Récompensé du prix Goncourt 1977 pour son roman John l’Enfer (Seuil), Didier Decoin « incarne tout un pan de l'histoire de la littérature française » et de « l'institution du Goncourt », comme le rappelle sa maison, les éditions Stock, quelques heures après le décès, ce mercredi 5 août, du célèbre romancier et ancien président de l'Académie Goncourt (2020-2024).
Un parcours exceptionnel auquel rend hommage le monde du livre, bouleversé par la perte d'un homme aux multiples talents qui fut romancier, essayiste, mais aussi scénariste pour le cinéma et la télévision. Dans ces témoignages, on le découvre aussi passionné par les jardins, la mer, ou encore l'histoire de la Bible.
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Philippe Claudel, Président de l’Académie Goncourt : « Un écrivain que j’aime, en tant que lecteur, pour sa précision, sa sensibilité, sa peinture de l’humanité »
« Didier Decoin, c’est d’abord un écrivain que j’aime, en tant que lecteur, pour sa précision, sa sensibilité, sa peinture de l’humanité, y compris dans ce qu’elle a de plus noir. On connaît sa passion pour les faits divers, à qui il a consacré tout un dictionnaire. Il était aussi passionné de jardins, et de mer, fier de faire partie des écrivains de marine. Didier était également un homme habité par la foi, la charité. Quelqu’un de profondément gentil, bienveillant, attentif aux autres, que je n’ai jamais entendu dire du mal de quelqu’un et qui aurait voulu faire plaisir à tout le monde, ce qui n’est pas toujours facile, dans une académie ! C’était un excellent camarade, un bon vivant, qui aimait les plaisirs de la vie, les havanes, et les livres… Toujours dans la curiosité, l’émerveillement devant la beauté du monde. Il a vraiment servi l’Académie Goncourt, toujours disponible, lorsqu’il le pouvait encore, pour aller à la rencontre du public, des lecteurs, notamment lors des Choix Goncourt des jeunes, partout dans le monde. »
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Pierre Assouline, membre de l’Académie Goncourt : « Un ami merveilleux, d’une générosité et d’une gentillesse rares dans ce milieu. »
« En tant qu’académicien Goncourt, on a d’abord envie de saluer l’ami. Un ami merveilleux, d’une générosité et d’une gentillesse rares dans ce milieu. Toutes ses activités se résument en deux mots : raconteur d’histoires. En tant que romancier, essayiste, scénariste pour la télé et le cinéma, feuilletoniste et même directeur de la fiction à la télé. C’est tout ce qui l’animait. Quand il découvrait un jeune écrivain raconteur d’histoires, il se mettait entièrement au service de son livre. Toutes les fonctions qu’il a occupées, ce n’était pas pour le pouvoir, mais pour servir le bonheur de la fiction. Ou la demi-fiction : on connaît sa passion pour le fait divers. Comme il en parlait lui-même, je peux aussi ajouter que Didier Decoin était catholique, croyant, pratiquant, passionné par l’histoire de la Bible. Dès sa jeunesse, il avait rencontré, chez son père, de nombreux écrivains, dont des académiciens Goncourt. Entrer à l’Académie était son rêve. Il a été exaucé. Et il a servi l’Académie aussi longtemps qu’il l’a pu, jusqu’à la fin ».
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Pascal Bruckner, membre de l’Académie Goncourt : « Un honnête homme, au sens classique du terme, curieux de la beauté du monde. »
« Didier Decoin était un compagnon de table charmant, bon vivant, un épicurien. En tant que juré Goncourt, c’était quelqu’un de très consciencieux, qui lisait vraiment les livres. En tant que Président de l’Académie, c’était un homme de conciliation, pas d’affrontement. Sans jamais poser, c’était quelqu’un d’érudit, qui aimait aussi le cinéma, la BD. Un esprit ouvert, grand voyageur, qui s’intéressait à tout. Un honnête homme, au sens classique du terme, curieux de la beauté du monde. En dépit de la maladie dont il souffrait depuis longtemps, nous pensions qu’il allait rester avec nous encore de nombreuses années. »
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Manuel Carcassonne, Directeur général des éditions Stock : « Didier était un capitaine et un styliste hors pair. »
Dans un message publié par les éditions Stock, Manuel Carcassonne, éditeur de Didier Decoin, écrit : « Triste, je le suis amicalement à plus d’un titre.
C’est il y a une vingtaine d’années autour de la collection « Ceci n’est pas un fait divers » chez Grasset, que j’avais fait mieux connaissance avec Didier : il y a une boucle naturelle entre Est-ce ainsi que les femmes meurent ? (2009), ce livre étincelant consacré à d’affreux meurtres à New-York et le dernier roman de Didier, merveille de cruauté suave, de candeur dans la description du crime d’être né différent, ce roman intitulé Maypops qui vient de paraître chez Stock.
Ils sont de la même trempe qui explore la noirceur de l’âme humaine comme sa possible rédemption. Un chrétien ne pouvait pas ne pas penser au salut de ses personnages. Didier était un capitaine et un styliste hors pair. Je suis fier d’avoir été à ses côtés toutes ses années d’édition et de complicité.
Capitaine parce que l’ancien secrétaire général, puis président du Jury Goncourt possédait le don rare d’une autorité naturelle, douce, alerte, favorisant la littérature de l’imaginaire mais ouverte à d’autres genres, avec une curiosité toujours en éveil, une boussole le menant vers d’autres rives, lui le capitaine, le marin, qui tenait son cap.
Styliste, depuis le début, dans la volupté des mots, la moisson des sens qu’il fauchait à chaque page, les goûts, les odeurs, les gestes, parvenant à reconstituer en détail le Japon médiéval autant que le Sud humide et raciste des États-Unis, l’Amérique l’une de ses passions, dans son dernier roman qu’on lira comme son testament d’écrivain.
Nous perdons un précieux défenseur de la langue, de l’imaginaire, mais qui fut aussi un ami généreux attentif aux sujets des confrères écrivains, à tous les autres.
Toute la maison Stock qui appréciait tant sa gentillesse et sa bonne humeur lors des multiples rencontres, se joint à moi ici. Nous sommes tous en deuil de Didier. J’ai une pensée d’affection et de tendresse pour Chantal, qui fut en permanence à ses côtés, et pour ses enfants dont il était à juste titre si fier.
So long, Capitaine Didier. »
