Rentrée littéraire 2021

Christophe Donner, « La France goy » (Grasset) : La saga de l'infamie

Christophe Donner - Photo © JF PAGA

Christophe Donner, « La France goy » (Grasset) : La saga de l'infamie

Mêlant histoire nationale et familiale, Christophe Donner remonte jusqu'aux racines de l'antisémitisme. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 20.08.2021 à 16h00,
Mis à jour le 20.08.2021 à 19h47

Le prolifique, éclectique et talentueux Christophe Donner n'est jamais si bon que dans l'autobiographique, et il l'est souvent. Le voici qui revient à son genre fétiche, pour une saga érudite et dérangeante, laquelle nous conduit aux origines de l'antisémitisme en France, dont on connaît les ravages, de l'affaire Dreyfus jusqu'à la Shoah. Même si ce volume s'arrête en 1918, le « sale Boche » ayant largement remplacé, dans la détestation nationale, le « sale youpin », Christophe Donner, dans son épilogue, ne résiste pas au plaisir de raconter la fin de ses principaux personnages, comme un enfant s'amuse à briser les jouets qui l'ont distrait un moment.

Les trois protagonistes principaux de cette longue histoire - qui commence en 1881, sur un clin d'œil, à Cateau, dans le Nord, quand un certain Macron, douze ans, blesse sans le vouloir, à la carabine, un de ses camarades, Henri Gosset, sept ans - sont le répugnant, le sordide Édouard Drumont (1844-1917), son filleul Léon Daudet (1867-1942), le fils d'Alphonse, un surdoué dévoyé, et Henri Gosset (1874-1948) donc, bien moins connu que les deux autres dont il fut l'ami, et qui se trouve être le propre arrière-grand-père de l'auteur. Lequel a retrouvé, dans les archives de sa famille, un véritable trésor : tous les papiers d'Henri, surtout ses lettres à son oncle Hippolyte, lieutenant de gendarmerie resté au pays, tandis qu'Henri est parti à Paris très tôt, dès 1890, pour suivre de vagues études de médecine. C'est là qu'il fera la connaissance de Léon Daudet, lequel lui présentera son meilleur ami, Drumont.

Entre le futur journaliste vedette de L'Action française de Maurras, qui s'est couvert d'opprobre durant la guerre de 1939-1945 (du moins jusqu'à sa mort), l'auteur de La France juive et directeur de La libre parole, fou furieux qui fit de la haine du Juif son très lucratif fonds de commerce avant de finir ruiné, déconsidéré, oublié de tous, et le jeune provincial passionné d'équitation et d'escrime, mais aussi doté d'un don de guérisseur (il deviendra l'un des pionniers de la kinésithérapie psychologique), s'établira une étroite relation, nourrie des complaisances coupables d'Henri. Un personnage complexe, qui épousera Marcelle, une institutrice anarchiste. Leur fils Jean s'engagera dans la Résistance, sera déporté et mourra au camp de Neuengamme. Il était le père de Renaude, la mère de Christophe Donner.

Mêlant histoire familiale et nationale, maîtrisant une stupéfiante documentation, une multitude de personnages et d'intrigues annexes (l'affaire Dreyfus, le scandale de Panama, l'assassinat de Jaurès...), Christophe Donner a bâti une fresque féroce, un monument qui dénonce crûment la bêtise, la haine, l'infamie- de quoi nous donner bien à réfléchir aujourd'hui.

Christophe Donner
La France goy
Grasset
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 24 € ; 512 p.
ISBN: 9782246817130

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