9 FÉVRIER - ROMAN France

Brestois, auteur déjà d'un premier roman bizarroïde et réjouissant (Formications, paru au Seuil en 2006), c'est en Normandie que Julien Péluchon a choisi de situer son nouveau roman. Tout au moins la première partie. Et ce n'est pas un hasard, puisque Pop et Kok peut être considéré comme une réinvention, postmoderne et jubilatoire, du Bouvard et Pécuchet de Flaubert. En bien plus extrême. La seconde partie, elle, qui court de 2190 à 2215, se déroule sur le littoral berckois. Des terres rudes, surtout après l'apocalypse qui a ravagé le monde.

Un "Souffle bleu" s'est insinué partout : les gens se mettent alors à "fumer de la tête" et à sentir l'oeuf pourri. Certains meurent, d'autres pas. Ils deviennent soit des zombies, soit des barbares, hordes dépenaillées qui passent leur temps à s'entremassacrer. Pop, un an à l'époque, et Kok, douze ans, en ont eux réchappé, avec toutes leurs facultés.

Le monde, redevenu une espèce de friche médiévale, est dominé par le culte du dieu Verge dorée. Ses adeptes, les "aurivergistes", tentent de réinventer une nouvelle civilisation. Pop et Kok, pour leur part, se veulent des entrepreneurs et des pionniers. L'un tient une guinguette, puis invente et distribue des tentes précaires pour abriter les sinistrés. L'autre gère une compagnie de pousse-pousse. Mais, comme leurs prédécesseurs, ils sont poursuivis par une scoumoune tenace. Ils accumulent les échecs et les faillites, et même leur vie personnelle est un champ de ruines. Kok, très diminué à la suite de son suicide raté, et Pop, qui s'est mis à écrire le Journal de leurs pauvres vies, vont alors fuir Rouen pour la Somme, mener l'existence de deux semi-clochards solitaires et sauvages, avec pour derniers plaisirs l'alcool de patate et les cigarettes de jusquiame. Très hallucinogènes. Mais les barbares ne lâchent jamais leurs proies...

Le roman de Julien Péluchon est à la fois drôle et terrible. Parodie de Bouvard et Pécuchet, qui se voulait déjà une sotie, ce « Bouvet et Pécuchard » peut aussi se lire comme une parabole antinucléaire. Quant au monde qui nous est montré, c'est un peu un montage de Themroc, de La guerre du feu et de La planète des singes. A coups de Péluchon, le XXIIe siècle risque de ne pas être très glamour.

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