20 FÉVRIER - PREMIER ROMAN États-Unis

Kevin Powers- Photo KELLY POWERS/STOCK

Le premier roman de Kevin Powers est de ceux qui ne passent pas inaperçus et qui imposent d'entrée de jeu un écrivain majeur. Impressionnant de maîtrise, Yellow birds frappe tant par son sujet en prise avec l'histoire contemporaine que par ses qualités littéraires. A entendre Tom Wolfe, le jeune Américain né en 1980 a signé rien moins que "le A l'ouest rien de nouveau des guerres américaines en terre arabe". Déjà traduit dans dix-huit pays et réimprimé aux Etats-Unis où il est sorti en septembre 2012 avec un premier tirage de 70 000 exemplaires, Yellow birds débarque en France dans la "Cosmopolite" de Stock.

Le coup d'essai de Powers évoque l'intervention américaine en Irak à l'aide d'une construction qui fait basculer tour à tour le lecteur entre 2004 et 2009. Nous voici d'abord en Irak. A Al Tafar, une province de Niwana, à l'extrême nord près de la Syrie. Les combats qui y font rage ont déjà décimé bon nombre de civils et de militaires. Deux soldats américains de la même unité, John Bartle et Daniel Murphy, n'ont aucune envie d'être "le millième mort". Bartle est le narrateur de Yellow birds. Il a 21 ans, vient d'un "trou paumé" à côté de Richmond en Virginie. Un beau jour, il en a eu assez de tout le "néant" autour de lui, et a décidé de quitter sa maison et sa mère.

Bartle s'est engagé pour trois ans dans l'armée : à ses yeux, "une manière de disparaître". Daniel Murphy est un blond aux yeux bleus de trois ans son cadet. Ce fils d'une postière en zone rurale vient du sud-ouest de la Virginie. Bartle l'a connu pendant leur formation militaire dans le New Jersey. Sous la neige avant de rallier le désert. Bartle et Murphy ne sont pas encore des hommes. Juste des garçons ordinaires, des frères d'armes. En Irak, les amphétamines et la peur les tiennent éveillés. Le sergent Sterling, soldat déjà aguerri et borderline, lui, va jusqu'à se barbouiller les yeux de Tabasco. Il leur faut composer chaque jour avec l'attente et la peur. Les corps morts et les douilles qui jonchent le sol. Le bruit du mortier et le muezzin qui appelle à la prière. Kevin Powers, qui a lui aussi combattu en Irak en 2004 et 2005, laisse d'emblée entendre que Bartle s'en est sorti. Qu'il est rentré aux Etats-Unis, "le pays de la liberté, de la téléréalité, des centres commerciaux et des phlébites", et s'est installé en solitaire dans une cabane au coeur des Blue Ridge Mountains.

La prose poétique de Powers épate autant dans la description des champs de bataille, de la violence d'une "sale petite guerre" et de son "merdier", que de la honte et de la douleur ressenties par Bartle. Aussi lyrique que poignant, Yellow birds est déjà un classique contemporain.

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