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Diadié Dembélé, « Le duel des grands-mères » (JC Lattès) : Le voyage d'Hamet

Diadié Dembélé, « Le duel des grands-mères » (JC Lattès) : Le voyage d'Hamet

Diadié Dembélé - Photo © Maurine Tric

Diadié Dembélé, « Le duel des grands-mères » (JC Lattès) : Le voyage d'Hamet

Diadié Dembélé met en scène un gamin de Bamako, indiscipliné et épris de liberté, envoyé dans le village d'origine de sa famille. Il y apprendra le monde et à s'y trouver une place. Tirage à 3000 exemplaires.

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Par Olivier Mony,
Créé le 22.12.2021 à 11h00

Bamako, vers le début de ce siècle. Hamet est un gosse qui, dans les rues de la capitale, confond trop souvent sa liberté et sa solitude. Ses quatre cents coups (il y a quelque chose d'Antoine Doinel en lui), il les fait en douce et avec malice, sans toujours en mesurer la portée ni la mauvaise réputation qui accompagne ses pas de chenapan. Il s'ennuie et, à l'école française que son père, immigré à Paris, n'a pas eu la chance de fréquenter, il préfère les chemins buissonniers : chaparder un peu, jouer aux billes, manger des beignets, lire des romans et se battre au besoin lorsque lui ou les siens se sentent attaqués. Il vit seul avec sa mère, dans une relation à la fois fusionnelle et passionnelle. Celle-ci, constatant que sa sévérité ne porte guère ses fruits, se résout à se séparer de lui et l'envoie au cœur de leur pays, dans le village d'origine de la famille. L'objectif est de lui apprendre l'obéissance, le respect des traditions et de le défaire de son insolence malvenue... Adieu la grande ville, ses fruits luxuriants, l'eau à profusion, les livres : Hamet s'en va vers un horizon redouté.

À son arrivée, ses pires craintes se trouvent confirmées. Nul villageois ne parle français, ni même bambara, seulement soninké. Malgré la bienveillance de la grand-mère qui l'accueille, l'enfant se trouve d'abord plus que jamais éperdu de solitude. Mais peu à peu, le temps et son intelligence font leur œuvre. Ce n'est pas un village, c'est un monde qu'Hamet découvre. Celui des travaux des champs, des amitiés, de l'eau salée des puits. Il y trouve aussi l'histoire des siens, de leurs secrets, de la raison de leur exil. Un endroit où être pour pouvoir le quitter un jour et le garder à jamais. Un endroit qui désormais l'aidera à vivre sa vie.

De ce très attachant et réussi Le duel des grands-mères, premier roman du Malien Diadié Dembélé, on ne dit que peu en révélant seulement l'histoire. Car celle-ci n'est que la parure de son objet principal, à savoir son écriture éblouissante. Dembélé s'inscrit dans la continuité d'Amadou Hampâté Bâ pour sa capacité à restituer la richesse de l'oralité de la langue et, in fine, à en faire un matériau profondément littéraire (sans que cela nuise à son efficacité narrative). Finissons cul par-dessus tête par l'incipit du livre : « À la maison tout le monde parle songhay, peul, bambara, soninké, sénoufo, dogon, mandinka, tamasheq, hassanya, wolof, bwa. Mais, à l'école, personne n'a le choix : il faut parler français. » Beau travail, donc.

Diadié Dembélé
Le duel des grands-mères
JC Lattès
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 17 € ; 250 p.
ISBN: 9782709668613

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