Découverte avec L'amour, après, scénarisée par Baptiste Sornin (Rivages, 2023), Marie Baudet migre dans le catalogue de Glénat pour sa troisième bande dessinée Criticopolis, à paraître le 1er avril. Dans cette œuvre délicieusement absurde, l'autrice-illustratrice déploie son style reconnaissable - avec des personnages sans visage et ses illustrations au feutre vives et colorées - pour interroger le rôle et le poids du jugement.
Filature sous tension
Un matin, le romancier Vincent Ballot découvre dans son journal une chronique assassine rédigée par Thibault Lopez, journaliste connu pour sa plume au vitriol. Devenu obsessionnel, Vincent Ballot épie son détracteur sur les réseaux sociaux. Il commence à le suivre dans les rues parisiennes où, visiblement, tout le monde n'a de cesse d'émettre une opinion sur les autres. Alors que sa vie personnelle se fissure, le corps de Thibault Lopez est repêché dans la Seine.
Cette filature sous tension permet de questionner lecteurs et lectrices sur leur propre rapport au jugement porté sur autrui mais aussi d'en explorer les conséquences. Les mots de Thibault Lopez sont-ils susceptibles d'avoir une influence sur les ventes du roman ou sur la collaboration de Vincent Ballot avec sa maison d'édition ? Au fil des pages, Marie Baudet invite aussi à une réflexion plus profonde : si la critique est essentielle en permettant notamment la démocratie et le progrès, « n'est-elle pas [aussi] l'art de se distinguer ou de rejoindre un groupe ? » Reste alors la question centrale : dans un monde où règne la tyrannie de l'opinion, « que faire de ses dérives ? »
