Livres Hebdo : Près de quatre ans après le lancement de la collection « Proche », quel bilan tirez-vous ?
Constance Beccaria : Le pari est tenu. Les auteurs et les autrices de la maison ont accepté de nous faire confiance, les libraires aussi. Les taux de transformation sont au-dessus de nos prévisions initiales, avec de grands succès, comme Où vont les larmes quand elles sèchent de Baptiste Beaulieu, qui s'est écoulé à 100 000 exemplaires en grand format et a dépassé 450 000 exemplaires en poche. Ou encore Mon mari de Maud Ventura, qui affiche 70 000 exemplaires en grand format et 380 000 en poche. Même les essais et les documents, qui peinent à percer en poche, enregistrent de beaux résultats. La synergie entre L'Iconoclaste, Les Arènes et la collection « Proche » est vertueuse. En premier niveau, nos représentants défendent à la fois le grand format et le poche, ce qui prolonge la dynamique.
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Comment avez-vous pensé la ligne graphique ?
Il fallait trouver une ligne de crête entre une charte reconnaissable, pour forger une identité, et une souplesse nécessaire pour s'adapter à la pluralité des voix du catalogue. Nos invariants sont la typographie, l'emplacement du logo, et l'utilisation d'une gamme de trois couleurs, qui change pour chaque livre. Le directeur artistique Vahram Muratyan élabore chaque couverture comme une affiche de cinéma. Nous ne souhaitons pas créer une ligne graphique par auteur, comme cela se pratique ailleurs, pour garder l'unité de la collection. En revanche, nous essayons de créer des couples artiste-auteur. Par exemple, la photographe Kourtney Roy a un univers cinématographique très proche de l'univers romanesque de Maud Ventura. Les couvertures de Mon mari et de son second roman, Célèbre, à paraître le 7 mai, sont toutes deux signées par elle.
« Nous cherchons à concilier la qualité littéraire et la puissance de l'émotion »
Comment mener une « communication créative » ?
Les industries du divertissement - musique, podcasts ou séries par exemple - misent beaucoup sur les émotions, quand l'édition privilégie souvent la raison et les références culturelles. Nous cherchons à concilier la qualité littéraire et la puissance de l'émotion, qui permet des achats d'impulsion. Nous cherchons à dégager dans nos livres des ressorts universels qui puissent toucher tout le monde, comme l'envie de vivre l'amour fou ou le vertige de la gloire. En librairie, nous avons imaginé une PLV [publicité sur lieu de vente] avec une roue des émotions, chacune étant associée à un livre. Nous avons aussi créé, comme toutes les maisons de poche, des primes originales, comme des grilles de mots croisés avec des interviews d'auteurs et autrices pour l'achat de deux titres de la collection, ou encore des carnets d'aquarelle et des cartes.
Quelle place accordez-vous à votre présence en ligne ?
Nous créons peu de contenus mais nous veillons à être inventifs selon les réseaux. Pour sortir de la dépendance aux algorithmes, nous avons aussi créé la newsletter Le Club des Proches. Chaque numéro donne un éclairage sur un livre tout en proposant d'autres ressources, comme un documentaire ou une musique, en lien avec l'ouvrage. Nous y organisons des jeux-concours ou faisons des annonces en exclusivité, comme notre collaboration avec Papier Tigre, qui a donné naissance à un carnet de lecture lors de la dernière rentrée littéraire. Nous devons activer tous les leviers pour toucher les lecteurs et lectrices dans des lieux où la collection n'est pas forcément attendue.
