Essai

Delphine Horvilleur, « Vivre avec nos morts » (Grasset) : La maison des vivants

Delphine Horvilleur - Photo © JF PAGA/GRASSET

Delphine Horvilleur, « Vivre avec nos morts » (Grasset) : La maison des vivants

Delphine Horvilleur, rabbin et philosophe, signe un « petit traité de consolation » pour mieux vivre avec nos chers disparus. Tirage à 23000 exemplaires.

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Par Sean J. Rose,
Créé le 01.03.2021 à 11h00,
Mis à jour le 03.03.2021 à 12h49

Quand on la présente à l'assemblée endeuillée avant qu'elle n'officie, Delphine Horvilleur se demande s'il ne s'agit pas d'une blague. La sœur de la défunte vient de la qualifier de « rabbin laïc ». L'autrice de Vivre avec nos morts est certes rabbin, l'un des visages les plus connus parmi les représentants de la confession juive en France, et emblématique de son aile libérale, mais avoir accolé l'épithète « laïc » à ce titre et fonction de chef spirituel qu'est un rabbin semble relever de l'incongruité. Il ne s'agissait pas de n'importe quelle morte. Mais aucune mort n'est banale. Et rendre un ultime hommage, n'est-ce pas rendre les traits de la vie à celle ou celui que le trépas a englouti dans les ténèbres de la non-vie ? Ça ne ressemble à personne de mourir. Sûrement pas à Elsa Cayat. « La psy de Charlie », assassinée lors des attentats de 2015. « Elsa » était athée et envoyait bouler toute forme d'autorité, si sacrée fût-elle, avec son rire tonitruant. Le rabbin qui est aussi une femme, et libre, personne de foi et respectueuse de la liberté de chacun, assume la laïcité et surtout le rire : « Penser que Dieu s'offusque d'être moqué, n'est-ce pas la plus grande profanation qui soit ? Grand est le Dieu de l'humour. Tout petit est celui qui en manque. »

Rabbin et femme, ce n'est pas au goût des orthodoxes du judaïsme. Un de leurs sites Internet n'avait-il pas diffusé une « infox » selon laquelle Delphine Horvilleur, lors des obsèques nationales de Simone Veil, n'était pas habilitée à réciter la prière ? Pourtant, en tant que rabbin, dans ces moments-là, Delphine Horvilleur ne fait que ça - rendre hommage, réciter le kaddish, accompagner ceux qui restent, comme en témoigne ce « petit traité de consolation » qui nous apprend avec une sincérité lumineuse comment vivre avec nos chers disparus. Le kaddish, plus qu'une liturgie funèbre, est une louange au Créateur. Dans la Thora, on ne s'interroge pas tant sur la vie après la mort qu'on édicte la règle de vie pour les vivants. Sheol, le séjour des morts dans la tradition hébraïque, « vient d'une racine qui signifie littéralement "la question" ». Delphine Horvilleur raconte sa rencontre avec les familles, parfois il n'y a qu'un homme en face d'elle, d'autres fois des parents pleurent un enfant, et un enfant est confronté à la mort d'un autre enfant, d'un frère... Toutes ces expériences font écho à sa propre expérience d'humaine et de croyante, de descendante de survivants de la Shoah. « Cimetière » en hébreu veut dire « la maison des vivants ». On y pose une pierre sur la tombe. Parmi les pierres, l'herbe pousse- la vie sans l'oubli, mais toujours la vie.

Delphine Horvilleur
Vivre avec nos morts
Grasset
Tirage: 23 000 ex.
Prix: 18,50 € ; 220 p.
ISBN: 9782246826941

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