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Dossier Psycho pop : l’âme de fond

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Dossier Psycho pop : l’âme de fond

Toujours aussi dynamique, le vaste secteur du développement personnel et de la psychologie grand public attire chaque année plus de lecteurs, en quête d’un mieux-être global. Désormais entrées dans les mœurs, les thématiques s’affinent tandis que les éditeurs multiplient les nouveaux formats.

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Par Marine Durand,
Créé le 27.05.2016 à 00h00,
Mis à jour le 27.05.2016 à 11h19

Attendu début 2016, le raz-de-marée de Trois amis en quête de sagesse (Allary-L’Iconoclaste) a bien eu lieu. Mise en place à 70 000 exemplaires le 13 janvier, portée par les invitations de Matthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien dans de nombreuses émissions de télévision ou de radio et par une série de conférences données à Paris et en région, la rencontre philosophique et spirituelle entre le moine bouddhiste, le psychiatre et le philosophe dépasse désormais les 300 000 ventes. Cet ouvrage, qui réunit trois voix dans une même recherche de bonheur, se révèle assez représentatif du secteur de la psycho pop, à la croisée du développement personnel, du bien-être, de la méditation et de la spiritualité. Mais ne figure pourtant pas dans le top des ventes établi par GFK sur le secteur, tant il est devenu délicat de classer certains ouvrages.

"Les frontières entre les disciplines sont complètement poreuses, car tous ces livres sont de nouveaux outils de connaissance de soi." Catherine Meyer, L’Iconoclaste - Photo OLIVIER DION

"Les frontières entre les disciplines sont complètement poreuses, car tous ces livres sont de nouveaux outils de connaissance de soi", relève Catherine Meyer, éditrice du blockbuster à L’Iconoclaste. Claudia Trédaniel, directrice éditoriale du Courrier du livre, abonde : "Les lecteurs essaient de trouver des réponses à leurs questions à travers différents vecteurs, sans faire nécessairement de distinction." Tout en partageant l’avis de ses consœurs, Fabrice Midal, figure clé du secteur en tant qu’auteur, fondateur de l’Ecole occidentale de méditation et directeur des collections "Evolution" chez Pocket et "L’esprit d’ouverture" chez Belfond, analyse le succès des trois "sages" comme le symptôme d’une évolution de la société : "Alors quil y a quelques années, cette production était regardée avec une légère condescendance, on se rend compte aujourdhui que ces sujets deviennent centraux. Les stars du secteur apparaissent comme des personnages ayant quelque chose à dire sur la place publique." Et cette lame de fond touche aussi bien le grand public que les professionnels. Christophe André, par ailleurs auteur de Méditer jour après jour : 25 leçons pour vivre en pleine conscience (L’Iconoclaste), rejoint pour l’été l’antenne de France Culture où il dispensera ses cours de méditation, tandis que Biarritz a accueilli le 1er congrès "Collège de la pleine conscience" à destination des professionnels de santé les 15, 16 et 17 avril. "Impensable il y a encore cinq ans !" s’exclame Fabrice Midal.

Le règne du fonds

Cet engouement général pour le mieux-être se répercute évidemment sur les ventes de livres : selon les données GFK, le secteur "psychologie-développement personnel hors coloriages adultes" enregistre une hausse de 14,2 % de chiffre d’affaires entre mai 2015 et avril 2016. Et les éditeurs sont toujours nombreux à vouloir surfer sur cette grande vague de bonheur qui déferle en librairie. Audiolib a lancé en mai 2015 trois sous-collections dans sa gamme "Bien-être et spiritualité", baptisées respectivement "A l’écoute de mon corps", "A l’écoute du vivre mieux" et "A l’écoute de la sagesse". De son côté, Flammarion a publié le 4 mai Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es de Marc Pistorio, le premier titre de la collection "L’art de la vie", à la frontière entre le développement personnel et la spiritualité mais "volontairement éclectique pour ne senfermer dans aucune chapelle", selon la directrice de Flammarion littérature Anna Pavlowitch. Quant aux éditeurs déjà installés, ils confortent et développent leur catalogue. Après avoir augmenté sa production "Bien-être" de 20 % en 2015, J’ai lu, leader du marché en nombre d’exemplaires vendus, a lancé le 18 mai la collection d’auteurs "Les Ginettes", des guides décalés au ton incisif, dans la même veine que la ligne humour et développement personnel au format poche créée par Marabout en février. Jouvence mise depuis avril sur sa nouvelle ligne transversale "C’est fini ! C’est parti !", des petits formats à petit prix pour "devenir acteur de sa vie", et les éditions belges Mardaga, qui publiaient à l’origine de la psychologie traditionnelle, répondent dans "In psycho veritas" à des questions sur des thèmes variés dans une optique de vulgarisation assumée.

Les coloriages font de la résistance

Après l’incroyable ruée sur les coloriages pour adultes au cours des deux dernières années, l’engouement du public et des éditeurs pour les mandalas et autres coloriages zen s’est un peu tassé, comme l’attestent les données de GFK sur le secteur entre mai 2015 et avril 2016 : les ventes sont en retrait de 31 %, et le chiffre d’affaires en repli de 39 %.

"Nous avons ralenti le rythme sur les coloriages, tout le secteur est en baisse", reconnaît Marie-Anne Jost-Kotik chez First, cinquième éditeur sur un marché dominé par Hachette et Marabout (plus de la moitié du chiffre d’affaires à eux seuls). "Mais les cessions de nos titres originaux à l’étranger compensent cette diminution en termes financiers", fait remarquer l’éditrice.

Côté format, le poche et le petit prix ont gagné du terrain, tandis que les beaux livres sont en chute libre, à - 70 % en valeur et en volume. En librairie, pourtant, les cahiers, carnets et blocs-notes à colorier n’ont pas disparu des tables thématiques, un peu plus réduites, souvent labellisées "art-thérapie" et proches géographiquement du développement personnel. "Cela continue à se vendre, en particulier les livres sur le Japon et les chats", observe Amandine Bosredon, libraire au rayon vie pratique de Gibert Joseph (Paris 6e).

Responsable du même rayon mais au Divan, dans le 15e arrondissement de la capitale, Noémi Gardet note que "les éditeurs ont clairement resserré leur production", mais ne voit pas le segment disparaître : "Nous avons toujours une table consacrée aux coloriages pour adultes, qui attire beaucoup d’habitués mais aussi des acheteurs en quête de cadeau pour débutants, et qui préfèrent les coffrets."

Selon Frédéric Martin-Delbert, directeur de l’enseigne Martin-Delbert à Agen, le coloriage pour adultes, en se rationalisant, devrait perdurer en librairie. "Tout le monde s’est engouffré dans cette mode, alors une forme de lassitude est apparue. Mais c’est un outil qui ne disparaîtra pas, il fait même l’objet de prescriptions de psychologues ! Et puis, ce serait dommage, car c’est un très joli rayon."

Psychologie et psychanalyse : le défi du grand public

Devant la santé insolente du segment de la psycho pop, rattaché le plus souvent au secteur pratique, la psychologie traditionnelle et la psychanalyse, reliées, elles, au département des sciences humaines, continuent à souffrir. Le marché, tel que défini par GFK entre avril 2015 et mars 2016, enregistre une baisse de 8,9 % de chiffre d’affaires.

Le détournement du public n’est d’ailleurs pas récent, selon Christophe Guias, directeur littéraire chez Payot, le 3e éditeur du segment derrière Odile Jacob et Dunod. "Le marché de la psychanalyse a commencé à s’éroder il y a une dizaine d’années parce que les auteurs ne se sont pas renouvelés, mais les éditeurs ont sûrement leur part de responsabilité", analyse-t-il.

Les éditeurs historiques de psychologie ne sont pourtant pas restés les bras croisés, et tentent depuis quelques années d’ouvrir leur catalogue à un plus large public sans renier leur héritage. "Nous avons décidé de rendre notre psychologie grand public plus lisible, en lançant notamment début 2015 la ligne "Payot psy", à la ligne graphique très identifiable, et qui enregistre de beaux succès, avec les livres de Béatrice Millêtre. Nous avons aussi choisi de réduire notre production sur ce marché engorgé, avec 6 titres dans cette collection en 2016", indique Christophe Guias.

Odile Jacob a intégré à son catalogue des titres de développement personnel, et Dunod déploie ce segment à travers sa filiale InterEditions. Résultat, les frontières deviennent moins hermétiques, avec des ouvrages et des auteurs difficiles à classer, en rayon ou dans les listes des meilleures ventes. Boris Cyrulnik, Moussa Nabati, Christophe Fauré ou Jeanne Siaud-Facchin, parmi les auteurs stars de la psychologie tournée vers le grand public, se retrouvent aux côtés des pères de la psychanalyse comme Freud ou Bettelheim dans le top établi par GFK.

Quant à Christophe André, il est probablement l’auteur le plus représentatif de cette délicate segmentation : classé en sciences humaines avec des best-sellers comme Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l’estime de soi ou L’estime de soi : s’aimer pour mieux vivre avec les autres, publiés chez Odile Jacob, il figure aussi dans le classement des meilleures ventes de psycho pop avec ses ouvrages de méditation, publiés chez L’Iconoclaste. Pour Trois amis en quête de sagesse (L’Iconoclaste/Allary), absent de ce dernier classement car tantôt classé en sciences humaines, tantôt en pratique, les libraires ont choisi de ne pas choisir : "Chez nous, il est dans au moins deux, voire trois rayons", note Fabien Dorémus, de la librairie Martelle à Amiens.

"Nous accompagnons nos auteurs de référence, en évitant le remplissage." Dorothée Rothschild, J’ai lu - Photo OLIVIER DION

Conséquence de cette production exponentielle, malgré la vitalité du secteur, les places sont chères sur les tables des libraires. "La concurrence est rude", reconnaît Hélène Murphy-Aubry, directrice du bureau Europe des éditions de l’Homme, qui parie sur les formats pratiques, "clés en main", pour se démarquer. "Nous accompagnons nos auteurs de référence, en évitant le remplissage", indique Dorothée Rothschild, responsable éditoriale de J’ai lu. La prépondérance du fonds est en effet l’une des spécificités du secteur de la psycho pop : dans le top 50 des meilleures ventes (page 52), 32 titres ont été publiés il y a plus de deux ans, et certains auteurs stars, comme Eckhart Tolle, Jon Kabat-Zinn, Miguel Ruiz, ou Louise Hay, trustent les classements depuis une dizaine d’années. Quant aux éditeurs qui réalisent les plus grosses parts de marché (J’ai lu, Jouvence, Marabout sont à plus de 10 % en volume), ce sont généralement des pionniers ayant acquis une image de marque et un savoir-faire reconnus par les lecteurs et les libraires. "Jouvence a été parmi les premiers éditeurs à faire des cahiers dexercices", rappelle Jacques Maire, son fondateur. "La force de notre maison, cest cette main tendue au lecteur."

"Les best-sellers sont bien évidemment des indicateurs de là où est la demande." Gwénaëlle Painvin, Eyrolles - Photo OLIVIER DION

Pour autant, cet état du marché n’empêche pas des maisons arrivées plus récemment sur le secteur de tirer leur épingle du jeu. First, 5e éditeur du marché, a "mis laccent sur le développement personnel et la psychologie depuis 3 à 4 ans maintenant", indique Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale du pôle référence. La collection phare "Pour les nuls" a investi le champ de la psychologie populaire avec succès, mais c’est surtout le carton de la Japonaise Marie Kondo avec son livre La magie du rangement, paru début 2015, qui a porté l’année de l’éditeur. 2016 a aussi démarré sous les meilleurs auspices, avec la parution en mars de Miracle morning : offrez-vous un supplément de vie de Hal Elrod, un livre repéré dans les tops des ventes d’autoédition aux Etats-Unis et qui a bénéficié, avant même sa traduction, d’une importante couverture médiatique. Fabrice Midal, qui vient de l’acheter en vue d’une parution dans la collection "Evolution" de Pocket, analyse : "Il existe une nouvelle génération dauteurs qui parviennent à renouveler le genre avec des thématiques qui leur sont propres, et tirées dune expérience qui a changé leur vie." Comme pour le Marie Kondo l’an dernier, qui avait été suivi d’une vague de parutions ou de rééditions sur le thème du minimalisme et de la simplicité, plusieurs éditeurs préparent leur propre version, ou l’ont déjà mis en librairie comme Leduc.s, qui a publié en avril La magie du matin, préfacé par Marc Levy et intégrant des témoignages de personnalités. "Tout le monde regarde ce qui marche. Parfois on est premier, parfois on est suiveur, cest le jeu, note Gwénaëlle Painvin, responsable d’édition du secteur bien-être, santé, développement personnel chez Eyrolles. Les best-sellers sont bien évidemment des indicateurs de là où est la demande."

Bienveillance et parentalité

Attentifs à l’air du temps, les éditeurs de psycho pop se rejoignent chaque année sur une ou plusieurs thématiques. En 2016, gentillesse et bienveillance font leur retour sur le devant de la scène, ainsi que le pronostiquait l’an dernier l’éditrice Catherine Delprat, chargée du secteur bien-être, santé, développement personnel chez Larousse, qui expliquait avoir revu son programme suite au choc provoqué par les attentats de Charlie Hebdo. En mai, elle a publié La révolution des gentils d’Emilie Devienne. First enregistre un bon démarrage pour Supergentil : manuel de bienveillance à lusage des héros du quotidien, disponible depuis avril, tandis que Karine Bailly de Robien, la directrice éditoriale de Leduc.s, prévoit de traduire Conscious uncoupling, une méthode écrite par l’Américaine Katherine Woodward pour se séparer sans se détester. Enfin, J’ai lu et Jouvence ont misé sur le potentiel sympathie du chaton en couverture, avec Petit éloge de la gentillesse d’Emmanuel Jaffelin pour le premier, et Le temps de la douceur, de Françoise Dorn, pour le second.

Plusieurs éditeurs observent également un glissement de plus en plus marqué vers la santé, dans une logique holistique de prise en charge de soi, que Gwénaëlle Painvin chez Eyrolles nomme "tête-cœur-corps". L’influence du Charme discret de lintestin de Giulia Enders (Actes Sud), septième livre le plus vendu de 2015, se fait logiquement sentir. "Chez nous, la santé est en train de gagner du terrain par rapport à la psychologie", note Hélène Gédouin, la directrice éditoriale de Marabout qui a publié en janvier Lintestin au secours du cerveau : comment le microbiote et lalimentation le soignent et le protègent de David Perlmutter, à ne pas confondre avec le titre de Gabriel Perlemuter, Les bactéries, des amies qui vous veulent du bien : le bonheur est dans lintestin, paru, lui, en mars chez Solar.

"Le parenting et l’éducation positive prennent une place de plus en plus importante dans la production." Laurent Laffont, Lattès - Photo OLIVIER DION

Mais au-delà des sous-tendances, qui varient chaque année, la méditation en pleine conscience et la psychologie positive, déjà largement implantées, continuent à tirer le rayon psychologie populaire, en évoluant pour séduire de nouveaux lecteurs tout en fidélisant leur public. "Ces disciplines sont entrées dans la vie courante, on peut désormais passer à un stade supérieur dexigence, analyse Catherine Meyer. Des pistes bleues aux pistes rouges, en somme." Belfond vient ainsi de publier Lacceptation radicale de Tara Brach, paru aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années, et ayant "révolutionné la compréhension de la méditation" d’après Fabrice Midal. Mais c’est aussi vers les enfants que se tournent tous les regards. "Nous avons commencé par de la méditation il y a une quinzaine dannées, mais le parenting et léducation positive prennent une place de plus en plus importante dans la production", note le directeur général de Lattès, Laurent Laffont. Précurseur, il publie depuis 1997 la spécialiste du domaine, Isabelle Filliozat, et héberge sa collection "Parent +". 50 règles dor de léducation positive est paru chez Larousse en avril. Leduc.s a publié en septembre Ma méthode de sophrologie pour les enfants de Carole Serrat. Et le succès du long-seller Calme et attentif comme une grenouille d’Eline Snel (L’Iconoclaste) ne se dément pas, ce qui a poussé Catherine Meyer à creuser le sillon, en publiant Comment ne pas finir comme tes parents : la méditation pour les 15-25 ans, aux Arènes en mai.

Un thème, des centaines de possibilités

Pour faire durer l’embellie en librairie, les éditeurs rivalisent d’inventivité au niveau de la forme, d’autant que le secteur s’y prête. "Un sujet peut se décliner sur de nombreux formats et sadressera à chaque fois à des lecteurs différents", résume Stéphanie Ricordel, qui s’occupe de la psychologie et de la psychanalyse chez Eyrolles, en montrant le cahier 50 exercices dautohypnose de Mireille Meyer, et le roman graphique Journal dune hypnothérapeute, écrit et illustré par Catherine Roumanoff-Lefaivre et paru en mars. Dans le secteur, l’illustré a la cote : les éditions de l’Homme republient les best-sellers de Thomas d’Ansembourg en édition illustrée, tandis que First s’est associé à Delcourt en novembre pour coéditer Devenir zen pour les nuls, une BD de développement personnel signée par Leslie Plée, et lance une ligne de "Cahiers coach" agrémentés de petits dessins humoristiques, toujours dans la collection "Pour les nuls". Le roman bien-être a fait son grand retour en librairie d’abord chez Eyrolles, où l’on attend beaucoup du deuxième titre de Raphaëlle Giordano après l’engouement suscité par Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu nen as quune, mais aussi chez Jouvence, qui espère voir le roman Celle qui écrivait des poèmes au sommet des montagnes de Nicolas Fougerousse suivre le même chemin. Pour Leduc.s, enfin, la fin de l’année sera placée sous le signe de l’innovation, entre la nouvelle collection "100 % témoignages" des "Histoires réconfortantes", un livre illustré de Fabrice Midal sur la méditation et un livre d’initiation à l’écriture du haïku, "pour apprendre à mieux voir ce quil y a autour de soi afin de changer sa relation au monde et aux autres", d’après l’éditrice Liza Faja.

Si, à travers ces différents formats se dessine le nouveau visage du livre de psychologie, participatif et applicable immédiatement, le lecteur tend de son côté à prolonger sa lecture par une expérience immersive directement avec les auteurs. Les séminaires sur la joie ou le bonheur de Frédéric Lenoir font systématiquement salle comble. Le "médecin-philosophe" Deepak Chopra a donné une grande conférence le 17 mai à Paris sur le thème "Comment vivre mieux aujourd’hui et demain". Les femmes ne sont pas en reste. Florence Servan-Schreiber, poids lourd du secteur avec son best-seller 3 kifs par jour (Marabout), s’est associée aux auteures d’Eyrolles Audrey Akoun et Isabelle Pailleau (elles-mêmes auteures du best-seller Apprendre autrement avec la pédagogie positive) pour le spectacle La fabrique à kifs, présenté comme une master class de bonheur et dont la première a eu lieu début avril à Paris. "Tandis que le livre tient le rôle de carte de visite, le spectacle permet aux lecteurs de se rencontrer entre eux", relève Gwénaëlle Painvin. L’avenir de la psycho pop ?

Psychologie-développement personnel en chiffres

La production

source : Livres hebdo/electre.com - Nouveautés et nouvelles éditions

Avec 613 nouveautés et nouvelles éditions, la production d’ouvrages de psychologie et développement personnel a encore progressé de 6 % en 2015, par rapport à 2014 où elle avait déjà fait un bond de 15 %.

Les principaux éditeurs

Source : Livres hebdo/gfk - en valeur entre mai 2015 et avril 2016

Evalué sur un an par GFK à 41 millions d’euros (+ 14,2 %) pour 3,7 millions d’exemplaires vendus (+ 11 %), le marché du livre de psychologie populaire enregistre une progression sensible des parts de marché de First (Editis) et du groupe Trédaniel ainsi que d’Albin Michel, et une percée de Michel Lafon, de La Martinière et de Leduc.s.

Les librairies s’adaptent

Régulièrement confrontés au problème du classement des ouvrages de psycho populaire, les libraires sont de plus en plus nombreux à créer des espaces globalisés, au plus près des mouvements qui touchent la société.

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Qu’ils travaillent au département pratique ou aux sciences humaines, la plupart des libraires le reconnaissent : classer les livres de psychologie grand public s’apparente souvent à un casse-tête. "On se pose la question tous les jours avec mes collègues sur certains titres. En général, cest plutôt la manière de traiter le sujet qui va être déterminante", explique Fabien Dorémus, responsable du rayon sciences humaines à la librairie Martelle à Amiens. A l’intérieur du magasin, le rayon psychologie n’est pas loin du développement personnel, ce dernier étant lui-même proche des tables et étagères en sagesse, puis du rayon ésotérisme. "Cela donne une certaine cohérence à lensemble, à défaut dêtre parfaitement satisfaisant."

Pour éviter ces hésitations permanentes et ne pas éloigner un public de plus en plus demandeur, plusieurs libraires optent pour une refonte complète de leurs rayons, voire, lorsque c’est possible, pour la création d’une zone à part du reste de la librairie. Frédéric Martin-Delbert, propriétaire de la librairie Martin-Delbert à Agen, fait figure de précurseur. En décembre, il a ouvert un espace zen de 35 m2 dans un local mitoyen de son magasin, parce qu’il pensait que "ce serait plus judicieux que simplement déplacer un rayon". Ont donc migré le pratique, la santé, la diététique et les régimes alimentaires, la puériculture et la grossesse, le sport, la méditation et la spiritualité. "Tout cela participe à un apaisement général du corps et de lesprit. Et nous y avons aussi intégré lécologie, qui fait partie de la même démarche", note-t-il. Les CD de méditation, jusque-là noyés au rayon CD, "se vendent mieux en zen", et le libraire vient également de créer un mini-rayon qu’il surnomme "zen 20 %", pour les produits dont la TVA est à 20 % : de l’encens, quelques pendules et attrape-rêves, qui resteront marginaux. "Cet espace ne représentera évidemment pas la plus grosse partie de notre chiffre daffaires, mais je table sur une augmentation de 15 % par rapport à chaque petit rayon isolé."

Titre par titre

Pour optimiser l’organisation et la signalétique de son nouvel espace de vente, Frédéric Martin-Delbert attend la visite des équipes d’Interforum. Car chez le diffuseur-distributeur aussi, on s’est saisi de la problématique, comme l’explique la directrice marketing et merchandising, Christine Jusanx. "Nous nous sommes lancés dans un travail de resegmentation du pratique avec la création dun nouveau rayon baptisé "Vivre autrement", lui-même divisé en quatre sous-rayons. Tout le marché a été codifié, titre par titre." L’espace Bien dans sa tête, qui rassemble des ouvrages sur le bonheur, la psychologie, le développement personnel, la méditation et le lâcher-prise, a été pensé dans une démarche positive. "On y trouve par exemple Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, La magie du rangement, certains livres de Thich Nhat Hanh sur la pleine conscience…", énumère Christine Jusanx. Viennent ensuite les rayons Bien dans son assiette (guides d’alimentation santé, cuisine bio, véganisme initié par les éditions La Plage), Bien dans son corps (huiles essentielles, médecines douces, yoga, Pilates…) et Bien dans son environnement, avec des livres sur l’écologie et certains issus du rayon nature. Proposée progressivement aux libraires depuis janvier, cette nouvelle démarche de service "clés en main", à adopter dans sa totalité ou à adapter rayon par rayon, a reçu un accueil très positif car "il y avait une réelle attente des libraires pour accompagner le développement de ce marché", selon la directrice marketing, qui a noué un partenariat avec le Furet du nord.

Si Cultura a préféré mettre au point son propre système, baptisé Khéops et faisant la part belle aux produits dérivés, Pascal Dulondel, de la librairie Cosmopolite à Angoulême, est peut-être celui qui a poussé la logique le plus loin. Il va ouvrir très prochainement un local Cosmo Zen de 260 m2, séparé physiquement de la librairie et peint dans des tons rose, vert et gris apaisants. Trois espaces y cohabitent : une zone senteurs avec bougie, encens et diffuseurs, une ambiance nature, avec des accessoires pour le jardin et, enfin, un vaste espace livre, où seront disposées des tables et des chaises et où l’on pourra consommer du café vert ou du thé japonais. "Ce sera une librairie à part, ayant sa propre identité", explique le gérant, très impatient d’ouvrir son Cosmo Zen. Il prévoit même de lui donner une part d’événementiel, puisque rapidement des séances de méditation et des massages du cou devraient y être proposés.

Meilleures ventes : les indétrônables

Malgré la très belle percée de La magie du rangement de Marie Kondo (First, 3e), le classement des 50 meilleures ventes en psychologie-développement personnel reste dominé par deux auteurs phares du secteur issus de la littérature new age : le conférencier allemand Eckhart Tolle et le chaman mexicain don Miguel Ruiz, classés respectivement 1er et 2e avec des titres traduits au début des années 2000. Le domaine de la psycho pop reste d’ailleurs tracté par le fonds, puisque seules 18 nouveautés parviennent à trouver leur place dans le top 50, et il n’est pas étonnant de voir J’ai lu, pionnier du bien-être mais aussi de l’ésotérisme avec la collection "Aventure secrète", y placer 12 références.

Christophe André, auteur fort du catalogue de L’Iconoclaste avec ses titres sur la méditation (Méditer, jour après jour, 6e, et Je médite, jour après jour, 10e), confirme l’intérêt croissant du public pour cette discipline, également popularisée par le spécialiste de la méditation de la pleine conscience, Jon Kabat-Zinn (Où tu vas, tu es, 34e, et Méditer : 108 leçons de pleine conscience, 37e).

Enfin, la thématique du minimalisme et de la simplicité reste forte, et plusieurs titres publiés dans la foulée ou redynamisés par le succès de La magie du rangement ont réalisé de belles performances. Dominique Loreau s’impose d’ailleurs comme la spécialiste française du "ranger pour vivre mieux" puisque trois de ses ouvrages, L’art de la simplicité : simplifier sa vie, c’est l’enrichir (Marabout, 28e), L’art de l’essentiel : jeter l’inutile et le superflu pour faire de l’espace en soi (J’ai lu, 36e) et Vivre heureux dans un petit espace : à la recherche d’un bonheur simple (Flammarion, 44e) font partie des 50 livres les plus vendus du secteur au cours des douze derniers mois.


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