Défendre une autre vision de la bande dessinée. C’est avec cette ambition que Quentin Guibereau et Floriane Candelon, anciens salariés du groupe Humanoïdes Associés, ont lancé en octobre 2025 la newsletter bimensuelle Courts Bouillon.
Plus de six mois plus tard, le duo franchit une nouvelle étape en déclinant ce projet en une revue trimestrielle dédiée aux « imaginaires en lutte » en bande dessinée. Pour accompagner ce développement, une campagne de financement participatif a été lancée sur Ulule, recueillant à ce jour un peu plus de 7 000 euros. Intitulé La lutte des cases, le premier numéro paraîtra en septembre prochain, à l’occasion du premier anniversaire de la newsletter.
« Avec la revue, on va pouvoir donner plus d’espace aux interviews et à la création »
« La newsletter a été lancée avec des moyens matériels très limités. Or, nous venons du monde de la bande dessinée : c’est ce que nous avons toujours voulu proposer », explique Quentin Guibereau. Passé par Glénat et la Boîte à Bulles, l’éditeur avait créé quelques mois plus tôt Courts Bouillon aux côtés de Floriane Candelon, issue de la revue Métal Hurlant, avec la volonté d’offrir au 9e art un espace d’expression et d’expérimentation alternatif, loin des désillusions d’un secteur qu’ils jugent marqué par une concentration défavorable.
Avec leur newsletter bimensuelle, le binôme entendait ainsi donner la parole à des talents engagés, porteurs d’autres imaginaires, tout en abordant l’actualité avec humour, en proposant des recommandations et en publiant des planches inédites. Une ligne éditoriale qu’ils souhaitent prolonger dans un format plus ample et plus souple.
Planches d'Anne Simon (à gauche) et d'Emilie Gleason (à droite), tirées du premier numéro de "Courts Bouillon"- Photo COURTS BOUILLON/ ANNE SIMON & EMILIE GLEASONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« On se sentait un peu à l’étroit avec le format newsletter. Avec la revue, on va pouvoir donner plus d’espace aux interviews et à la création », assure Quentin Guibereau, qui définit le nouvel objet comme un « outil de réflexion et d’émancipation pour opposer de nouveaux récits à la montée des idées réactionnaires ». Dans cette optique, les planches d’auteurs et autrices nourriront les trois quarts de la revue, complétées par des articles consacrés à l’exploration de nouveaux imaginaires et par des entretiens avec des créateurs, des militants ou des spécialistes du secteur.
À la croisée de l'édition et de la presse
Attendu en septembre et actuellement en précommande sur Ulule, le premier numéro accueillera notamment la journaliste Lucie Servin, à l’origine de l’enquête publiée dans L’Humanité sur les dérives du festival d’Angoulême, ainsi que Lisa Blumen, lauréate du prix BD SF pour Astra Nova (L’Employé·e du moi), Anne Simon, autrice de biographies de Freud, Marx et Einstein chez Dargaud, Martin Py (L’Homme pénétré, La Boîte à Bulles), Émilie Gleason, prix Révélation du FIBD 2018, mais aussi Babonet Jakonet, cofondateur de la revue Zitrance ou encore Aniss El Hamouri (Lâchez les chiens) et le collectif Bandes détournées.
Le numéro s’accompagnera d’un jeu de cartes, sobrement baptisé Camarades contre capitalistes. En raison de coûts de lancement élevés, les précommandes visent à financer ce premier numéro, voire les suivants selon l’accueil réservé à l’initiative. À terme, Quentin Guibereau et Floriane Candelon envisagent une diffusion en librairie, déjà facilitée par le soutien de plusieurs points de vente, pour lesquels des « packs » assortis de remises avantageuses ont été conçus. Fort d’un réseau constitué autour d’expériences passées et désormais de sa newsletter, qui continuera par ailleurs de paraître, le duo entend également faire connaître la revue lors de rendez-vous littéraires de la rentrée, comme Formula Bula.
À la croisée de l’édition et de la presse, Courts Bouillon s’inscrit dans un écosystème où les formes artisanales (fanzines, microédition) et les dynamiques collectives occupent une place centrale. « La BD est un milieu de gens qui galèrent pour faire ce qu’ils aiment. Ce type d’initiatives est récurrent et souvent soutenu, parce qu’il permet de faire collectif », observe Quentin Guibereau, rappelant que le projet repose sur un modèle. Une manière aussi d’inscrire la revue dans cette tradition d’indépendance et d’engagement qu’elle entend prolonger.

