Littérature française

Zoltán Mayer, « La chair du tigre » (Anne Carrière) : China Girl

Zoltán Mayer - Photo © ANTHÉA CINTRACT

Zoltán Mayer, « La chair du tigre » (Anne Carrière) : China Girl

Zoltán Mayer imagine les tribulations d'une jeune Chinoise en France, dont la francophilie se confond avec sa fascination pour une fille de son collège. Tirage à 4200 exemplaires.

J’achète l’article 1.50 €

Par Sean J. Rose,
Créé le 01.03.2021 à 11h30,
Mis à jour le 01.03.2021 à 15h07

« Jade Richaud ? Présente. Mickaël Laffont ? Présent. Luxi Ming ? » Pas de réponse. Pourtant la jeune Chinoise qu'on vient d'appeler est bien en classe. Elle n'a pas reconnu son nom que l'enseignante a écorché. Dans la transcription pinyin des caractères chinois, le « x » sonne comme un « s » mouillé, subtilement chuintant..., explique la nouvelle élève fraîchement débarquée de l'empire du Milieu et héroïne de La chair du tigre de Zoltán Mayer. Et de conclure : appelez-moi Lucie, ce sera plus simple.

En Chine, Luxi, francophile, voire gallomane, n'arrêtait pas de s'imaginer vivre dans le pays de Molière pour y pratiquer son idiome. En France, elle n'a aucun problème avec la langue. Cette wunderkind préadolescente la manie avec une précision et une aisance qui défient l'entendement. Un entendement dont elle est douée de manière si prodigieuse qu'elle a tendance à fatiguer sa mère, une violoniste neurasthénique, déprimée d'avoir abandonné sa carrière au profit de celle d'un époux toujours absent. Si seulement il n'y avait que la prononciation de son prénom qui rencontrait des frictions avec le réel... À l'école, Luxi est l'étrangère : la petite Chinoise intrigue par son côté décalé alors qu'elle-même s'était toujours crue une vraie Française à l'intérieur.

La narratrice reluque tout le monde. Le physique de ses camarades la fascine : Éloïse a une peau à croquer, surtout ses bras, Luxi en mangerait. Quant à Jade qui l'agresse d'emblée, elle ne désire rien tant que dompter cette fille à la rudesse charismatique par sa douceur, la désarçonner par sa soumission : « [...] Je jetterai du velours sur sa violence pour qu'elle s'apaise, que la beauté de son esprit renaisse, même un bref instant. » L'adhésion passive au cours des choses, la résolution du problème existentiel par le non-agir n'est pas tant taoïste que la preuve par l'absurde qu'elle, Luxi, a vraiment une âme de Française puisque les Chinois n'aiment pas perdre la face et qu'elle est prête à se faire humilier par Jade. Ces deux-là deviennent le drôle de duo du collège, une paire aussi indissociable que contradictoire, tels le yin et le yang. La fille surdouée et la mère indolente forment aussi une manière de couple. Zoltán Mayer sait jouer sur les ressorts dramatiques et cocasses de la dynamique de la dyade. Ce polyglotte du récit (il est également scénariste, photographe, réalisateur et monteur) l'avait déjà fait en images dans Voyage en Chine (2015) avec Yolande Moreau et Qu Jingjing, c'est ici par le truchement des seuls mots que Zoltán Mayer parle de confrontation des cultures et des personnalités. Et de cette adoration de Luxi pour Jade qui passe de la subjugation à la dévoration.

Zoltán Mayer
La chair du tigre
Anne Carrière
Tirage: 4 200 ex.
Prix: 18 € ; 192 p.
ISBN: 9782380821581

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités