Cap sur l’Amérique

Cap sur l’Amérique

Amor Towles lors de la présentation de la rentrée littéraire Fayard 2018 au théâtre de l'Alliance française à Paris. - Photo Olivier Dion

Cap sur l’Amérique

A la veille du Festival America, qui a lieu tous les deux ans, les éditeurs font la part belle aux traductions de l’anglais et de l’américain, qui représentent plus de la moitié de la production de la rentrée, et privilégient les premiers romans.

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Par Claude Combet,
avec Créé le 29.06.2018 à 02h05

La rentrée littéraire étrangère 2018 sera sous le signe du Festival America. Il se déroule à Vincennes du 20 au 23 septembre, avec pour invité d’honneur John Irving, dont le Seuil réédite Le monde selon Garp le 20 septembre. Parallèlement, la manifestation rendra hommage à Philip Roth, décédé le 22 mai. Une des curiosités de la rentrée sera d’ailleurs Moi, Philip Roth de Steven Sampson, dont le héros voue une passion à l’écrivain américain (Pierre-Guillaume de Roux). America réunira aussi quatre lauréats du prix Pulitzer, Michael Chabon, Richard Russo, Jeffrey Eugenides et Colson Whitehead. A l’exception du dernier, dont Underground Railroad est paru en août 2017, ils auront droit à une nouveauté en français: un roman, Moonglow, pour Michael Chabon (Laffont), et des nouvelles pour Richard Russo, Trajectoire (La Table ronde), et pour Jeffrey Eugenides le recueil Des raisons de se plaindre (L’Olivier).

54% de titres anglo-saxons

Le Canada est le pays invité du Festival America. Trente auteurs canadiens sur les soixante-dix invités seront présents, avec une nouveauté comme David Chariandy (33 tours, Zoé), Kevin Hardcastle (Dans la cage, Albin Michel), Emma Hooper (Juste après l’aube, Les Escales), Andrée A. Michaud, l’auteure de Bondrée (Rivière tremblante, Rivages), Heather O’Neill (Les enfants de cœur, Seuil) et Dave W. Wilson (La souplesse des os, L’Olivier).

Sont aussi invités les Américains Dan Chaon (Une douce lueur de malveillance, Albin Michel, voir ci-dessous), David James Duncan, qui raconte l’Amérique des années 1960 (Les frères K, Monsieur Toussaint Louverture), Nick Dybek (Dans les bras de Verdun, Presses de la Cité), la journaliste féministe Vivian Gornick (La femme à part, Rivages), Laura Kasischke, une habituée du festival (Eden Springs, Page à page), qui s’est inspirée d’un fait divers de 1903: une adolescente est retrouvée morte dans la communauté d’un prédicateur. A Vincennes, on pourra rencontrer Ivy Pochoda, prix Page-America 2013 pour L’autre côté des docks (Route 62, Liana Levi), le mythique Richard Powers, qui s’intéresse à la communication des arbres (L’arbre-monde, Cherche Midi), Brad Watson, avec Miss Jane, un grand roman social sur l’Amérique de la première moitié du XXe siècle sur lequel il a passé treize ans (Grasset). Comme Leni Zumas, traduite pour la première fois en français (Les heures rouges, Presses de la Cité) et les primo-romanciers Hernan Diaz dont Au loin a été finaliste du Pulitzer 2018 (Delcourt), Tadzio Koelb (Made in Trenton, Buchet-Chastel), Phillip Lewis (Les jours de silence, Belfond), Fatima Farheen Mirza (Cette maison est la tienne, Calmann-Lévy). Est également invité le Mexicain Antonio Ortuno (Méjico, Bourgois).

Avec 186 titres (contre 191 l’an dernier), cette rentrée confirme la tendance à la baisse de l’ensemble de la production, mais les romans étrangers représentent toujours le tiers du cru automnal. La littérature anglo-saxonne se taille la part du lion dans les traductions de la rentrée (54%) et nombre de romanciers, outre les invités du Festival America, seront présents dans les librairies cet automne. Prix Pulitzer 2011 avec Qu’avons-nous fait de nos rêves ? (Stock, 2012), Jennifer Egan revient avec Manhattan Beach chez Laffont, l’histoire d’Anna, ouvrière pendant la guerre sur le chantier naval de Brooklyn et première femme scaphandrier. J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003 (L’abattoir de verre, Seuil), Pat Conroy, l’auteur du Prince des marées (A quelques milles du reste du monde, Le Nouveau Pont), l’Anglais Julian Barnes (La seule histoire, Mercure de France) ou l’Irlandais Roddy Doyle, auteur de la célèbre Trilogie de Barrytown (Smile, J. Losfeld) sont autant des grands noms attendus. L’éditeur D. Foy, qui dirige Strike editoria, livre une curiosité: à la fois son troisième roman et sa première traduction en français, Absolutely golden (Le Serpent à plumes), fait revivre la Californie des années hippies à travers la rencontre d’une jeune veuve et d’un gourou qui l’initie à la drogue et au sexe, et l’emmène dans un camp de nudistes.

On retrouvera aussi les livres des Américains Jennifer Clement (Flammarion), Larry Fondation (Tusitala), Julia Glass et Benjamin Whitmer (Gallmeister), Rachel Kushner (Stock), Alice McDermott (La Table ronde),Tom Perrotta (Fleuve éditions), et chez Fayard, Amor Towles (venu d’Albin Michel), avec Un gentleman à Moscou, meilleur livre de l’année 2016 vendu à 1 million d’exemplaires, prochainement adapté en série télévisée. De son côté, Zulma propose une nouvelle traduction du chef-d’œuvre de la romancière afro-américaine Zora Neale Hurston (1891-1960), Mais leurs yeux dardaient sur Dieu. Aux côtés de l’Australien Richard Flanagan (Actes Sud), des Britanniques Jim Crace (Rivages), avec une fable sur les migrants, Alan Hollinghurst (Albin Michel), John Burnside et Mick Kitson (Métailié), et de l’Irlandaise Lisa McInerney (J. Losfeld).

Nouvelle génération d’auteurs

La littérature en anglais ne se résume pas aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne. Rabih Alameddine, prix Femina 2016 avec Les vies de papier, est né en Jordanie de parents libanais (L’ange de l’histoire, Les Escales), Malu Halasa raconte la banlieue d’Amman (La mère de tous les cochons, L’Aube), Jasmin Darznik est née à Téhéran (L’oiseau captif, Stéphane Marsan), Yiyun Li est sino-américaine (Une femme à l’abri, Belfond), Chinelo Okparanta (Sous les branches de l’udala, Belfond), Teju Cole (Chaque jour appartient au voleur, Zoé) et Abubakar Adam Ibrahim (La saison des fleuves en flammes, L’Observatoire) sont nigérians, Shih-Li Kow est malaisienne (La somme de nos folies, Zulma), et Tabish Khair est indien (Filles du djihad, éditions du Sonneur).

A côté de cette vague anglo-saxonne, l’Italien Roberto Saviano, qui décrit une bande d’adolescents napolitains fascinés par le crime (Gallimard), le Suédois Henning Mankell avec un titre posthume (Seuil) et Sasa Stanisic, l’auteur du Soldat et le gramophone (Stock) sont aussi très attendus. Les lecteurs retrouveront aussi Alaa el-Aswany, Salman Rushdie et Javier Cercas (Actes Sud), l’Islandais Jan Kalman Stefansson (Grasset), David Trueba (Flammarion), Zoé Valdés (Arthaud), Carlos Zanon (Asphalte), le Mexicain Juan Pablo Villalobos (Buchet-Chastel). Tandis que Verdier publie deux textes majeurs, Kruso de l’Allemand Lutz Seiler, adapté au théâtre et à la télévision, et Bas la place y’a personne de Dolores Prato, considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature italienne du XXe siècle.

Assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs dans tous les pays? Ou tout simplement les droits des premiers romans sont-ils plus accessibles en ces temps de crise économique? Les éditeurs français se sont davantage intéressés aux primo-romanciers étrangers, au nombre de 64 cette année. On découvrira donc Lea Carpenter (Gallmeister), Lisa Halliday (Gallimard), Kevin Hardcastle (Albin Michel), Kristen Harnisch (L’Archipel), Fiona Harrison (City), Michael Imperioli (Autrement), Phillip Lewis (Belfond), Daniel Magariel (Fayard), Ruby Namdar (Belfond), Adelia Saunders (Actes Sud), Wallace Earle Stegner (Gallmeister), Jennifer Zeynab (Les Escales). Les Britanniques Emma Glass (Flammarion), Luke Kennard (Anne Carrière) et David Keenan (Buchet-Chastel), et le poète irlandais ConorO’Callaghan (S. Wespieser) devraient aussi susciter la curiosité des lecteurs. d C. C.

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