. Et toute seule. »

Là-haut, il y a les souvenirs de vacances heureuses, des chemins familiers. Et des voisins au mode de vie bien éloigné du sien, marginaux sédentarisés, anciens punks, routards, hippies : les « yanouts » comme les appellent les vieux Catalans. Parmi eux, Fris, un Breton installé dans une caravane, et Frida, une Allemande qui habite une cabane avec son compagnon, à dix minutes de marche de la vieille bâtisse. Reprendre prise sur le réel, apprivoiser le risque et braver ses peurs, voilà le programme. Mais il faut d'abord se coltiner l'intendance, les problèmes de vidange de fosse septique, de tuile cassée, de ménage, avant d'affronter une solitude intranquille, les bruits de la maison vide, une inavouable peur panique des orages. Reprendre pied dans le présent, fortifiée par la beauté du lieu, encouragée par Frida, cette experte en autonomie, cette adepte du jour le jour. « Faut pas se laisser dominer par la peur. Faut la transformer en curiosité », assure cette sage à « l'aura d'une icône grunge » qui, avec vingt-cinq ans de route derrière elle, sait de quoi elle parle. Son secret : « savoir mater ». Et la convalescente apprend ainsi à « mater l'aurore », à observer le jour qui se lève et en même temps à tuer l'angoisse qui l'accompagne, pour retrouver confiance dans les matins du monde chaque fois premiers. À ce récit de guérison intérieure, Violaine Schwartz insuffle un magnifique élan de liberté et de vitalité essentielles.

Violaine Schwartz
Une forêt dans la tête
P.O.L
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 19 € ; 272 p.
ISBN: 9782818052495

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