Il est minuit et demi sur la plage de Paraty (Brésil) quand Gauz et Gaël Faye terminent, l'été dernier, leur duel de dédicaces. Le moral soutenu à grands coups de Jorge Amado, un cocktail local à base de jus de passion et de cachaça Gabriela, je noue une fraternité avec l'éditeur brésilien et pense à ce texte sur les signatures… Parmi les surprises amenées par le succès de Gauz, justement, il en est une qui marquera les annales. Le soir d'un de ses passages à La Grande Librairie, vers une heure du matin, retentit à la maison un appel. « Bonsoir je suis Armel Poulain, l'avocat de Georges Courtois, le preneur d'otages de la cour d'assises de Nantes. Georges vient d'écrire ses mémoires, si ça vous intéresse, rappelez-moi. »
Le jour de Noël 1984, Georges Courtois a pris en otage le palais de justice de la ville de Nantes, le président, le procureur, les 12 jurés et 25 personnes du public. Sa revendication ? Que les caméras viennent filmer la prise d'otages en direct. Pendant 36 heures, cet antihéros va dresser sous les caméras de FR3 un état sanitaire et moral des prisons françaises. Vingt-cinq ans après, on me propose ses mémoires. L'admirateur du Voleur de Georges Darien que je suis ne peut que foncer. Je rappelle.
- Alors, ça vous intéresse ? Alors, vous m'envoyez un contrat ? - Euh, je préférerais lire le texte avant. (Silence.) Je précise : - Le texte des mémoires ! - Ah ... - Vous pouvez me les envoyer par la poste ? Ou voulez-vous que je vienne à Nantes pour vous rencontrer ? - Voilà. Donc vous prenez le train samedi, et vous m'amenez un contrat ? - Euh, j'aimerais lire le texte avant. - Ah ! Bien sûr ! (Silence.)
25 euros la demi-bouteille
Rendez-vous est finalement pris à Paris (avec le texte des mémoires et un modèle de contrat) à la Closerie des Lilas. Armel Poulain est venu avec l'auteur, et sa copine du moment. L'avocat tient le crachoir pendant dix minutes, parlant colloques, télé, coéditions, souscription, droits internationaux, cinéma, et je n'ai toujours pas entendu le son de la voix de Georges. Je l'interromps juste avant que le garçon passe prendre la commande. Sardines grillées pour tout le monde. L'avocat, se croyant finaud, demande conseil pour le vin. Un Anjou 2015 très équilibré à 25 euros. Moi : - Parfait. L'avocat (qui s'étrangle) : - Euh, c'est 25 euros la demi-bouteille. La demi-bouteille est commandée et équitablement partagée. L'entretien avec Georges peut commencer. Je sais rapidement que je vais signer.
À la fin du repas, l'avocat me regarde les yeux gourmands et me demande : - Pour le repas, on s'arrange comment ? Moi (illico) : - J'invite Georges et tu invites ta femme. Lui (presque crié) : - Très bien ! Puis (gêné) : - Euh, ma carte ne marche pas. Il y a une banque par ici ? Moi (plein d'ironie) : À Montparnasse ? Une banque ? Ça risque d'être difficile - Lui (soulagé) :- Bon, écoute, tu m'invites aujourd'hui et je t'invite au buffet de la gare de Nantes la prochaine fois.
