À la rentrée 2025, les éditions Dalva ont franchi un cap, notamment grâce au succès commercial et critique du premier roman Nourrices de Séverine Cressan, vendu à plus de 22 000 exemplaires en grand format. De cette expérience, l’éditrice Juliette Ponce a tiré des enseignements, utiles pour accompagner le mieux possible les voix émergentes en librairie. Un an plus tard, la fondatrice de Dalva est nommée directrice du domaine étranger de Robert Laffont.
La gestion conjointe de sa structure et de ce catalogue historique impose une réorganisation de la production. Juliette Ponce affirme vouloir « publier moins, mais mieux » pour consolider le suivi des œuvres. Elle observe, par ailleurs, que son double statut traduit la cohabitation possible de plusieurs démarches éditoriales au sein d’un grand groupe : le repérage de voix émergentes d'une part, la planification des tirages d'auteurs aux ventes mondiales, tels que Ken Follett, de l'autre.
Cette prise de poste s'articule avec le maintien de la ligne de Dalva, marque créée en mai 2021 au sein du groupe Bourgois puis intégrée en 2024 à l'écosystème Robert Laffont avec l'engagement de publier exclusivement des femmes. L'initiative répondait aux statistiques tirées d'un rapport du Centre national du livre (CNL) de 2018 et consultées par la fondatrice avant le lancement, attribuant 65 % des publications de littérature générale aux hommes. Cinq ans après la création de la maison, l'éditrice constate une place croissante accordée aux femmes dans les catalogues, mais aussi la banalisation du terme « autrice ». Une évolution notable après l’accueil hostile encore réservé à ce mot au moment de la naissance de Dalva.
Visibilité des femmes
Cet engagement pour la visibilité des femmes s’enracine dans son itinéraire universitaire. Formée à la philosophie et à l'ethnologie, Juliette Ponce commence un doctorat de sciences humaines mais renonce à devenir chercheuse en anthropologie. C'est à cette époque, pendant son travail de terrain dans un hameau maya du Chiapas, que son rapport aux livres et à la condition des femmes bascule. Confrontée à un accès restreint à la lecture, et à l’observation quotidienne de femmes mayas détenant un savoir immense mais privées de parole publique, la fiction féminine devient pour elle une forme d’urgence.
À son retour, le roman La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski agit comme un déclencheur : fascinée par sa construction narrative complexe, elle envoie une candidature spontanée aux éditions Denoël, l'éditeur français de cet ouvrage, où elle commence comme stagiaire.
Son parcours en anthropologie se prolonge ainsi dans son rapport aux textes, qu’elle envisage comme des vecteurs d’altérité. Nommée aux trophées de l’édition en 2026, elle déclarait ainsi : « Je vois une bibliothèque, je me dis chaque petit cinq centimètres là, c’est un imaginaire, des secrets, une vie ».
