Les éditions Dargaud et Kana annoncent la disparition d’Yves Schlirf. Le directeur général de Dargaud pour la Belgique et directeur éditorial de Dargaud Benelux et des éditions Blake et Mortimer est décédé soudainement samedi 12 septembre.
« Il laissera l’image d’un grand connaisseur du neuvième art et de son langage, mais aussi celle d’un homme profondément convaincu par les ressorts de la fiction et l’aventure humaine, véritablement épris de bande dessinée », lui rend hommage Dargaud dans un communiqué transmis à Livres Hebdo. « Nos premières pensées vont à sa compagne, Corine Jamar et à leurs deux filles, Eleni et Athina », ajoute la maison du groupe Média Participations.
Précurseur du manga, artisan du succès de Blake et Mortimer
Créateur des éditions Kana en 1996 où il a notamment publié les mangas Naruto, Yu Yu Hakusho, Saint Seya, Slam Dunk, Detective Conan, Hunter X Hunter, Yu-Gi-Oh, Shaman King et Monster, Yves Schlirf était aussi l’éditeur et l’artisan de la réussite éditoriale de Blake et Mortimer. La série n’a cessé de se réinventer au cours des 30 dernières années après que Claude de Saint-Vincent, directeur de Média Participations, a racheté les Éditions Blake et Mortimer et le Studio Jacobs en 1992, ouvrant la voie à la création de nouveaux albums.
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Choisi pour reprendre en mains l’univers créé en 1946 par Edgar P. Jacobs, Yves Schlirf aura su en faire « une véritable machine de guerre », multipliant les équipes de scénaristes et de dessinateurs, sans jamais perdre de vue la qualité éditoriale. Il préparait encore un album anniversaire pour les 80 ans de Blake et Mortimer autour de personnages secondaires de la série.
Libraire puis éditeur
Né à Bruxelles, Yves Schlirf s’est tourné très tôt vers la bande dessinée. En compagnie du jeune Bernard Yslaire, il fréquente, encore adolescent, l’atelier de Jean-Marie Brouyère, avant de se diriger vers le métier de libraire. En 1972, il crée Schlirfbook, l’une des premières librairies spécialisées en bande dessinée de Bruxelles. Devenue rapidement incontournable la librairie lui permet d’éditer des ex-libris, d’abord, puis d’autres produits dérivés.
Curieux de tout, très proche de la génération qui tente de moderniser Spirou sous l’ère d’Alain De Kuyssche, Yves Schlirf commence à se tourner vers l’édition dans les années 1980. Il publie notamment Les Carnets volés du Major, de Moebius et Thierry Smolderen en 1983, Le Mystère d’Urbicande, du même Smolderen avec François Schuiten et Benoît Peeters en 1985 et surtout, le très remarqué Et Franquin créa la gaffe, la première mouture du livre d’entretiens du père de Gaston Lagaffe avec Numa Sadoul, en 1986.
Succès à répétition
À la demande de Jean Van Hamme, alors directeur général de Dupuis, il occupe un premier poste au service promotion de la maison de Marcinelle, qu’il quittera quand Jean Van Hamme quittera lui-même ses fonctions. L’amitié entre les deux hommes amènera Yves Schlirf à être plus tard l’éditeur de XIII chez Dargaud. Il est en effet choisi pour créer à Bruxelles Dargaud Benelux, la branche belge des éditions Dargaud qui accueille les albums du célèbre aventurier amnésique.
En 2002, Yves Schlirf revend sa librairie pour se concentrer sur le métier d’éditeur. Devenu directeur éditorial de Dargaud Benelux, il enchaîne les succès, accompagnant les best-sellers Pin-Up (Yann et Berthet), Murena (Dufaux et Delaby), Le Scorpion (Desberg et Marini), La Complainte des landes perdues (Dufaux et Rosinski) et bien d’autres, tout en menant XIII vers les plus hauts sommets.
Le sens de la transmission
« Son sens du public acquis au gré des années en librairie fait d’Yves Schlirf un éditeur en phase avec les grandes séries populaires », ajoutent les éditions Dargaud. Éditeur emblématique, il a également transmis son métier à plusieurs générations de collaboratrices et collaborateurs, formant notamment des éditrices qui, ces dernières années, ont pu faire naître sous sa houlette de nouvelles séries marquantes. C’est ainsi que se sont imposés des succès comme Les Vieux Fourneaux (Lupano et Cauuet) et Le Loup en slip (Lupano, Itoïz et Cauuet) qui devait fêter ses dix ans dans quelques semaines, mais aussi, Undertaker (Dorison et Meyer) ou Jours de sable (Aimée de Jongh).
