Décès de la philosophe et écrivaine Anne Dufourmantelle | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 23.07.2017 à 17h15 (mis à jour le 23.07.2017 à 18h00) Disparition

Décès de la philosophe et écrivaine Anne Dufourmantelle

Anne Dufourmantelle - Photo ROBERTO FRANKENBERG

La philosophe, psychanalyste, éditrice et écrivaine Anne Dufourmantelle est morte accidentellement le 21 juillet à l'âge de 53 ans.

Anne Dufourmantelle est morte accidentellement le 21 juillet 2017 à Ramatuelle, a-t-on appris auprès de ses proches. La philosophe, écrivaine et psychanalyste française avait 53 ans. L'inhumation aura lieu mardi 26 juillet à 15h à Ramatuelle.
 
Longtemps directrice de la collection « L’autre pensée » chez Stock, la Docteur en philosophie et enseignante, avait reçu le prix Raymond de Boyer de Sainte Suzanne (pour l’auteur d’un ouvrage de philosophie ou de pensée religieuse contemporaine), décerné par l’Académie française, en 1998, pour La vocation prophétique de la philosophie (Cerf).
 
Généreuse, attentionnée et très à l’écoute, comme ses livres d’entretiens l’ont prouvé, elle était également capable de subversion et d’humour. Très attachée à la notion de liberté, elle cherchait à démontrer ce qui nous enchaînait, à l’instar du passé du héros dans son premier roman.
 
Publié en 2015, L’envers du feu, chez Albin Michel (sélectionné pour le Prix des libraires de Nancy et du Point) est un thriller sur fond de psychanalyse, son autre métier. Son père, homme d’affaires helvético-écossais, fréquentait le cercle d’Ivan Illich, penseur radical de l’écologie politique qui accueillait chez lui les intellectuels chiliens fuyant la dictature. Sa mère est une psychanalyste jungienne.

Le choix des mots
 
Anne Dufourmantelle a ainsi été élevée en écoutant l’anglais, l’espagnol et le français. Cette littéraire qui aimait les mots, et prenait grand soin à la choisir, s’est fait connaître avec plusieurs essais marquants. Chez Payot, toujours en 2015, elle avait publié Défense du secret, qui mettait en garde contre la tyrannie de la transparence, l’une de ses préoccupations. Elle explorait ainsi tous les thèmes dans différents champs de pensée, en s’ancrant dans nos angoisses contemporaines. Cela se retrouvait dès le titre de l’ouvrage : En cas d’amour : psychopathologie de la vie amoureuse (2009), Eloge du risque (2011), sélectionné pour le prix Procope, Intelligence du rêve (2012) ou Puissance de la douceur (2013), notion qu'elle revendiquait tel un étendart, essai cité dans la deuxième sélection du Femina cette année-là. Tous ont été publiés chez Payot.
 

Sa première publication remonte à 20 ans : De l’hospitalité (Calmann-Lévy), en collaboration avec Jacques Derrida.  Chez le même éditeur, elle écrit en 2001 La sauvagerie marernelle, Du retour : abécédaire biopolitique où elle s’entretient avec le philosophe italien Antonio Negri (2002), et Blind date : sexe et philosophie (2003).
 
Elle publie chez Stock en 2006 un livre d’entretiens avec le disciple de Jacques Derrida, Avital Ronell, American Philo. L’année suivante, pour Denoël, elle retrace mythes et légendes au féminin dans La femme et le sacrifice : d’Antigone à la femme d’à côté.
 
Enfin, avec Laure Leter, elle analyse à partir de situations types comment la psychanalyse peut aider à moins souffrir, à prendre soin de soi et à donner un sens à sa vie, dans Se trouver : dialogue sur les nouvelles souffrances contemporaine (Lattès, 2014).
 
 
Il y avait dans son œuvre ce fil conducteur : résister au spleen, retrouver le bonheur à travers l’amour, la douceur, l’art comme mode vie, le rêve, la musique ou encore le secret qu’il faut savoir préserver. "Le secret reste le trait qui lie efficacement la vie du désir et la possibilité qu’offre le réel de le recevoir" écrivait-elle.
 
Récemment encore, elle tentait de décrypter comment l'usage des mots pouvait être à la fois un remède et un poison. La colère des gens l’inquiétait et elle affirmait dans Libération en mai que le langage, le dialogue avec l’autre étaient nécessaires : « nous nous heurtons à une difficulté pratiquement insurmontable dans notre société, c’est la perversion du langage. C’est moins des expressions que le sens des mots qui est retourné ou dévoyé ». Toujours son obsession pour le sens des mots, afin de trouver le sens des maux.
 
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