Avant-critique

Charlotte Wood, « Le week-end » (JC Lattès) : Quand vient le soir...

Charlotte Wood - Photo © CHRIS CHEN

Charlotte Wood, « Le week-end » (JC Lattès) : Quand vient le soir...

Trois amies se retrouvent un week-end de Noël pour vider la maison d'une quatrième, disparue récemment. Un livre tout en finesse de Charlotte Wood.

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Par Olivier Mony,
Créé le 14.05.2021 à 11h30,
Mis à jour le 14.05.2021 à 13h03

Elles sont amies depuis toujours. C'est-à-dire depuis l'époque où l'avenir leur promettait de durer longtemps. On appelle cela la jeunesse. Il y a Jude, une restauratrice réputée, Wendy, une auteure qui ne l'est pas moins, Adele, actrice à succès, et Sylvie qui consacre une bonne partie de son énergie à maintenir vivace l'amitié qui lie ce quatuor. Car le temps, finalement, a passé. Près d'un demi-siècle du côté de Sydney et des plages d'Australie. Et il s'est avéré réglementairement cruel. Les maris (pour celles qui en eurent) sont partis ou ont disparu, les amants ne sont restés que cela, les rôles pour Adele se sont raréfiés jusqu'à disparaître totalement, les corps se sont usés comme leur affection vive et, surtout, Sylvie est morte. Voilà pourquoi, quelques mois plus tard, le week-end des fêtes de Noël, les trois amies restantes se retrouvent dans sa maison du bord de mer qu'elle partageait avec sa compagne (qui n'a pas voulu y demeurer), pour vider les lieux et y résider une dernière fois. Les retrouvailles ne seront pas nécessairement faciles car, sans s'en rendre compte, Jude, Wendy et Adele, plus encore que des femmes âgées, sont devenues des « vieilles filles ». Les complicités anciennes sont là, mais comme recouvertes désormais par la poussière des ans, des habitudes et des rituels solitaires... Il y a le vieux chien presque expirant de l'une, la maniaquerie de l'autre, les difficultés financières et le refus de reconnaître sa carrière évanouie de la troisième. Et Noël cette année-là célébrera moins une naissance qu'un état des choses et des lieux, baigné par un douloureux crépuscule. Pourtant, malgré ce huis clos où vont enfin éclater bien des secrets plus ou moins honteux, l'amitié et la tendresse ne se laisseront peut-être pas tout à fait oublier...

Après un déjà très remarqué La nature des choses (Le Masque, 2017), l'Australienne Charlotte Wood nous offre avec Le week-end l'un des romans les plus attachants et justes de ce printemps. Une justesse, une grâce en somme, qui n'est pas sans faire parfois penser à celle de la grande Iris Murdoch. Le sujet du livre pourrait paraître un rien rébarbatif, mais Wood est une romancière assez accomplie pour savoir qu'un roman, un vrai, n'est jamais un sujet. C'est quelque chose de plus impalpable, comme un climat. Celui de ce Week-end est pétri d'une douce et profonde ironie, d'une finesse tissée de la soie d'un récit aussi fragile que les attachements qui relient sur le long terme les êtres entre eux. Lorsque vient le soir, trois femmes et un vieux chien se tiennent à l'orée de leur vie, se tiennent chaud. Envers et contre tout et toutes.

Charlotte Wood
Le week-end Traduit de l'anglais (Australie) par Sabine Porte
JC Lattès
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 21,90 € ; 324 pages
ISBN: 9782709666299

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