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Ahmed Al Ameri : « À Sharjah, on parle au monde entier »

Ahmed Al Ameri, directeur de la Foire du livre de Sharjah - Photo ED

Ahmed Al Ameri : « À Sharjah, on parle au monde entier »

Le directeur de la Sharjah Book Authority lance la 42ᵉ édition de la Foire internationale du livre du petit émirat du Golfe, avec une nouvelle participation record de 108 pays.  

 

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Par Éric Dupuy, à Sharjah (Émirats arabes unis)
Créé le 30.10.2023 à 15h51 ,
Mis à jour le 31.10.2023 à 10h30

« We speak books » est le thème de la 42ᵉ Foire du livre de Sharjah, qui s’ouvre mercredi 1ᵉʳ novembre dans le petit émirat du Golfe collé à Dubaï. Depuis samedi, de nombreux éditeurs venus de 108 pays se connectent au bord du Golfe où se tient la 13Publishers Conference, en amont de la manifestation grand public, avec des invités tels que Ian Chapman, le P-DG de Simon & Schuster UK ou Núria Cabutí, P-DG de Penguin Random House en Amérique latine. Un prestige revendiqué par Ahmed Al Ameri, le directeur de la foire, pour faire de ce rendez-vous un incontournable pour les professionnels du livre. Il répond à nos questions.

Livres Hebdo : Comme de nombreuses institutions du monde éditorial musulman, vous n’avez pas fait le déplacement à Francfort cette année. Le regrettez-vous ?

Ahmed Al Ameri : Non, parce que nous ne voulons pas faire de politique. Nous croyons à la culture et dès que la politique s’invite dans les débats, elle ruine l’industrie du livre. Nous voulons rester neutres. L’an dernier, nous avions eu des délégations d’éditeurs ukrainiens et russes à la Foire de Sharjah. Nous n’avons refusé personne. Les livres sont faits pour être lus, non pas pour diviser et ne montrer qu’un seul point de vue. 

Quel est l’intérêt pour les éditeurs français de venir à la Foire de Sharjah ? 

À Francfort ou à Paris, vous rencontrez toujours les mêmes personnes. Quand vous êtes à Sharjah, vous rencontrez le monde entier ! Nous avons évidemment une plus grande délégation d’éditeurs arabes ici qu’ailleurs, mais aussi d’éditeurs africains et indiens. Les deux jours précédant l’ouverture de la foire sont consacrés aux professionnels de droits pour échanger des titres. Cette année, il y a 1 050 tables réservées ! La veille, dimanche, nous avons mis en place à la 13ᵉ Publishers Conference une nouvelle formule, avec 33 tables de spécialistes évoquant des sujets différents comme l’IA, la distribution ou les femmes dans l’édition, où chacun pouvait se joindre, échanger… C’est comme faire du business à l’ancienne ! C’est aussi l’occasion d’entrer directement dans un marché, les Émirats arabes unis, qui compte 10 millions de consommateurs.

Sharjah Bookfair
À la 13e Conférence des éditeurs, la table évoquant l'intelligence artificielle a suscité beaucoup d'intérêt- Photo ED

« Le livre doit être la source de nombreux médias culturels »

Vous avez créé une zone franche pour l’industrie du livre à Sharjah en 2017. Comment évolue-t-elle ?

Nous avons près de 2 000 entreprises qui se sont installées à la Publishing City of Sharjah, venant de 60 pays, dont quelques-unes de France. Le but, c'est de leur donner un accès avec très peu de fiscalité. Chacun peut faire du business avec la terre entière à moins de 12 heures de vol. Nous avons également développé des services tels que la traduction, la distribution et la promotion des livres, ainsi que l'impression, l'expédition et la facilitation des licences commerciales. C’est unique au monde. Venez voir !

Sharjah Bookfair
Quelque 1 050 tables d'échanges de droits ont été pourvues en amont de l'ouverture de la foire- Photo ED

Les marchés du livre à travers la planète sont, si ce n’est en régression, en tassement. Comment inverser ce phénomène, selon vous ?

L’industrie du livre est en plein bouleversement, et j’ai envie de dire en constant bouleversement. Il y a eu l’arrivée de l’ebook, puis de l’audiobook, maintenant du podcast, et bien sûr l’intelligence artificielle… Mais le livre construit l’humanité et les générations. L’industrie change, mais il faut voir avec des opportunités d’ouverture de nouveaux marchés. Il faut s’engager dans les nouvelles données du marché en se rencontrant, en discutant avec tout le monde et en échangeant des droits. Il faut utiliser les nouveaux outils de communication comme TikTok ou les podcasts, pour amener les utilisateurs aux livres. Et penser les livres en cross-média avec des séries, des animes ou des films… Nous ne sommes plus dans l’ère du simple livre physique, mais le livre doit être la source de nombreux médias culturels.  

La Foire du livre de Sharjah en chiffres

 

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