Adaptations et livres de cinéma à l'honneur au festival Lumière | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, à Lyon, le 19.10.2019 à 18h46 (mis à jour le 19.10.2019 à 19h00) Lyon

Adaptations et livres de cinéma à l'honneur au festival Lumière

Photo INSTITUT LUMIÈRE

Le festival dédié au cinéma de patrimoine fait la part belle aux livres. Outre la projection du documentaire de François Busnel sur Jim Harrison, un documentaire sur l'adaptation était présenté en avant-première. Outre ses trois librairies, Lumière organise aussi des séances de dédicaces et le lancement de quelques ouvrages.

De tous temps, le cinéma s'est inspiré de livres, de pièces de théâtre, de bandes dessinées. Le 10e Festival Lumière, qui accueille plus de 180000 cinéphiles chaque année, programme de nombreuses adaptations: du Parrain de Francis Ford Coppola, prix Lumière 2019, à la Fausse maîtresse d'André Cayate, à qui le Festival consacrait une rétrospective, en passant par Le Privé de Robert Altman, La fille du puisatier de Daniel Auteuil, Snowpiercer de Bong Joon-ho, Carnets de voyage de Walter Salles ou Un sac de billes de Jacques Doillon.

Un documentaire

Le festival a également présenté en avant-première un documentaire, Paper screen : du roman à l'écran réalisé par Pascale Cuénot et Léo Boudet. Produit par OCS, ce deuxième opus d'une série, qui doit en compter six, décrypte la relation passionnelle entre le livre et le cinéma. Avec les témoigagnes d'Olivier Adam, Jean-Claude Carrière, Gérard Mordillat, Tonino Benacquista ou Jean-Jacques Annaud, sans compter les précieuses théories de Marguerite Duras sur le sujet, le film démontre qu'il y a autant de manière d'adapter un film que d'en faire. Carrière raconte ainsi comment par la logique du cinéma il a renoué avec le manuscrit d'origine d'Edmond Rostand lors d'une scène de Cyrano. Et Coppola illustre avec précision la manière dont il a réécrit Le Parrain de Mario Puzo pour en faire une version cinématographique. Si "en littérature, l'intrigue est un mal nécessaire" comme l'affirme Olivier Adam, on ne peut pas s'en passer en cinéma. Le scénariste n'est finalement qu'un technicien au service d'un autre auteur qui dispose d'un autre langage. Adam, comme Benacquista, reconnaissent d'ailleurs que la littérature est un territoire plus paisible, aux enjeux moins énormes.
 

Trois librairies

Le Festival Lumière n'est pas qu'affaire d'adaptations, de livres inspirant le 7e art. C'est aussi l'occasion de valoriser les livres de cinéma. Avec trois espaces librairies, qui vendent aussi bien des livres que des DVD, le cinéphile est comblé. Durant la manifestation cinématographique, deux espaces provisoires sont installés dans le Hangar du premier film et le chapiteau du village. Ce sont des dépôts de la librairie Decitre, capable de gérer d'importants volumes face à la forte demande. Mais les ouvrages restent sélectionnés par l'Institut Lumière. Depuis mai 2018, l'Institut a ouvert une librairie permanente, à côté du café, qui dispose de plus de 4000 références en livres et près de 8000 en DVD. La librairie connaît une affluence lors du festival Lumière mais grâce aux visiteurs du musée Lumière, à des manifestations comme Quais du Polar (en mars) ou le festival Sport, Littérature & Cinéma (en février), et en amont des fêtes, ses ventes sont relativement étalées tout au long de l'année.

Souvent les livres qui se vendent le plus correspondent aux invités du festival, à l'instar cette année de celui de Ken Loach (Défier le récit des puissants, Indigène, 2014) ou de Bertrand Tavernier (L'amour du cinéma m'a permis de trouver une place dans l'existence : post-scriptum à Amis américains : conversation avec Thierry Frémaux, Actes sud-Institut Lumière, 2019), tout juste paru. Il y évoque les auteurs classiques, le maccarthysme, la guerre de Sécession et le politiquement correct et ses rencontres avec Clint Eastwood, Claude Chabrol et Jean-Pierre Melville.

Des auteurs

Car Lumière c'est aussi l'occasion de lancements de livres. Ken Loach est venu faire une table rond politique, avec la député France Insoumise Clémentine Autain, présente pour l'hommage à sa mère, l'actrice Dominique Laffin, à qui elle a consacré son livre, Dites-lui que je l’aime (Grasset, 2019). L'élue en a profité pour faire une séance de dédicaces.

Président de l'Institut Lumière, le cinéaste Bertrand Tavernier accompagnait la deuxième réédition de Amis américains : entretiens avec les grands auteurs d'Hollywood, coédité par l'Institut Lumière et son partenaire Actes sud, du livre de 100 pages avec des réalisateurs et des scénaristes comme John Ford, Stanley Donen, Alexander Payne, Quentin Tarantino, Joe Dante et Prix littéraire de la critique cinéma 1993. A Livres Hebdo, il confie que l'ouvrage était "totalement épuisé". "On avait des demandes sans arrêt..." Lorsqu'on le rencontre, il termine un sms "pour traduire le livre aux Etats-Unis."  Hier soir, lors du diner officiel, Martin Scorsese lui "a proposé une idée pour payer les frais de traduction en demandant un soutien à la guilde des réalisateurs américains et à celle des scénaristes". "Je suis une des rares personnes à avoir interrogé énormément des scénaristes" explique-t-il pour justifier l'intérêt des Américains. "Mais aux USA, ills publient des biographies très travaillées, absolument remarquables, mais on traduit très peu."

Pour cette nouvelle édition, il n'a rien changé. "J’aurai pu inclure de nouveaux textes. Mais on avait déjà un pavé de 10 kilos. On a gagné 3 kilos avec cette nouvelle édition grâce à un papier moins lourd et un changement de calligraphie. J’avais de la matière mais je me réserve tout ça pour la parution l’an prochain de 100 ans de cinéma américain (Actes Sud-Institut Lumière), qui sera consacré à la période 1914-2014. Ce sera une énorme réactualisation [la première édition s's'achevait en 1992], avec de nouveaux cinéastes contemporains, des personnalités des années des années 1930, une réécriture totale pour certains metteurs en scène, et plus de femmes." Un travail entamé il y a dix ans avec Jean-Pierre Coursodon.

Pour Philippe Garnier, l'écriture de Sterling Hayden, L'irrégulier (La Rabbia), qui était sur les présentoirs quelques jours avant sa parution en librairie, fut plus facile et plus rapide. Publiée par La Rabbia, distributeur de films, cette biographie composée d'archives inédites de l'acteur, navigateur et écrivain américain, vu dans Quand la ville dort, Docteur Folamour, Le Privé et 1900, est née d'un accident. "L’idée vient de moi" nous avoue l'auteur et journaliste. "Sterling Hayden est une vieille histoire. Je l’ai fréquenté dans les trois dernières années de sa vie. J’avais pas mal écrit dessus. Mais il y a deux ans, en rangeant chez moi, je suis tombé sur une cassette où il y avait sa voix. Je ne me souvenais plus du contexte de ce long soliloque" se rappelle-t-il. "Manuel Chiche [distributeur de films tel Parasite, ndlr] a proposé d’en faire un livre illustré avec une préface en plus d’un CD. Finalement, j’ai appris qu’il avait légué tous ses papiers à une institution privée de Boston. Et là, j’ai découvert que je ne savais rien sur lui."

"Ce n’est pas un livre que j’aurai fait si j’avais du démarcher" affirme-t-il, mais "j’ai eu la chance de toujours trouver un éditeur pour écrire quelque chose qui me plaît. Et Manuel Chiche est un éditeur soucieux de la qualité, presque perfectionniste, de ce qu'il édite."

La Rabbia est une maison qui n'a jusque là publier que quatre autres livres, dont Memories of Murder: l'enquête, paru conjointement à la ressortie en salle du film éponyme de Bong Joon-ho, présenté au Festival mercredi en présence du réalisateur, vainqueur de la Palme d'or cette année.





 

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