Disparition

Décès de l’essayiste Pascale Casanova

Pascale Casanova - Photo FRANCE CULTURE

Décès de l’essayiste Pascale Casanova

La chercheuse et essayiste Pascale Casanova, voix emblématique de France Culture, est décédée des suites d’une maladie à l’âge de 59 ans.

J’achète l’article 1.50 €

Par Nicolas Turcev,
Créé le 02.10.2018 à 16h18,
Mis à jour le 02.10.2018 à 18h00

La théoricienne du champ littéraire international Pascale Casanova a succombé à la maladie samedi 29 septembre à l’âge de 59 ans. Auteure d’un essai sur Samuel Beckett (Beckett l’abstracteur, Seuil, 1997) et d’un autre sur Franz Kafka (Kafka en colère, Seuil, 2011), elle a animé l’émission L’atelier littéraire sur France Culture de 1997 à 2010.
 
Issue du monde de la recherche, Pascale Casanova s’intéressait aux dynamiques qui animent le monde de la littérature. En 1997, elle soutint une thèse portant sur L’espace littéraire international à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, sous la direction de son mentor Pierre Bourdieu. En accord avec la théorie des champs de ce dernier, elle explorait dans ce travail les structures, les motifs et les mouvements qui composent, délimitent ou nourrissent les livres d’ici et d’ailleurs.
 
Elle compilera ces recherches dans un ouvrage, La république mondiale des lettres (Seuil, 1999), récompensé par le grand prix de l’essai de la Société des gens de lettres en 2000 et traduit en de nombreuses langues dont le coréen, l’espagnol, le portugais ou encore le japonais. Remarquée à l’étranger, elle sera employée comme "visiting professor" par l’université renommée de Duke aux Etats-Unis, pays qui la fascinait pour ses débats passionnés sur la "world litterature".

A la recherche de l'éthos des auteurs
 
Entrée à France Culture en 1981 au sein de l’équipe de l’émission "Panorama" où elle débattait de l’actualité culturelle, Pascale Casanova produisit et anima pour la station "L’atelier littéraire" (d’abord appelée "Jeudis" et "Mardis littéraires") à partir de 1998. En accord avec sa vision d’un univers littéraire complexe et enchevêtré, pétri de sens cachés et de signifiants profonds, elle sondait l’éthos des auteurs qui s’asseyaient à sa table, cherchant dans le lien entre l’œuvre et l’artiste une clé de compréhension de l’époque, voire "un univers que les écrivains eux-mêmes ont toujours ignoré", écrit France Culture sur son site.
 
Lorsque son émission fut supprimée par la station en 2010 au bout de treize saisons, 31 personnalités du secteur du livre (dont François Bon, Marianne Alphant ou Patrick Kéchichian) se lamentèrent de la disparition "d’une émission curieuse, [qui] ne se contentait pas de diffuser l’entendu d’avance, la répétition du même, mais osait l’écart, la surprise, le questionnement".
 
Après son départ forcé, elle se consacra à l’écriture de deux essais. Le premier sur Kafka, pour lequel elle éprouvait une grande fascination. Kafka en colère proposait une lecture sociale de l’œuvre de l’auteur du Procès, nourrie de réflexions inédites sur ce personnage "narrateur-menteur". Son dernier opus, La langue mondiale (Seuil, 2015), analysait le rôle joué par l’anglais dans la construction des relations de domination et de pouvoir à l’échelle internationale.

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités