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Un beau jour, A., qui se définit comme un "paysan" et s'est spécialisé dans la culture des bambous en Ariège, rencontre à Foix la brillante Maïa, aussi belle qu'inquiétante : chercheuse en paléontologie, mais encore "petite voleuse" et "marie couche-toi là". Coup de foudre et vrai bonheur. "Je suis le roi du pétrole", pense A., le narrateur. Mais deux événements viennent bientôt tout chambouler : Maïa, la police aux trousses, doit prendre la tangente. Quant à A., une tige de bambou lui sort du coccyx, lui causant un mal de chien. Le tandem improbable, qui se prend un peu pour de modernes Bonnie & Clyde, va passer quelques mois en cavale, travaillant à Eglisemeur-près-Milhom, en Auvergne, pour le cirque du Grand Tournant, par ailleurs bâti en bambou. A., avec son "cul feuillu", se métamorphose en Arcimboldo et joue les attractions, tandis que Maïa tente de le consoler parce que, son sang s'étant changé en sève, il ne parvient plus à éjaculer lorsqu'ils font l'amour. Leurs étreintes recourent alors au tantrisme.
Quelque temps plus tard, après que Maïa eut purgé une courte peine de prison, nos tourtereaux se retrouvent à Paris. A. se cache dans les sous-sols du Muséum d'histoire naturelle, au Jardin des Plantes, tandis qu'elle reprend ses travaux scientifiques. Le héros, "premier animal à faire de la photosynthèse", devient un cas d'espèce, un objet d'étude pour les chercheurs, et aussi pour un labo pharmaceutique suisse, qui rêve de cultiver les hommes bambous pour en faire de la pâte à papier. Il faudra toute l'habileté de Maïa pour soustraire son compagnon à son triste sort de cobaye et l'exfiltrer vers des latitudes plus clémentes et plus tropicales, où ses congénères épanouissent leurs racines, tiges et feuillage en toute quiétude.
Deuxième livre de Jocelyn Bonnerave après Nouveaux Indiens (Seuil, 2009), L'homme bambou peut se lire comme une parabole sur le monde moderne, ses rapports compliqués avec la nature. Servi par un humour décalé, des dialogues vifs et incisifs, le roman est aussi une love story farfelue entre un "rhizomme" et une "kleptowoman", dans un univers où tout n'est qu'illusion. C'est le sens même de Maïa (ou Maya) dans la mythologie hindoue.
