Deauville rocks, en livres et en musiques | Livres Hebdo

Par Souen Léger, à Deauville, le 21.04.2014 à 11h58 (mis à jour le 21.04.2014 à 12h00) Festival

Deauville rocks, en livres et en musiques

Du 18 au 20 avril, le festival Livres & Musiques de Deauville a proposé une programmation riche et résolument rock. Critiques, musiciens et auteurs ont posé leurs valises sur les planches pour des moments de partage.

En Grande-Bretagne, peut-être plus qu’ailleurs, la musique est un objet littéraire "sérieux". Difficile d’imaginer une programmation plus british et plus rock que celle du festival Livres&Musiques de Deauville. En un week-end, du 18 au 20 avril, les festivaliers ont échangé avec des auteurs, des critiques et des musiciens qui transmettent leur énergie, leurs précieux souvenirs, et leur amour de la musique à travers les livres.

Pour les fans des Rolling Stones, l’exposition de Dominique Tarlé, au Point de Vue, était un passage obligé. En 1971, pendant six mois, le photographe a vécu avec le groupe dans le Sud de la France. "J’avais 22 ans, et pour la première fois de ma vie j’avais l’impression de vivre une vie normale avec des gens normaux", s’amuse-t-il entre deux anecdotes sur Mick Jagger et Keith Richards. De cette expérience restent des images rares, bouleversantes, rassemblées dans le livre Exile, paru en 2001 aux éditions Genesis et tiré à seulement 2000 exemplaires. Entièrement épuisé en moins de six mois, l’ouvrage réapparaît de temps en temps sur les sites de ventes aux enchères pour des sommes allant jusqu’à 1500 euros, voire plus.

Dans cette édition consacrée à Londres, il était impensable de faire l’impasse sur le Punk. L’auteur John King, révélé au public avec Football factory (Atelier Alpha Bleue, 1998, puis L’Olivier, 2004) et Skinheads (Au diable Vauvert, 2012), était présent pour porter les couleurs de ce mouvement social et culturel né dans les années 70.

Il y a beaucoup de mauvais livres sur la musique, mais lorsqu’ils sont bons, ils peuvent vous la faire écouter d’une façon nouvelle et différente Lee Brackstone, directeur de la collection "Faber Social"


Les critiques musicaux sont aussi venus partager leurs expériences, embarquant l’auditoire dans de folles virées avec les plus grands noms du rock. Le célèbre Nik Cohn – connu entre autres choses pour avoir écrit l’article qui a inspiré le scénario du film La Fièvre du samedi soir – a expliqué pourquoi il aimait tant "le bruit de la rue". En octobre 2013, Allia a publié son livre  A wop bop aloo bop a lop bam boom : l'âge d'or du rock. Rédigé en 1968, et mis à jour en 1972, cet ouvrage est le premier grand livre écrit sur le rock. Ont suivi bien d’autres comme le Nouveau dictionnaire du Rock (Robert Laffont), dirigé par le journaliste Michka Assayas qui avait aussi fait le déplacement.

S’il est un éditeur anglais qui valorise la musique comme objet littéraire, c’est bien Faber. Cette maison indépendante a développé "Faber Social", une collection entièrement dédiée aux liens entre littérature et musique. Lee Brackstone, qui dirige la collection, était à Deauville avec trois artistes dont il a publié les mémoires : le critique rock Nick Kent, Irmin Schmidt du groupe Can, et Tim Burgess, chanteur des Charlatans. "Il y a beaucoup de mauvais livres sur la musique, mais lorsqu’ils sont bons, ils peuvent vous la faire écouter d’une façon nouvelle et différente", explique l’éditeur. 

Le nom de la collection est une référence au bar londonien The Social qui accueille les événements littéraires et musicaux de Faber. "L’idée est de délivrer une expérience excitante au lecteur en mêlant littérature, concerts et performances, précise Lee Brackstone, aujourd’hui, d’autres éditeurs anglais essayent de nous copier, ce qui est toujours bon signe !". En France, certains de ces ouvrages, comme celui de Nick Kent, Apatahy for the devil : les seventies, voyage au cœur des ténèbres, sont publiés chez Rivages Rouges. Point d’orgue de cette rencontre, un concert improvisé de Tim Burgess, en toute intimité.

Musique encore, mais de l’autre côté de l’Atlantique cette fois, avec la mise en musique des nouvelles de l’Américain Richard Lange, Dead boys (Albin Michel, 2009), par Joseph d’Anvers. Avec une grâce très solennelle et un calme majestueux, l’artiste français délivre les histoires tragiques de loosers magnifiques engloutis par Los Angeles, la "ville des anges", qui n’a jamais aussi mal porté son nom. La guitare électrique nous embarque dans les motels et les bars à striptease, et dans un jeu de lumière envoûtant, la voix assène les vérités de ces destins cabossés. En 2010, Joseph d’Anvers a publié un premier roman, La Nuit ne viendra jamais, aux éditions La Tengo, long flashback à travers les yeux d’une star du rock qui est abattue et voie sa vie défiler.

"Les cicatrices", clip réalisé par Cécile Ravel pour le spectacle "Dead Boys" de Joseph d'Anvers.
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