Bologne 2018 renoue avec l'enthousiasme | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Bologne, le 29.03.2018 à 18h56 (mis à jour le 30.03.2018 à 05h56) Jeunesse

Bologne 2018 renoue avec l'enthousiasme

La 55e Foire du livre de jeunesse de Bologne a enregistré 27 642 visiteurs, soit 3% de plus que l'an dernier. - Photo CLAUDE COMBET/LH

Après des années de difficultés dans tous les pays, la 55e Foire du livre de jeunesse de Bologne s’est déroulée dans un climat ensoleillé, démontrant comme à son habitude le professionnalisme et la créativité du secteur.
 

La 55e Foire du livre de jeunesse de Bologne, qui s’est déroulée du 26 au 29 mars, a fermé ses portes sur un climat euphorique. Le soleil a éclairé les transactions à partir de mercredi et la bonne humeur régnait dans les allées, après plusieurs années de crise dans nombre de pays. « C’est une super-foire. Il fait beau et j’ai découvert beaucoup de nouveaux talents et de choses qui m’intéressent alors que je pensais avoir acheté ce qu’il me fallait avant de venir », déclare Sophie Giraud, fondatrice d’Hélium.

Une nouvelle héroïne chez les italiens

On a vu fleurir les cocktails sur les stands le mardi 27 mars en fin d’après-midi, notamment chez les Italiens Giunti et Mondadori, qui fêtait sa nouvelle héroïne Mortina, imaginée par Barbara Cantini (qui sera publiée par Albin Michel Jeunesse). Les auteurs vedettes étaient présents comme les Britanniques Michael Morpurgo, pour son nouveau livre, Flamingo boy (à paraître chez Gallimard Jeunesse), Melvil Burgess, qui n’avait rien écrit depuis cinq ans, pour The lost witch (à paraître en 2019 chez Gallimard Jeunesse), Philip Reeve pour l’adaptation au cinéma de Mortal Engines (prévue le 12 décembre sur les écrans français) et l’Américain Jeff Kinney et le 13e volet du Journal d’un dégonflé (Seuil Jeunesse).

Les éditeurs affichaient aussi des créneaux horaires pour recevoir les illustrateurs, ce qu’ils ne faisaient plus depuis plusieurs années. L’ambiance était festive : Penguin Random House avait affrété quatre autobus le lundi soir, le Best Illustrated Children’s Book Award, du New York Times, a célébré ses 65 ans, et Pastel, la filiale belge de L’Ecole des loisirs, ses 30 ans. La foire a de fait enregistré 110 nouveaux exposants (+ 8,7 %) sur un total de 1 390 de 77 pays, et a reçu 27 642 visiteurs (+ 3 %), dont 12 403 étrangers (+ 6 %). Le tout sous le regard de 720 journalistes, dont 200 étrangers de 38 pays (1 000 articles publiés) avec des records sur les réseaux sociaux.  
A l'entrée de la Foire Livres Hebdo distribuait son hors-série spécial Bologne en anglais consacré à la promotion de l'édition française. - Photo FABRICE PIAULT/LH

Le livre audio a été sous les feux de la rampe : désormais téléchargeable et posdcastable, il représente des ventes importantes pour les marchés américains, australien et néerlandais et devrait conquérir les autres marchés européens si on en croit l’analyse d’Amanda D’Acierno, de Penguin Random House Audio.   
 
Le stand du Bief à Bologne, en 2018 - Photo FABRICE PIAULT/LH.
Les éditeurs français, installés provisoirement dans le hall 21 (en attendant de retrouver le 30 en 2019), qu’ils ont trouvé "plutôt lumineux", ont été très occupés comme d’habitude. Fort de leurs sept prix et mentions aux BolognaRagazzi, ils restent les champions pour l’éveil et la petite enfance : les acheteurs ont été séduits par nouveaux "Imagiers Kididoc" de Nathan, la licorne Gaston et ses émotions d’Hachette Jeunesse ou Les toutous, de Dorothée de Monfreid à l’Ecole des loisirs. Mais ils viennent toujours chercher sur les stands français ce qui sort de l’ordinaire comme l’album sur La génétique, illustré par l’Iranien Pouya Abbasian (Nathan),  le nouveau Adrian Parlange, les Portraits d’animaux, de Lucie Brunellière et la nouvelle collection de Benjamin Lacombe chez Albin Michel Jeunesse.  
 
Le stand des illustrateurs à Bologne 2018. - Photo FABRICE PIAULT/LH
L’édition pour la jeunesse ne porte pas pour autant des lunettes roses. Les Anglo-saxons se sont émus pendant la foire de la fermeture de la filiale australienne de Bonnier. Mais cela ne les a pas empêchés de défendre la fiction "middle grade" (8-12 ans), toujours magique et fantastique, qui reste très forte. Les éditeurs américains proposaient nombre de titres sur le féminisme et l’activisme, hérités directement des mouvements américains #MeToo et #BlackLivesMatter. Le prix Alma décerné à l’Afro-américaine Jacqueline Woodson en est la preuve. Ces thèmes sont aussi présents dans les documentaires : Elena Favilli et Francesco Cavallo sont venues présenter le 2e volume de Goodnight stories for rebel girls (le premier est paru aux Arènes en octobre 2017.

Le “young adult” marque le pas

Le «  young adult » semble marquer le pas : " Il faudrait que les Anglais arrêtent de nous proposer un roman dans lequel le héros est atteint de la maladie de Crohn, dépressif, dont les parents sont divorcés et au chômage,  note une éditrice. « Il y a pléthore de titres ressemblant à 13 reasons why" souligne une autre. Il n’en reste pas moins un secteur convoité par les producteurs de cinéma et de télévision. Netflix l’a bien compris et impose des conditions que certains éditeurs refusent : signature du contrat pour des livres non encore écrits, contrats limités à trois ans, droits de traduction qui n’appartiendraient pas à l’éditeur français, le tout sur fond d’enchères...

La foire de Bologne s'exporte à New York

Forte de son savoir-faire, Bolognafiere organise sa première foire de droits à New York le 30 mai et 1er juin (en partenariat avec Publishers weekly) ; a monté un partenariat avec la Foire du livre de Turin ; et remplace Reed comme co-organisateur de la Foire du livre de jeunesse de Shanghai (9-11 novembre 2018). On a noté cette année une forte présence chinoise - la Chine était l’invitée d’honneur de cette édition avec une exposition, et l’exposition des illustrateurs 2018 sera à Shanghai – mais la foire du livre de Pékin a jeté un pavé dans la marre en annonçant la veille de la Foire une ouverture sur l’édition pour la jeunesse. Au fil du temps, Bologne a résisté à plusieurs attaques : gageons que la prochaine édition, qui se déroulera du 25 au 28 mars 2019 avec la Suisse pour invitée, saura lutter.
close

S’abonner à #La Lettre