Assises du livre numérique: Le web est-il l'avenir du livre ? | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, le 20.03.2015 à 01h03 (mis à jour le 20.03.2015 à 17h00) Salon du livre de Paris

Assises du livre numérique: Le web est-il l'avenir du livre ?

les 14e Assises du livre numérique, au salon du livre de Paris 2015 - Photo OLIVIER DION

La lecture numérique se développe doucement en France dans le grand public, mais les architectes du web réfléchissent déjà à la fusion du livre dans l'Internet.

En pré-ouverture du salon du livre, le Syndicat national de l'édition organisait le 19 mars ses 14e assises du livre numérique, avec la présentation du baromètre des usages du livre numérique, réalisé pour la SOFIA, le SNE et la SGDL. Il confirme que le marché se développe doucement, sans plus, avec 18% des personnes interrogées indiquant avoir lu un livre numérique dans l'année, contre 15% en 2013 (à voir dans Livres Hebdo de ce vendredi 20 mars).
 
Près de 70% des lecteurs numériques de l'enquête disent avoir lu de la littérature, les essais étant bien moins prisés (31%) de même que les livres pratiques (28% des répondants), rayon étudié cette année lors de la table ronde thématique des assises.
 
L'offre est encore rare, en raison des coûts de développement des applications adaptées aux tablettes ou smartphones, et des très faibles ventes réalisées a témoigné Anne de Lillac, responsable du développement numérique chez Fleurus (groupe Media-Participations). Elles sont en concurrence avec des centaines de milliers d'autres programmes sur l'Appstore ou sur GooglePlay, où il faut ensuite engager des frais de marketing pour les faire émerger des ces immenses fourre-tout, ajoute Christèle Derda, directrice numérique d'EDI8 (groupe Editis). L'univers se caractérise aussi par la gratuité quasi généralisée des applications, rendant très aléatoire la diffusion de versions payantes.

Quelques contraintes
 
Les éditeurs de livres pratiques ont pour l'essentiel abandonné ces expériences coûteuses, et ont adapté leurs livres au format EPUB2, pour la diffusion en librairie numérique. Ce format proche du PDF permet aussi de conserver une mise en page fixe utile pour la lecture sur tablette - mais pas adaptée au smartphone.
 
C'est un pis aller en attendant la généralisation de l'EPUB3, bien plus riche de possibilités mais que peu d'appareils peuvent lire pour le moment. De plus, les fichiers ne sont pas protégeables. Les éditeurs de pratique peuvent développer un marché numérique assure néanmoins Nicolas Francannet, fondateur de la maison StoryLab, qui propose aussi un service de fabrication pour les éditeurs. Des sites compagnons offrant du contenu complémentaire au livre papier peuvent permettre de vendre celui-ci plus cher, et d'enregistrer une base d'utilisateurs qu'il sera possible de solliciter ensuite explique-t-il, citant l'exemple de La discothèque parfaite de l'odyssée du rock (Hors Collection, Place des Editeurs).
 
La réutilisation de contenus déjà publiés est aussi une source de revenus possibles, tout en contrôlant les coûts de création, ce qu'a testé notamment Fleurus avec son encyclopédie du bricolage.  Il est aussi envisageable de revendre ces contenus à d'autres diffuseurs sur Internet, avec l'inconvénient qu'ils seront alors publiés gratuitement par ces sites prévient Nathalie Bloch-Pujo, directrice d'Hachette Tourisme, qui édite notamment le Routard.

Partage d'expérience
 
Ce n'est pas un inconvénient pour Marmiton.org, qui réussit l'inverse : il revend dans des éditions papier une partie des innombrables recettes de cuisine disponibles gratuitement sur le site. "Nous en sommes à 500 000 exemplaires, auxquels il faut ajouter aussi maintenant notre magazine mensuel" se félicite Christophe Duhamel, co-fondateur de l'entreprise.

Dans cette expérience réussie de passage du numérique à l'imprimé, l'avantage est aussi que le livre représente une ressource stable par rapport au site ne vivant que de la publicité, sujette à de grandes variations. Pour le routard, c'est à l'inverse une source de revenus nouvelle, la plus substancielle que génère le numérique : le site attire en moyenne 2,5 millions de visiteurs mensuels, assez pour générer maintenant des recettes publicitaires.
 
Ce paradoxal retour vers le futur du livre papier n'empêche pas les architectes du web réunis au sein du World wide web consortium (W3C) de préparer la fusion complète et totalement fluide du livre numérique et d'Internet. Elle est déjà presque faite en réalité, un fichier EPUB n'étant qu'un site Internet compressé dans un dossier Zip rappelle Ivan Hermann, responsable de l'activité Edition numérique au W3C.

Pour que l'édition s'y retrouve dans cet univers, elle doit cependant exposer ses intérêts, ses besoins, ses priorités, etc., le W3C fonctionnant comme une synthèse de négociations permanentes entre grandes puissances du web. L'IDPF, consortium propre à l'édition qui définit notamment la norme EPUB, y représente le livre, qui manque toutefois d'intervenants regrette Ivan Hermann, en appelant aux éditeurs de bonne volonté prêts à consacrer de leur temps.
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