Livres Hebdo : Recevoir le titre d’éditeur jeunesse de l’année à la Foire de Bologne est une reconnaissance majeure. Comment accueillez-vous cette distinction et que peut-elle changer pour la maison ?
Karine Leclerc : D’abord, nous sommes très reconnaissantes vis-à-vis de l’organisation de la Foire de Bologne que nous remercions de mettre la littérature jeunesse au centre de l’actualité, à travers un prix qui souligne son importance sur le plan international. Je me réjouis également de constater que cette distinction a suscité la curiosité du public, venu depuis découvrir la maison. C’est d’autant plus précieux que nous avons toute une notoriété à bâtir à l’international, et que ce prix constitue, à cet égard, un formidable accélérateur.
Sophie Chanourdie : On savoure ! Au fond, cela reflète bien la dynamique de notre maison : nous nous appuyons sur un fort réseau international, construit au fil de nos 20 ans d’expérience passée, tout en nous engageant dans une nouvelle expérience. Ce qui rend ce prix particulièrement beau, c’est qu’il est attribué par des professionnels du livre, des personnes que nous connaissons bien, avec qui nous avons travaillé et qui ont fait preuve d’un véritable élan de solidarité.
« Quand on se lance à l'international, il ne s’agit pas d’acheter tous azimuts »
En seulement un an d’existence, les éditions La Doux ont réussi à s’imposer dans un secteur jeunesse très foisonnant et donc très concurrentiel. Quelle stratégie d’acquisition et de cession de droits à l’international avez-vous bâtie ?
K.L : Contrairement à la littérature adulte, où les échanges internationaux sont moins au cœur de la rentabilité du secteur, le domaine illustré a vraiment besoin des cessions de droits à l’étranger. C’est d’abord essentiel et important pour les autrices et les auteurs, mais cela contribue aussi à assurer la pérennité d’un projet en prolongeant sa vie à l’international. Nous en avons donc fait très tôt une priorité stratégique, en nous attelant rapidement au casting des bons agents, auxquels nous avons confié notre petit catalogue naissant. Nous étions d’ailleurs déjà présentes à Bologne l’an dernier, sans ouvrages à présenter, mais avec la volonté de nouer des échanges et de futures collaborations.
S.C : Quand on se lance, il ne s’agit pas d’acheter tous azimuts, mais plutôt de chercher des œuvres qui résonnent avec notre ligne éditoriale, et de construire des relations avec les maisons qui nous correspondent. On observe, aujourd’hui, l’émergence de nombreux nouveaux labels et maisons, y compris à l’international, ce qui nous enthousiasme beaucoup puisque nous découvrons de nouveaux acteurs avec lesquels tisser des partenariats et des liens.
Justement, avez-vous déjà conclu des ventes de droits ou réalisé des achats dans des catalogues étrangers ?
S.C : Tout à fait ! Nous avons déjà acheté, par exemple, Les amitiés sauvages, un titre danois de Mette Vedsø et Sophie Louise Dam qui nous ressemble beaucoup et pour lequel nous avons simplement modifié la couverture pour l’adapter aux librairies et au public français. Nous avons également vendu nos deux BD Draculours de Bérengère Delaporte et Pirates en Enfer de Lucas Scholtes en Espagne et en Italie, tandis que notre album Merveilleux Caca a été cédé en cinq langues dont une cession à la maison britannique Post Wave et coédition en préparation.
K.L : Nous travaillons avec une agente chez Am-Book, spécialisée sur l'illustré, mais qui a également une solide expertise en BD. Nous lui avons donc confié notre catalogue BD. Nous travaillons également avec une agente de chez Ttipi agency qui s'occupe de l’illustré et de la petite enfance. Cette répartition nous permet de concentrer les efforts suivant l’expertise de chacune. Grâce à cela, nous avons obtenu des cessions presque simultanément à nos premières parutions. Par exemple, l’ouvrage de Mathis, Livre je t’aime, a reçu des offres avant même sa sortie en France.
Réinventer les grands thèmes de l'édition jeunesse
Le marché de l’édition jeunesse, en France comme à l’étranger, est foisonnant. Qu’est-ce qui, dans votre catalogue, vous différencie du reste de l’offre ?
K.L : Ce qui me vient d’abord à l’esprit, c’est la notion d’incarnation. Chaque jour, de nouveaux labels et de nouvelles maisons émergent et heureusement, c’est la bibliodiversité ! Or, nous, ce qui nous importe, c’est d’incarner pleinement notre maison, non pas en publiant des livres pour nous-mêmes, mais en étant à l’écoute des jeunes lectrices et lecteurs. Nous nous distinguons aussi par nos résidences, organisées deux à trois fois par an, et qui nous permettent de travailler différemment sur des temps dédiés autour de projets déjà engagés, signés, et destinés à paraître dans les mois ou les années à venir. Cette phase d’incubation est essentielle : elle nous oblige à préserver du temps pour la création et la créativité. Des dimensions qui ont trop souvent tendance à se réduire comme peau de chagrin.
S.C : En littérature jeunesse, on réinvente finalement assez peu de choses. Ce qui nous amuse surtout, c’est de revisiter des marronniers, des grands thèmes qui parlent autant aux enfants qu’aux parents, en y apportant un léger pas de côté. Merveilleux Caca, par exemple, qui va d’ailleurs devenir une série, propose justement une approche renouvelée de la non-fiction, très transversale et avec beaucoup d’humour. De la même manière, nos livres à chanter sont en fait des comptines détournées.
