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Miriam Katin s’est fait connaître en 2006 avec le bouleversant Seules contre tous (Seuil, réédité le 9 janvier par Futuropolis), grand prix de la Critique ACBD 2008. Elle y retraçait sa fuite depuis Budapest devant les persécutions nazies, en 1944 avec sa mère, quand elle n’avait pas 3 ans. Tout aussi autobiographique, son deuxième récit graphique saisit l’illustratrice - qui a vécu en Israël avant de s’installer à New York en 1963 - soixante-cinq ans plus tard. Son fils lui annonce qu’il va s’installer à Berlin avec sa compagne suédoise, et lui demande de l’aider à revendiquer la nationalité hongroise pour être reconnu comme citoyen européen. Un ébranlement pour Miriam Katin, confrontée à l’ennemi longtemps refoulé après les horreurs de la guerre et de la Shoah.
Dans des planches d’une honnêteté méritoire, surtout pour rendre sa fréquente mauvaise foi, la dessinatrice restitue le processus qui la conduit de la stupeur à une forme d’acceptation marquant le passage du temps. Le passé entretenu par ses visites à sa mère, également à New York, le présent avec son mari musicien, et le futur incarné par les projets de son fils se conjuguent dans les états d’âme d’une Miriam Katin ambivalente, déchirée entre fidélité à une histoire fracassée et foi dans la vie. Elle jette les formulaires de naturalisation de son fils avant de les remplir finalement ; s’envole à contrecœur pour Berlin ; s’y trouve malade puis ragaillardie.
Lâcher prise est la relation sincère et flamboyante d’une rancœur qui finit par atteindre son point d’apaisement.
Fabrice Piault

