Roman graphique

Ann Nocenti et David Aja, "Semences" (Futuropolis) : Ce qui reste

Semences - Photo © Ann Nocenti et David Aja/Futuropolis

Ann Nocenti et David Aja, "Semences" (Futuropolis) : Ce qui reste

Connus pour leurs travaux sur des comics grand public, Ann Nocenti et David Aja signent une fable écologique puissante, qui interroge la trajectoire des êtres et des civilisations. Tirage à 4500 exemplaires.

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Par Fabrice Piault ,
Créé le 16.02.2022 à 17h00 ,
Mis à jour le 10.03.2022 à 18h17

D'Ann Nocenti on a pu lire des scénarios de Daredevil, Spiderman et Catwoman. De David Aja on a pu apprécier le dessin de Daredevil (également), Hawkeye ou Iron Fist. Mais pour leur première collaboration, les deux auteurs américains troquent le comics de superhéros pour le roman graphique, en l'occurrence une fable écologique aux ramifications vertigineuses.Dans une atmosphère crépusculaire, que David Aja restitue en faisant un usage exclusif du noir, du blanc et d'un vert émeraude passablement éteint, la planète agonise. Sur Terre comme au ciel, envahi par les débris spatiaux, l'humanité étouffe sous les pollutions, les dérèglements écologiques, l'amoncellement des technologies, le bombardement de l'infox. Une partie d'entre elle est entrée en rébellion, franchissant le mur qui la sépare de « la zone », un espace dérégulé où les restes d'une nature meurtrie côtoient les ruines de la civilisation industrielle. Un espace, surtout, débarrassé du wifi et de la tyrannie des réseaux sociaux.

S'affranchissant d'une rédactrice en chef obsédée par les clics et le scoop à tout prix (« plus tu répètes un mensonge, plus il a l'air vrai »), Astra, une jeune journaliste, erre, appareil photo à la main, dans ce monde en décomposition. Elle y croise Lola, une jeune handicapée, et surtout d'étranges extraterrestres avec lesquels cette dernière a commencé de frayer.

C'est là qu'après avoir labouré des sillons connus de la bande dessinée apocalyptique, Semences, inscrit dans la veine en plein essor de la near future fiction (qui nous projette quelques années en avant pour imaginer comment pourraient évoluer dans le temps des tendances déjà à l'œuvre aujourd'hui), prend un tour à la fois plus sidérant et plus philosophique. Car ces extraterrestres-là ne s'embarrassent pas de guerres et de conquêtes comme ceux qu'Hollywood se plaît à représenter. Tels des pilleurs d'épaves, ils écument les mondes en voie de disparition pour y récolter ce qui reste, végétal ou animal : des échantillons, des graines résistantes aux insectes, aux parasites ou aux sécheresses, et qui pourront, peut-être, prendre racine ailleurs. C'est dire le diagnostic qu'ils portent sur notre Terre. « On ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube », rappelle l'un d'eux qui semble tout droit sorti d'un épisode d'X-Files. Quelque chose s'achève, mais qui incite Astra et Lola à porter un regard neuf sur le passé comme sur l'avenir qui, lui, n'a pas disparu.

Ann Nocenti et David Aja
Semences Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sidonie Van den Dries
Futuropolis
Tirage: 4 500 ex.
Prix: 20 € ; 128 p.
ISBN: 9782754832021

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