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Dossier Histoire : repenser la production

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Dossier Histoire : repenser la production

Sur un marché en recul, le succès de plusieurs ouvrages érudits et l’intérêt pour la non-fiction narrative autorisent les éditeurs d’histoire à poursuivre des projet ambitieux dans le cadre d’une stratégie éditoriale réajustée. Etat des lieux à la veille des 19e Rendez-vous de l’histoire, du 6 au 9 octobre à Blois.

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Par Charles Knappek,
Créé le 30.09.2016 à 00h00,
Mis à jour le 30.09.2016 à 07h32

Désillusions et bonnes surprises ont marqué l’année écoulée au rayon histoire. Les temps sont durs pour les éditeurs, confrontés à un recul des ventes de 9,8 % en valeur au cours des douze derniers mois selon GFK. Pourtant, alors que l’activité recule, deux livres à la vocation érudite affirmée se sont transformés en succès phénoménaux : Palmyre de Paul Veyne et le best-seller international Sapiens qui ont tous les deux été publiés chez Albin Michel et ont chacun dépassé les 100 000 exemplaires. "Ces livres étaient des paris", confie Hélène Monsacré, directrice du département sciences humaines chez Albin Michel. L’éditrice concède néanmoins que "sans la destruction de Palmyre, le livre de Paul Veyne n’aurait sans doute pas atteint de tels scores".

"Avec Pourquoi Byzance ? on est sur un sujet déjà très traité, je suppose que l’approche autour de l’héritage architectural et culturel a joué." Eric Vigne, "Folio essai" - Photo OLIVIER DION

Si les livres dits d’érudition sont en souffrance, quelques oiseaux rares font donc mieux que se défendre, comme L’histoire du monde en trois volumes de Perrin, qui dépasse les 35 000 exemplaires en cumulé. Avec son Histoire du silence (Albin Michel, encore), Alain Corbin a séduit 20 000 lecteurs tandis qu’au Seuil Le roi tué par un cochon de Michel Pastoureau - sur la mort au XIIe siècle d’un prince héritier du royaume de France - a franchi les 10 000 exemplaires. La tendance se vérifie aussi en poche : en "Folio histoire", l’inédit Pourquoi Byzance ? paru en mai dernier a déjà épuisé son premier tirage de 6 000 volumes et a fait l’objet de deux réimpressions. Un succès auquel Eric Vigne, directeur de "Folio essai", ne s’attendait pas : "On est sur un sujet déjà très traité, je suppose que l’approche autour de l’héritage architectural et culturel a joué."

"L’intéressant est de décloisonner pour faire coexister des voix, des façons de faire, et de l’assumer." Sophie Hogg, Fayard - Photo OLIVIER DION

Marges de manœuvre

Le destin d’un livre d’histoire n’est jamais écrit et c’est ce qui pousse les éditeurs à rester audacieux… même si les marges de manœuvre se réduisent. "En histoire, les ventes moyennes sont à 1 200 exemplaires, il ne faut pas l’oublier", rappelle un éditeur. Pas de quoi effrayer Belin dont la collection "Mondes anciens" inaugurée en début d’année avec Préhistoires d’Europe continue à se déployer en octobre avec un deuxième volume dédié à L’Egypte des pharaons. "Nous avons épuisé le premier tirage de 5 000 exemplaires de Préhistoires d’Europe, se félicite Sylvie Marcé, P-DG de Belin. La collection connaît un démarrage similaire à celui de "Histoire de France" et, avec les fêtes de fin d’année, le premier volume devrait poursuivre sa belle carrière. Nous sommes très satisfaits."

"En 2014 nous avions déjà réédité le "Petit Lavisse" qui a été un succès de librairie avec plus de 20 000 exemplaires dans les deux versions brochée et reliée." Eric d’Engenières, Dunod - Photo OLIVIER DION

Belin n’en reste pas là et enrichit son catalogue avec la collection "Contemporaines". Celle-ci s’ouvre en octobre avec deux titres consacrés à la guerre d’Espagne et à l’exil des Arméniens ; elle devrait proposer autour de six nouveautés par an. "La collection est centrée sur l’histoire des XXe et XXIe siècles, et traite de sujets forts, souvent en résonance avec les enjeux actuels, détaille Sylvie Marcé. Par exemple, le livre de Paul Preston [historien britannique, NDLR] sur la guerre d’Espagne défend la thèse forte d’une guerre d’extermination massive."

La vulgarisation toujours au rendez-vous

Cette année encore, il faudra compter avec la vulgarisation historique et ses blockbusters aux stars bien identifiées comme Lorànt Deutsch, Stéphane Bern, Franck Ferrand ou François Reynaert. L’histoire de France y occupe une place majeure, mais pas toujours. Chez Fayard notamment, François Reynaert propose La grande histoire du monde, gros livre illustré contenant des cartes et quelques documents (octobre). De son côté, Larousse poursuit dans la veine des livres animés en grand format avec plusieurs nouveautés dont Les grands mystères de l’histoire de France ou Léonard de Vinci. L’éditeur a aussi lancé début 2016 la collection "Le zapping" avec un titre sur l’histoire de France, et sort en octobre un "cousin" du best-seller Le grand bêtisier de l’histoire de France intitulé Les dessous croustillants de l’histoire de France. Pour les fêtes de fin d’année, Gründ annonce Victoires et défaites de l’histoire de France et Routes maritimes : 5 000 ans d’aventures sur les mers, plus un titre signé Jérôme Bonaldi sur l’histoire des objets, intitulé Dis Jérôme, c’était comment avant ?. "Pour ce genre de titres, les ventes tournent autour de 6 000 exemplaires en moyenne, ce sont des valeurs sûres", confie Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale du pôle référence chez First-Gründ. Début 2017, First va publier La Renaissance pour les nuls et s’associe aux Belles Lettres pour proposer L’Antiquité pour les nuls. Cette année, First s’est distingué avec l’ovni éditorial Historic, qui reprenait les codes de la presse people. "On est dans culture générale mais avec un angle parodique assumé. Le public a bien suivi", se félicite Marie-Anne Jost-Kotik.

L’histoire passe les plats

La production faisant le lien entre histoire et bonne chère est particulièrement abondante cette année. D’ailleurs, le prix Anthony-Rowley, nouvellement créé à la mémoire de l’historien, récompensera pour la première fois un ouvrage traitant des arts de la table.
Car la thématique inspire les éditeurs. Payot fait du lien entre alimentation et histoire une collection à part entière avec "Biographies gourmandes", dont les deux premiers titres consacrés à Churchill et à Marie-Antoinette paraîtront en novembre. La nourriture y sert de "porte d’entrée" aux portraits de grandes figures de l’histoire. Hors collection, Payot a aussi publié fin septembre L’histoire passe à table, livre illustré qui décline les recettes de 50 repas ayant marqué l’histoire de l’Antiquité à nos jours. La plupart des recettes décrites restent faisables aujourd’hui et sont replacées dans leur contexte.
Déjà, en mai dernier, Vendémiaire s’était penché sur les origines de l’excellence française en gastronomie avec Le cuisinier français : 400 recettes du XVIIe siècle.
Après avoir fait le bonheur du Seuil avec Les contes de la table, suite de récits autour de la culture alimentaire de l’Occident médiéval et moderne, paru en mai dernier, le grand historien italien de l’alimentation Massimo Montanari reviendra pour sa part en 2017, mais cette fois chez Alma, avec un ouvrage au titre encore indéterminé qui aborde le rôle majeur du christianisme dans le formatage du goût en Occident. Il y explique notamment l’impact majeur de la rupture avec l’interdit de manger du porc ou de l’invention des notions de manger gras/manger maigre.
Enfin, en beau livre, Citadelles & Mazenod publie en octobre L’art et la table, synthèse savante des traditions et pratiques gastronomiques de l’Occident depuis l’Antiquité.

Comprendre le monde arabo-musulman

Etant donné la place prise par l’islam dans les débats actuels, le public est demandeur d’ouvrages abordant l’histoire de la religion de Mahomet, des musulmans et plus globalement du Moyen-Orient ou des pays arabes. Plusieurs récents succès de librairie comme Les Arabes, leur destin et le nôtre (La Découverte, près de 30 000 exemplaires) ou Le califat ("Champs" Flammarion, 8 000) illustrent cet engouement. Chez Perrin, qui vient de passer Histoire des Arabes en "Tempus", cela se traduira en 2017 par la publication du best-seller A line in the sand sur les accords Sykes-Picot qui aboutirent au redécoupage du Moyen-Orient en 1916, et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Sur le même sujet, CNRS éditions publie 1916 en Mésopotamie. Tallandier, pour sa part, croise les regards avec la collection "Histoire partagée" qui propose une histoire des juifs et des musulmans dans 12 pays situés en terre d’islam. Dans le cadre de sa diversification, l’éditeur a aussi publié des titres consacrés à l’Iran ou l’Arabe saoudite dans la collection "En 100 questions". Flammarion a publié en mai Comprendre l’islam ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, dont le titre résume bien la difficulté du public à appréhender une thématique qui reste largement obscure. "Le sujet est compliqué, il faut donc proposer une approche compréhensible qui aborde aussi bien les enjeux religieux, politiques qu’économiques", explique Mary Leroy, directrice littéraire chez Flammarion.

Le Moyen-Orient de l’époque contemporaine étant au programme du capes 2017, Ellipses, Bréal ou Armand Colin annoncent chacun un titre dédié. Points publie Le Moyen-Orient et Flammarion a sorti en mai une Histoire de l’Egypte moderne inédite en poche, tout en rééditant son Histoire de l’islam. Chez Belin, L’Orient en questions doit paraître d’ici à la fin de l’année.

A l’image du livre de Paul Preston, le recours aux traductions offre de bonnes perspectives aux éditeurs, en particulier quand il s’agit de non-fiction narrative. Une veine que l’on retrouve chez Payot, chez qui le grand succès de l’année est Empire, de l’Italien Alberto Angela. L’ouvrage retrace le parcours d’un sesterce dans l’Empire romain à l’époque de Trajan. Autre bonne vente, Minuit au Pera Palace de Charles King conte la naissance de l’Istanbul moderne à travers son premier hôtel de luxe. Dans les deux cas, les livres "associent une expertise d’universitaire et une écriture magnifiée", décrypte Hélène Fiamma, directrice éditoriale chez Payot. Elle ajoute : "Leurs bons résultats viennent récompenser le travail de dénicheurs de nos éditeurs Sophie Bajard pour le Pera Palace et Mario Pasa pour Empire." Payot va poursuivre avec les mêmes auteurs en publiant prochainement le Pompéi d’Angela et l’Odessa de King. Dans le même genre, chez Flammarion, Les Plantagenêts de l’Anglais Dan Jones, dont la couverture reprenait les codes de Game of thrones, a conquis 7 000 lecteurs en moins d’un an. Avec Le cheese-cake de Caton, ouvrage "déstructuré" de l’Italienne Eva Cantarella racontant en courts tableaux la vie quotidienne des Grecs et des Romains, Albin Michel a séduit 3 000 curieux. L’Antiquité est à la mode puisque c’est de ce sujet que traite SPQR de l’Anglaise Mary Beard, chez Perrin. L’ouvrage illustre la volonté de la maison de "développer les grandes synthèses à l’anglo-saxonne qui assurent le lien entre un savoir et une narration, explique le directeur littéraire Nicolas Gras-Payen. Ce genre de livres va prendre une place très claire dans notre catalogue. L’objectif est d’en publier deux ou trois par an."

Diversification

Les opportunités existent donc et nourrissent la réflexion des éditeurs, qui doivent composer avec une baisse du marché conduisant certains acteurs à revoir leur stratégie. Cela peut passer par une diversification du catalogue, voire par un arrêt total de la production en histoire, un cap franchi par Pygmalion début 2016. Tallandier a quant à lui choisi de diversifier son catalogue. "L’histoire va rester majoritaire, précise le P-DG Xavier de Bartillat. Mais nous pourrons très bien publier 30 ou 40 % de livres traitant d’autres sujets comme la géopolitique, l’actualité ou le roman historique." Ce réajustement trouve pour partie son origine dans le rachat début 2015 des éditions La Boétie, qui publiaient beaucoup de documents. Dans le même temps, l’éditeur veut accorder une large place aux biographies de femmes, avec l’objectif avoué de féminiser son lectorat. "L’histoire est l’un des rares secteurs où les hommes constituent la majorité du lectorat, souligne Xavier de Bartillat. Nous voulons davantage intéresser les femmes à nos publications." Après Leni Riefenstahl ou Arletty, c’est Isabelle Eberhardt qui fait l’objet d’une publication en octobre.

De son côté, Fayard opte pour le réagencement de son catalogue. Plusieurs collections disparaissent ou sont fusionnées et l’éditeur a identifié quatre axes pour son développement : "Nous voulons préserver les ouvrages érudits de très grande qualité, renforcer les ouvrages de synthèse plus accessibles, conserver un peu de patrimoine et développer la vulgarisation intelligente", détaille la directrice éditoriale Sophie Hogg. Dans cette optique, une même collection pourra désormais accueillir des ouvrages de nature très différente. La vulgarisation, notamment, cesse d’être traitée en document et intègre le plus souvent le département histoire. "Plutôt que de séparer érudition et vulgarisation, nous allons faire cohabiter les deux genres, poursuit Sophie Hogg. L’intéressant est de décloisonner pour faire coexister des voix, des façons de faire, et de l’assumer."

Apparition

En parallèle, la morosité du marché n’empêche pas certains éditeurs de se développer, ni d’autres de faire leur apparition. Les éditions Anamosa, lancées en début d’année par Chloé Pathé, accordent ainsi une place majeure à l’histoire à travers des champs méconnus. Anamosa va notamment publier en 2017 un livre sur l’émotion dans l’Antiquité intitulé Les larmes de Rome. Vendémiaire va étoffer son catalogue avec le lancement en 2017 de deux collections dédiées à l’histoire médiévale et à l’histoire économique, domaines "encore peu représentés chez nous", selon la fondatrice Véronique Sales.

Pour sa part, Belin a inauguré au printemps la collection "Histoire et culture équestre" et en poursuit le développement en octobre avec une biographie de James Fillis. Payot alimente avec des titres sur le Kremlin et la diplomatie sa collection "Histoire érotique". Les thématiques environnementales influencent elles aussi la production. La Découverte vient de publier L’année sans été, qui relate les conséquences désastreuses pour le climat mondial de l’éruption du volcan indonésien Tambora en 1816. Ce titre fait suite à 1177 avant J.-C. : le jour où la civilisation s’est effondrée, qui fut "l’une des bonnes surprises" de l’année avec 14 000 exemplaires écoulés pour le grand format à La Découverte, selon son P-DG Hugues Jallon.

Chez Fayard, l’événement de l’automne est certainement Histoire du Louvre, énorme projet en trois volumes rassemblant une centaine de contributeurs et 1 300 illustrations. Coédité avec le Musée du Louvre, l’ouvrage retrace 800 ans d’histoire depuis la forteresse médiévale de Philippe Auguste. Dans une tout autre veine, et avec un certain succès, Anamosa a tourné en dérision les œuvres du célèbre musée dans son Louvre insolent, paru en mars dernier. Flammarion propose pour sa part La belle histoire des Tuileries, qui paraît fin septembre. Autre monument passé au crible de l’enquête historique, La Bastille est le dernier sujet d’étude de Jean-Christian Petitfils. Paru fin août, l’ouvrage est l’un des enjeux de cette rentrée pour son éditeur Tallandier.

Erudition

En biographies, Payot mise sur le monumental Chiang Kaï-shek, somme de 650 pages largement bâtie à partir du journal intime du leader du Kuomintang et premier président de Taïwan. Perrin compte sur Joseph Bonaparte et publiera au deuxième semestre 2017 un Albert Speer ; Fayard se penche sur les destins de Robert Kennedy et Ponce Pilate. Il y aura un Titus chez Ellipses et un Dioclétien chez Armand Colin. A La Découverte, c’est le penseur de la critique sociale André Gorz qui fait l’événement en cette rentrée.

Sur le marché universitaire, l’enjeu de la rentrée en histoire chez Ellipses est Histoire des protestants. Armand Colin se montre très actif avec la refonte de la collection "Petit atlas historique" et la publication de plusieurs essais dont un Flamboyant second Empire !. L’éditeur vise aussi le grand public avec deux cahiers d’exercices reprenant l’identité visuelle des manuels d’Ernest Lavisse, l’un sur l’histoire de France et l’autre sur Antiquité. "En 2014 nous avions déjà réédité le "Petit Lavisse" qui a été un succès de librairie avec plus de 20 000 exemplaires dans les deux versions brochée et reliée", rappelle Eric d’Engenières, directeur éditorial chez Dunod.

Du côté des livres d’érudition, il faut signaler Impressions de Chine : l’Europe et l’englobement du monde (Fayard), sur la première mondialisation à l’époque de l’arrivée des missionnaires européens dans la Chine du XVIe siècle. L’auteure, Antonella Romano, y traite de la façon dont "les représentants de pays et de cultures que tout oppose cohabitent, échangent et construisent un savoir", détaille Sophie Hogg. Alma s’appuie quant à lui sur son auteur emblématique, l’Indien Sanjay Subrahmanyam, chantre de l’histoire connectée, qui a publié en avril L’éléphant, le canon et le pinceau."Le livre a démarré moyennement, mais c’est un auteur de fond, qui se vend très régulièrement", indique Jean-Maurice de Montremy, cofondateur d’Alma. Chez Albin Michel, Hélène Monsacré annonce pour 2017 Les marchands du temps de Giacomo Todeschini, traitant des origines théologiques de l’économie moderne. Au Seuil, l’Histoire des émotions est la nouvelle grande entreprise en trois volumes après les histoires du corps et de la vie privée. Le Seuil publie également La vie intellectuelle en France, ouvrage collectif en deux volumes rédigé par 130 contributeurs. Autre grand projet en gestation, à l’automne 2017 Fayard publiera Histoire du monde au XIXe siècle sur le même modèle que Histoire du monde au XVe siècle, en 2009, qui avait marqué les esprits.

L’histoire en chiffres

La production

source : Livres hebdo/electre - Nouveautés et nouvelles éditions

Après un pic en 2014, la production d’ouvrages d’histoire a retrouvé en 2015, avec 2 786 nouveautés et nouvelles éditions (- 11,4 %), un niveau proche de celui des deux années précédentes.

La répartition de la production en 2015

source : Livres hebdo/electre - Nouveautés et nouvelles éditions

A un an d’intervalle, au sein de l’ensemble de la production de livres d’histoire, les parts de l’histoire de l’Europe et de l’histoire régionale se renforcent au détriment de l’histoire des autres continents et de l’histoire ancienne.

Les principaux éditeurs

Source : GFK/Livres hebdo - Ventes en valeur de septembre 2015 à août 2016

Editis, Hachette Livre, Albin Michel et Madrigall ont renforcé leurs positions sur le marché du livre d’histoire, évalué sur un an par GFK à 97,5 millions d’euros (- 9,8 %) pour 5,7 millions de volumes vendus (- 8,2 %). Le prix moyen des livres d’histoire s’affiche à 17,09 euros (- 1,8 %).

Conflits mondiaux : encore tant à dire

Séverine Nikel, Seuil - Photo OLIVIER DION

Thème battu et rebattu, les conflits mondiaux continuent d’inspirer la production éditoriale avec des angles souvent originaux. 1937-1947. La guerre-monde, paru en 2015 chez Folio, dont les deux épais volumes flirtent chacun avec les 10 000 exemplaires vendus, témoigne de l’engouement toujours vif pour la Seconde Guerre mondiale. Les éditeurs s’efforcent de poser des questions nouvelles. Ainsi, fallait-il être sous speed pour faire un bon soldat de la Wehrmacht ? Oui, répond Norman Ohler dans L’extase totale (La Découverte), qui explique à quel point la drogue a permis aux Allemands, soldats comme civils, de tenir aussi longtemps pendant le conflit. On apprend aussi dans L’ivresse du soldat (Vendémiaire) que l’état-major français pendant la Grande Guerre considérait le vin comme une arme au même titre que les munitions.

Plus classiquement, le Seuil vient de publier L’Europe en enfer : 1914-1949, premier des deux tomes d’une histoire de l’Europe contemporaine signée Ian Kershaw. L’éditeur annonce aussi pour octobre La promesse de l’Est, "un livre important sur la ferveur qu’ont suscitée l’utopie impériale nazie et sa mise en œuvre dans les territoires conquis à l’Est", selon la directrice éditoriale Séverine Nikel. De son côté, Perrin prévoit pour 2017 le dernier livre de Philip Nord, France 1940. "L’auteur propose sur la défaite de 1940 l’équivalent du travail de Robert Paxton sur Vichy. Il montre que l’effondrement de l’armée française n’était pas une fatalité", explique Nicolas Gras-Payen, son directeur littéraire. Chez Economica, la grande collection "Campagnes & stratégies", près de 130 titres, constitue le cœur du catalogue historique de l’éditeur. "Il y a un vrai public de passionnés pour l’histoire des batailles, confie le fondateur d’Economica, Jean Pavlevski. Ce sont des titres qui sortent très régulièrement." En janvier 2017, Folio proposera une nouvelle biographie d’Hitler. Sur l’Holocauste, Flammarion a publié Si je survis, témoignage jusqu’alors resté inédit d’un intellectuel juif rescapé de la Shoah. Pour l’automne 2017, Albin Michel annonce d’ores et déjà le nouveau livre du Britannique Philippe Sands sur l’origine des notions de génocide et de crime contre l’humanité.

Nouvelles tendances

L’histoire universelle avec Palmyre et Sapiens (Albin Michel) occupe les deux premières places de notre palmarès annuel GFK/Livres Hebdo des meilleures ventes de livres d’histoire. Au cours des douze derniers mois, le rayon a attiré de nombreux lecteurs curieux des ouvrages ayant trait à l’islam et ce sont en tout trois titres abordant ces questions qui figurent dans le classement.

Plus classiquement, les vulgarisateurs occupent toujours le terrain, à commencer par l’étonnant Boris Johnson. L’ancien maire de Londres est 5e avec Winston : comment un seul homme a fait l’histoire (Stock). Secrets d’histoire 6 de Stéphane Bern (Albin Michel) occupe la 10e place. Et avec Richelieu (7e), Louis XIV (22e) et Moi, Charlemagne (27e), à chaque fois chez XO, Max Gallo fait figure d’incontournable.

Dans le top 10, le prix Nobel de littérature 2015 Svetlana Alexsievitch s’invite en 6e position avec La guerre n’a pas un visage de femme (J’ai lu). Quelques grands historiens français parviennent toujours à défendre une approche plus érudite, tels Alain Corbin avec Histoire du silence (Albin Michel, 18e), Michel Pastoureau avec Le roi tué par un cochon (Seuil, 29e) ou Marc Ferro avec L’aveuglement (Tallandier, 34e).


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