Roman/France 15 août Akira Mizubayashi

Chaque langue a sa musicalité. Akira Mizubayashi a grandi au Japon, où il naît en 1951. A 18 ans, il tombe amoureux du français. Il s'oriente alors vers des études de langues et civilisations étrangères, à Tokyo. Son perfectionnement se déroule à Montpellier, où il s'oriente vers l'enseignement. Il traduit plusieurs écrivains, dont JB Pontalis, qui l'encourage à écrire dans la langue de Molière.

« Je suis le fils d'un homme qui a souffert de la dictature et d'un système qui ignore l'individu. J'ai eu besoin d'aller vers la culture française et les auteurs des Lumières pour me construire », confie Mizubayashi à nos confrères de L'Orient Littéraire. La filiation se trouve justement au cœur de son nouveau roman. On y suit Rei, 11 ans, confronté à un tournant terrifiant. En cette année 1938, les tensions politiques agitent le Japon. Mais le père du narrateur fait fi de cette situation pour se concentrer sur sa passion : la musique. Violoniste, Yu monte un ensemble avec trois musiciens chinois. Un symbole de courage, alors que l'orage gronde entre leurs pays. « La musique traverse les frontières, c'est le patrimoine de l'humanité. »

Tout le monde ne partage pas cet avis. Des soldats interrompent la répétition. Le bruit des bottes, des coups et du violon fracassé resteront longtemps dans la mémoire du petit garçon caché dans une armoire. Il a la vie sauve grâce à un lieutenant mélomane, Kurokami, qui lui confie les restes de l'instrument. Un trésor inestimable... Traité de « hikokumin, traître à la nation », Yu disparaît à jamais. Son fils, Rei, est adopté par un couple de Français. Rebaptisé Jacques, il devient luthier en France. Mais le sentiment de solitude et la mélancolie l'habitent. Son père adoptif y voit « un mode de résistance », Jacques n'ayant « jamais cessé de penser à l'absent, au disparu, au manquant, au mort ».

Sa rencontre avec Hélène, archéiste, fait résonner une nouvelle mélodie dans sa vie. L'orphelin entreprend de restaurer le violon paternel, comme s'il était une part de lui-même. « L'instrument mutilé retrouvait lentement, très lentement, son visage initial. » Ne reste plus qu'à le faire vibrer pour recoller les derniers morceaux de son histoire. « Ce violon est son père. Mais en même temps son enfant. »

Issu d'une famille de mélomanes, Akira Mizubayashi mène la danse de la résilience. Un roman doux et douloureux, dans lequel il nous transmet comme un flambeau musical.

Akira Mizubayashi
Ame brisée
Gallimard
Tirage: NC
Prix: 19 euros ; 256 p.
ISBN: 9782072840487

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