interview

Alain Mabanckou : "La poésie mérite l'émulation"

Alain Mabanckou - Photo Olivier Dion

Alain Mabanckou : "La poésie mérite l'émulation"

Le poète et romancier dirige "Points Poésie". Depuis deux ans, il y accueille les grands noms du genre, des autrices méconnues, ainsi que des textes inédits à la confluence d'autres arts tels la chanson et le slam, comme en témoignent les parutions du printemps. Une ouverture aux voix contemporaines que partagent les collections de poche récemment lancées par d'autres éditeurs de poésie... Pour le plus grand bonheur d'Alain Mabanckou.

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Par Souen Léger
Créé le 02.03.2023 à 17h14

Livres Hebdo : Vous dirigez la collection "Points Poésie" depuis janvier 2021. Comment avez-vous rejoint cette aventure ?

Alain Mabanckou : Quand Véronique Ovaldé a quitté la direction de la collection, Points m'a contacté pour me proposer de lui succéder. C'était un honneur pour moi, car c'était l'occasion d'entrer dans ce que je considère comme l'essence même de la littérature, la poésie étant le lieu d'expression de la littérature qui reste, qui est éternelle. En arrivant chez Points, je savais que je trouverai des auteurs classiques, des auteurs enracinés, des auteurs à sortir du purgatoire, des auteurs à découvrir.

Depuis votre arrivée, la collection s'est ouverte aux voix contemporaines. Vous publiez ainsi 8 à 12 nouveautés par an, dont 2 à 5 inédits. Quelle est votre ambition ?

J'ai voulu apporter quelque chose d'original, c'est pourquoi nous sommes allés rechercher les modes d'expression poétiques les plus diversifiés. Nous avons eu recours au rap, à la chanson, au conte – et c'était une piste fort intéressante comme en témoigne le succès d'Habitant de nulle part, originaire de partout de Souleymane Diamanka (plus de 12 000 ex. vendus selon GfK, N.D.L.R), dont nous venons de publier le dernier recueil (De la plume et de l'épée). C'est une collection qui accueille la poésie des cinq continents, notamment des voix féminines et féministes que nous avons besoin d'entendre comme celles de Maya Angelou (Et pourtant je m'élève, à paraître le 3 mars) et de Grisélidis Réal avec un texte atypique et bouleversant, Chair vive (à paraître le 3 mars), ou encore celles de Marie-Christine Gordien et de Laura Vazquez, qui est en train de s'installer en poésie. 

Peut-on parler d'un renouveau du genre ? 

Oui, on ressent ce renouveau… On a compris que la poésie a une multitude de façons de s'exprimer : elle n'est pas que dans le recueil de poèmes, elle peut être dans la chanson, dans les charades, dans les récits. Thomas Vinau, par exemple, est l'un des jeunes auteurs français qui a cette puissance poétique qui puise du côté des haïkus, des réflexions, des citations, etc. Notre collection rend compte de cette évolution-là.  

Plusieurs maisons lancent leur propre collection à petit prix, comme Le Castor Astral depuis 2021 et Bruno Doucey avec la collection "Sacoche", inaugurée en mars. Cette concurrence sur le format poche vous inquiète-t-elle ?

Non, car nous sommes en poche depuis fort longtemps ! Surtout, je pense que la poésie mérite qu'il y ait une émulation, c'est donc une très bonne nouvelle. A côté des grandes collections qui existent aujourd'hui chez Points ou chez Gallimard avec Folio, il y a de la place pour les nouvelles générations, comme Cécile Coulon, à la fois poétesse et éditrice (pour la collection "L'Iconopop" de L'Iconoclaste, N.D.L.R). Ce qu'il faut, c'est donner à la parole poétique la place centrale qui est la sienne.

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