Entretien

Xavier Moni : « Nous devons viser l'excellence »

Xavier Moni - Photo OLIVIER DION

Xavier Moni : « Nous devons viser l'excellence »

A la veille des 5esRencontres nationales de la librairie, le président du Syndicat de la librairie française, Xavier Moni, cogérant de Comme un roman à Paris (3e), appelle ses confrères à élever leur niveau de service et à mieux valoriser leurs atouts pour affronter la concurrence.

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Par Clarisse Normand,
Créé le 28.06.2019 à 00h00,
Mis à jour le 28.06.2019 à 10h54

Livres Hebdo : Qu'attendez-vous des 5es Rencontres nationales de la librairie, le 30 juin et le 1er juillet à Marseille ?

Xavier Moni : Grâce au succès des précédentes éditions, les RNL sont devenues un événement important au sein de l'interprofession. Les premières rencontres, en 2011 et 2013, étaient très revendicatives. Aujourd'hui, elles sont davantage un lieu de reflexion sur l'avenir du métier. Nous allons d'ailleurs présenter trois nouvelles études cette année. La première, réalisée par Xerfi, concerne l'économie des librairies afin d'évaluer l'impact des mesures prises depuis 2011 lors des premières RNL. La deuxième, menée par Ipsos, porte sur les animations et la troisième, effectuée par l'Obsoco, s'intéresse aux attentes et perceptions que les clients et les non-clients ont des librairies.

Xavier Moni - Photo OLIVIER DION.

Alors que les librairies sont confrontées à un problème de fréquentation, comment faire venir dans vos magasins l'important potentiel de clientèle que vous avez identifié dans vos vœux de début d'année ?

X. M. : Il y a deux sources d'amélioration. Il faut comprendre les blocages des gens qui ne viennent pas afin de les lever. Et il faut faire venir davantage ceux qui viennent déjà. Aux Rencontres de Bordeaux, en 2013, une première étude sur les comportements des clients de librairies indépendantes présentée par l'Obsoco avait mis en lumière leur infidélité. Bien qu'elle soit caractéristique des modes de consommation actuelle, celle-ci nous a beaucoup interpellés. Pour la diminuer, nous devons valoriser davantage nos particularités et nos atouts. Car, comme le démontre notre capacité de résistance, nous en avons ! Nous sommes libraires, Amazon ne l'est pas.

Comment affronter la concurrence, et quel rôle peut jouer le collectif ?

X. M. : Aujourd'hui, on ne pardonne plus la médiocrité et, comme les clients peuvent mettre leurs commentaires sur Internet, les critiques deviennent publiques. Si nous voulons garder notre part de marché, nous devons viser l'excellence et élever encore notre niveau de service, ce qui passe par la performance des outils, notamment collectifs comme l'Observatoire de la librairie. Il faut aussi nourrir notre singularité et donner aux clients le sentiment d'appartenir à un réseau spécifique de commerçants. Les plateformes mutualisées comme Parislibrairies.fr peuvent y contribuer. Collectivement nous pouvons apporter des réponses fortes en phase avec les attentes du marché. Cela fait partie des missions du SLF de veiller aux évolutions.

Depuis notre poste d'observation à Livres Hebdo, nous voyons arriver une nouvelle génération de libraires. Comment la percevez-vous ?

X. M. : Je suis fasciné par l'énergie folle qu'il y a dans ce métier, qui continue à faire rêver et à susciter des vocations. En 2011, à Lyon, nous nous interrogions sur notre date d'enterrement. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Entre les reconversions professionnelles et le désir d'entreprenariat des libraires salariés, toute une relève se met en place. Et, quand elle veut s'investir dans l'action collective, elle se tourne assez naturellement vers le SLF, qui est aujourd'hui le représentant unique de la profession. C'est très enthousiasmant.

Beaucoup de nouvelles librairies intègrent d'autres produits et services que le livre. L'avenir de la profession passe-t-il par sa diversification ?

X. M. : Le métier de libraire consiste à acheter et vendre des livres. Si certains veulent ajouter d'autres activités pourquoi pas. Mais, comme président du SLF, ma priorité est de faire en sorte que la librairie puisse dégager sur son activité de base une valeur suffisante pour vivre, sans avoir besoin de se diversifier. Il faut faire émerger un modèle économique équilibré et viable. Au-delà des discussions interprofessionnelles sur les conditions commerciales, il y a aussi des améliorations de gestion à faire, notamment sur les taux de retours. A mon avis, ils ne devraient pas dépasser 15 %. Or, parmi les libraires qui communiquent leur données à notre Observatoire, la moyenne se situe entre 19 et 20%.

Comment appréhendez-vous les discussions actuelles sur la répartition de la valeur au sein de la chaîne du livre ?

X. M. : Une bonne répartition est celle qui permet à chacun des maillons de vivre et de ne pas se désolidariser des autres. Le problème est que la valeur générée par la chaîne du livre n'a guère augmenté ces dernières années, comme en témoigne la faible évolution des prix de vente, alors que les charges, en amont, ont progressé. Aujourd'hui, un libraire ne peut pas vivre avec des remises inférieures à 36 %. Si la profession affiche une belle résilience, elle doit en revanche faire des sacrifices. En témoigne la baisse de 12 % du nombre d'emplois sur dix ans, soit 1 000 postes. Le libraire est devenu la variable d'ajustement. C'est très dangereux ! Si l'on veut que la librairie soit en capacité de résister, il faut lui donner les moyens de maintenir un personnel qualifié et compétent. C'est pourquoi nous continuons de revendiquer une meilleure rémunération pour le travail qualitatif que nous menons. Particulièrement pour les petits points de vente dont les remises restent dégradées. Si j'étais éditeur, je ferais le choix de la librairie en rémunérant mieux que les autres ce réseau qui est de loin le plus attaché à la chaîne.

Vous avez dénoncé la surproduction. Que préconisez-vous ?

X. M. : La surproduction a longtemps été qualifiée de diversité. Le libraire, dont le métier est d'opérer des sélections, a affiné ses pratiques d'achat. Mais, aujourd'hui, face à un lectorat qui se tasse, la production ne peut plus être absorbée. Evidemment, il n'est pas question de faire la police sur ce qui doit ou ne doit pas être publié. Mais la librairie ne doit pas être victime de cette surproduction. Il faut que les éditeurs et les diffuseurs prennent leurs responsabilités et développent des outils pour nous aider dans nos politiques d'achat. La qualité de la diffusion doit s'améliorer.

Comment analysez-vous les difficultés du rayon littérature ?

X. M. : La lecture de livres est une vraie préoccupation. Il y a une problématique autour de ce qui relève de l'économie de l'attention. D'une façon générale, la qualité de l'attention tend à baisser, ce qui met en danger toute la chaîne du livre. On peut toutefois tenter d'y mettre des freins. Pourquoi les auteurs, éditeurs et libraires ne se rassembleraient-t-ils pas autour d'une campagne de communication pour servir la cause du livre en faisant s'exprimer des personnalités pour lesquelles la lecture a été fondamentale et en portant ce message auprès des jeunes notamment sur les réseaux sociaux. Les livres, ce n'est pas le monde d'hier ! Nos métiers souffrent de ne pas s'emparer en commun de certains sujets. De même, on devrait engager une communication sur le prix unique sachant qu'Amazon se plaît à entretenir la confusion dans ce domaine, avec son « occasion comme neuf ».

Le SLF a 20 ans cette année. Quel bilan en tirez-vous ?

X. M. : Le SLF a su fédérer une profession qui était très désunie au moment de sa création il y a vingt ans. Aujourd'hui, ce syndicat est devenu le représentant unique et légitime de la librairie, avec une équipe très professionnelle pour le faire vivre. C'est une belle réussite et je suis fier de porter cet héritage. A fin 2018, le SLF comptait 608 adhérents. Un record historique mais aussi, face aux 3 000 librairies existantes en France, un très bon niveau d'adhésion comparé à d'autres secteurs. Pour autant, je souhaite augmenter encore le nombre d'adhérents et fédérer toutes les typologies de libraires. Plus le SLF sera représentatif de l'ensemble de la profession, plus il sera légitime et fort face à ses partenaires.


28.06 2019

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