Disparition

Disparition de Philippe Bouvard, figure de la radio et auteur prolifique

Philippe Bouvard - Photo OLIVIER HOSLET / BELGA / AFP

Disparition de Philippe Bouvard, figure de la radio et auteur prolifique

Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. Figure incontournable de la radio française, il aura marqué six décennies de vie médiatique, notamment avec « Les Grosses Têtes ». Il était aussi l'auteur d'une soixantaine de livres dont Livres Hebdo propose une bibliographie non exhaustive.

Par Louise Ageorges
avec AFP Créé le 24.08.2026 à 12h53

Journaliste et amuseur public avec « Les Grosses Têtes », Philippe Bouvard, décédé lundi à 96 ans, a accompagné les Français pendant six décennies à la radio avant de prendre à plus de 90 ans une retraite à laquelle il s'est longtemps refusé.

Pilier de RTL où il a travaillé à partir des années 1960, son nom reste attaché à celui des « Grosses Têtes », émission qu'il a lancée en 1977 en faisant une des plus écoutées de France.

Une retraite longtemps repoussée

Quand en septembre 2014, après 37 ans aux manettes, il doit laisser sa place à Laurent Ruquier, appelé pour rajeunir l'émission, Philippe Bouvard, proche des 85 ans, le vit mal. « Ce n'est pas moi qui ai pris la décision (d'arrêter) mais je l'ai acceptée. L'annonce de cet abandon, car c'en est un, est un déchirement », déclarait-il alors.

Huit ans plus tard, la plaie mal refermée, il raconte qu'il aurait été incapable d'arrêter de lui-même « Les Grosses Têtes ». La station lui a ensuite confié « Allô Bouvard », diffusé le week-end, qui s'est arrêté à l'été 2020.

Infatigable et toujours au fait de l'actualité, malgré sa vue et son audition défaillantes, il tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Mais il s'était résigné à « faire silence » le 1er janvier 2025. « Parce que le 1er janvier, j'aurai établi le double record que j'espérais, c'est-à-dire 60 ans de radio et 60 ans de RTL ».

Philippe Bouvard a toujours été un hyperactif : 30 000 articles, 6 000 émissions de télé, recensait-il début 2013 dans le quotidien Nice-Matin auquel il a collaboré.

Un écrivain prolifique

Il compte une soixantaine d’ouvrages à son actif, dont plusieurs ont rencontré un beau succès en librairie. Paru en janvier 2014 chez Flammarion, Les morts seraient moins tristes s’ils savaient qu’ils pourront encore se tenir les côtes en regardant les vivants s’est écoulé à plus de 24 000 exemplaires. En 2013, Je crois me souvenir avait dépassé les 48 000 exemplaires vendus en grand format, auxquels s’ajoutent plus de 12 000 exemplaires en poche. Un succès déjà confirmé en 2009 avec Je suis mort, et alors ?, également publié chez Flammarion, vendu à plus de 78 000 exemplaires tous formats confondus.

À la télévision, il a présenté de 1982 à 1987 « Le petit théâtre de Bouvard » sur Antenne 2, une émission de sketchs où apparaissent de jeunes comédiens dont plusieurs connaîtront le succès (Muriel Robin, Pascal Legitimus, Mimie Mathy, Chevallier et Laspalès…).

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne) d'un couple de petits commerçants, Philippe Bouvard entre au Figaro en 1952 comme garçon de courses, après un court passage par le Centre de formation des journalistes. Il grimpe les échelons, signe la chronique mondaine et devient directeur des services parisiens.

Des débuts au Figaro aux « Grosses Têtes »

En 1973, il quitte le Figaro pour France Soir, où il occupera plusieurs fonctions hiérarchiques et signera pendant des années un billet publié en Une. Il part en septembre 2003. Au cours de sa carrière, il sera également conseiller technique à L'Express et chroniqueur à Paris Match.

Il devient rédacteur en chef à RTL en 1968 et lance « Les Grosses Têtes » le 1er avril 1977. Ses invités, des personnalités, doivent trouver les réponses à des « colles » posées par les auditeurs.

Le succès des « Grosses Têtes »

Au fil des mois, l'argument culturel laisse la place à l'humour gaulois et aux plaisanteries en dessous de la ceinture. L'émission, quotidienne, rencontre un succès foudroyant. « Même si je revendique une certaine complaisance dans le registre de la braguette, l'exercice est plus périlleux qu'il n'y paraît. En radio, un bon mot qui vient cinq secondes trop tard n'est plus un bon mot », déclare celui qui citait Coluche, Desproges et… Cioran comme ses humoristes préférés.

L'homme, au physique rond et jovial, brocarde le fisc, peste contre le mépris qu'il dit subir de la part de l'intelligentsia, et concède sur le tard être « peut-être un peu misogyne ». « Je suis et je reste un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe », confie-t-il au Parisien en 2022, tout en avouant parfois regretter de « s'être laissé engluer dans ce personnage ».

En 1996, il a été condamné pour provocation à la haine raciale à la suite d'une devinette posée lors d'une émission télévisée des « Grosses Têtes ». En mai 2000, la nouvelle direction de la radio décide de rajeunir la station et le renvoie sans ménagement en le remplaçant par Christophe Dechavanne. L'audience s'effondre et l'animateur est rappelé quelques mois plus tard. Passionné de jeux d'argent et d'écriture, Philippe Bouvard vivait sur les hauteurs à Cannes, avec Colette, son épouse depuis plus de 70 ans.

Bibliographie

  • Le petit monde de Don Bouvardo, de Philippe Bouvard (L’Archipel), paru le 6 octobre 2022 : Autobiographie dans laquelle l'ancien journaliste relate ses débuts comme garçon de courses au Figaro, ses échecs successifs au baccalauréat, son mariage, la création de ses émissions télévisées ainsi que ses collaborations avec des célébrités.
     
  • On s'en souviendra ! : le port du masque n'empêche pas de marcher sur la tête, de Philippe Bouvard (L’Archipel), paru le 21 octobre 2021 : Une chronique de l'année 2020, marquée par la pandémie de Covid-19, posant un regard mordant, mêlant humour et polémique, sur la gestion politique de la crise.
     
  • Des grumeaux dans la passoire, de Philippe Bouvard (Plon), paru le 26 novembre 2020 : À la suite d'Un oursin dans le caviar, le journaliste relate ses souvenirs, de Vincent Auriol à Emmanuel Macron en passant par Brigitte Bardot, Alain Delon, Marcel Pagnol, Salvador Dali, Léon Zitrone ou Stéphane Bern.
     
  • Quand j'ai commencé à broder, les haricots avaient encore des fils… : 35 ans de chroniques, de Philippe Bouvard (Plon), paru le 24 octobre 2019 : Une sélection de chroniques tenues par Philippe Bouvard entre 1987 et 2019 dans Le Figaro Magazine. Il y rebondit sur l'actualité en commentant divers bouleversements politiques, des phénomènes de société ou encore des personnalités publiques.
     
  • Mes dernières pensées sont pour vous, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 25 octobre 2017 : Un recueil de réflexions humoristiques et grinçantes sur la société d'aujourd'hui.
     
  • Gaston et Gontran, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 3 juin 2015 : Gaston est serveur dans un petit restaurant de Valbonne. Quelques fois par an, il sombre dans la schizophrénie et devient Gontran, dilapidant sa fortune pour aller se faire se servir dans des établissements étoilés. Sa rencontre avec une fausse comtesse bouleverse sa vie.
     
  • Bouvard de A à Z, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 3 septembre 2014 : Pensées et aphorismes humoristiques sur des sujets divers classés par ordre alphabétique.
     
  • Les morts seraient moins tristes s'ils savaient qu'ils pourront encore se tenir les côtes en regardant les vivants, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 22 janvier 2014 : Réflexions humoristiques, aphorismes et plaisanteries sur la mort, assortis de souvenirs variés.
     
  • Je crois me souvenir, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 30 janvier 2013 : Le créateur des Grosses têtes raconte ses 60 ans de parcours professionnel, de son premier poste de garçon de courses au Figaro à aujourd'hui.
     
  • Ma vie d’avant, ma vie d’après, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 19 janvier 2011 : Faisant suite à Je suis mort, et alors ?, Philippe Bouvard poursuit la rédaction de ses mémoires de façon décalée. Toujours enfermé dans son cercueil au cimetière de Montmartre à Paris, il aborde la vie et explore, pour la première fois, une enfance peu heureuse vécue dans les années 1930-1940.
     
  • Je suis mort, et alors ?, de Philippe Bouvard (Flammarion), paru le 18 novembre 2009 : Philippe Bouvard propose ses mémoires après sa propre mort pour justifier toutes les questions qui se posent lorsque l'âge avance : la maladie, Alzheimer, la perte de l'avenir…
     
  • Ma belle vie après 70 ans, de Philippe Bouvard (Albin Michel), paru le 4 janvier 2002 : Pour rester en bonne santé et vivre longtemps, l'auteur propose de jeter un regard neuf sur l'âge des seniors vécu comme expérience et avec optimisme.

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