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Dossier Religion : créer l'événement

Dossier Religion : créer l'événement

Dossier Religion : créer l'événement

Après une année 2011 soutenue par plusieurs parutions importantes qui ont rencontré un large succès, le réalisme est de rigueur en 2012 dans un secteur religieux dont l'activité repose en grande partie sur les long-sellers, et qui doit lutter pour trouver sa place dans les médias.

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Par Anne Ducrocq,
Créé le 31.12.2014 à 13h36 ,
Mis à jour le 13.02.2015 à 13h31

La production de livres religieux a fait un bond de 14 % en 2011, à 2 153 nouveautés et nouvelles éditions. Mais "il faut désormais des livres événements pour faire entrer les gens en librairie", souligne François Maillot, le nouveau P-DG de La Procure depuis le 1er janvier 2012. Le premier semestre 2011 en a bénéficié, avec même une spectaculaire conjonction : la nouvelle Tob (Traduction oecuménique de la Bible) au Cerf ; la béatification de Jean-Paul II ; et les deux livres de Benoît XVI, Lumière du monde (Bayard, 75 000 exemplaires) et le tome 2 de Jésus (Rocher-Parole et silence, 100 000 exemplaires).

"Jusqu'à quand allons-nous tirer le filon de l'abbé Pierre, de soeur Emmanuelle et de Mère Teresa ?"FRANÇOIS MAILLOT, LA PROCURE- Photo OLIVIER DION

Le cinéma a également fait souffler sur le secteur un bel air frais et moins institutionnel avec la prolongation en librairie du succès de Des hommes et des dieux. La Procure-Mézières, qui a servi de grossiste pour les libraires religieux, a vendu 20 000 exemplaires du DVD du film. Au-delà, le phénomène autour des moines de Tibhirine n'a pas faibli : chez Bayard, Le jardinier de Tibhirine de Christophe Henning en est à 23 000 exemplaires et l'album du film à 45 000. A noter également le redémarrage flamboyant du Second souffle de Philippe Pozzo di Borgo, qui a inspiré Intouchables, le film aux 19 millions entrées (Bayard, 260 000 exemplaires). "Cela ne m'était plus arrivé depuis la sortie de la Bible Bayard », se réjouit Frédéric Boyer, un éditeur qui a vécu une année exceptionnelle.

"Le salut ne viendra pas de la fusion de nos réseaux [Siloë et La Procure], mais du dialogue." STÉPHANE DAUMAY, SILOË- Photo OLIVIER DION

Pour les jeunes, Ze Bible (Bibli'O Société biblique française, 38 700 exemplaires) ainsi que les 520 questions-réponses sur les grandes lignes de la foi du Youcat (Cerf, 60 000 exemplaires) ont été de divines surprises. Youcat : le livre des prières, attendu pour le printemps 2012, s'annonce aussi comme un succès commercial.

Les libraires ont cependant vite déchanté. Le second trimestre a été difficile, et la fin de 2011 catastrophique, comme en ont témoigné les retours dès janvier. Tout juste a-t-on pu noter à la fin de l'année un emballement durable pour le solide Jésus publié par Jean-Christian Petitfils (Fayard, 79 000 exemplaires). Cet historien est d'ailleurs l'un des trois auteurs spirituels à s'être classé dans le palmarès des 50 meilleures ventes d'essais de Livres Hebdo avec Benoît XVI (Jésus, tome 2) et Frédéric Lenoir (Petit traité de vie intérieure, Plon, 210 000 exemplaires ; et Dieu : entretiens avec Marie Drucker, Robert Laffont, 80 000 exemplaires). Ce dernier livrera en mai prochain L'âme du monde (Nil), un conte spirituel sur les points communs entre les grandes sagesses du monde.

"Nous allons avoir une double représentation. Nous en attendons une place de grande proximité avec la clientèle et une meilleure défense des marques du groupe." MARC LEBOUCHER, DESCLÉE DE BROUWER- Photo OLIVIER DION

GRANDS LIVRES

Alors quels événements cette année ? Vatican II est un concile qui n'aurait jamais eu lieu sans les livres. C'était la grande époque des bibliothèques et de la lecture patristique... Les librairies religieuses vont célébrer son cinquantenaire en mettant en avant des titres sur le sujet. La plupart des éditeurs sont aussi sur le pont. A commencer par les éditions du Cerf : "Ma spécialité, c'est de faire les coups en avance, rappelle Nicolas-Jean Sed, directeur général. J'ai publié les Notes quotidiennes au Concile de Marie-Dominique Chenu en 1995, le Journal du père Congar en 2002, Les carnets du Concile d'Henri de Lubac en 2007, ainsi que le travail de Dom Helder Camara. Les livres de fond ont été publiés, il ne reste plus à venir que des livres de circonstances écrits par des journalistes. Nous avons une cinquantaine de titres sur le sujet. On les vend en promotion à - 50 % jusqu'en octobre. Parallèlement, on va créer la surprise cet automne en mettant sur Internet tous les commentaires sur le concile des années 1960 et 1970."

"Le maillage du terrain est l'un des chevaux de bataille de mon mandat. Nous allons essayer de mobiliser les évêques en faveur du livre." YVES BRIEND, SALVATOR, PRÉSIDENT DU GROUPE RELIGIONS DU SNE- Photo OLIVIER DION

Cette année est aussi celle du centième anniversaire de la naissance de l'abbé Pierre. Mais "je ne suis pas sûr que cela attire le public en librairie !" estime François Maillot, pour qui les éditeurs feraient mieux de chercher des auteurs nouveaux. "Jusqu'à quand allons-nous tirer le filon de l'abbé Pierre, de soeur Emmanuelle et de Mère Teresa ? » demande le P-DG de La Procure.

"La question n'est pas celle des meilleures ventes, mais celle des grands livres », souligne Nicolas-Jean Sed. Un parti pris appuyé par Christophe Henning, président de l'Association des écrivains croyants (250 membres) : "L'important n'est pas de savoir comment on fabrique un succès mais de savoir comment on arrive à dire quelque chose d'essentiel au coeur de l'humanité. » Dont acte. Sur ce terrain, deux valeurs sûres sont attendues au printemps : Faites le plongeon, le prochain Timothy Radcliffe (Cerf), et Quand reviennent les âmes errantes de François Cheng (Albin Michel).

Les éditions de l'?Œuvre et Ad Solem, un temps partenaires pour capitaliser leurs moyens, ont aujourd'hui repris leur propre course. Ad Solem célèbre cette année ses 20 ans avec un catalogue de 200 titres. La maison, qui bénéficie désormais d'une véritable visibilité, est récompensée avec un premier vrai succès commercial, celui d'Homme et prêtre de Michel-Marie Zanotti-Sorkine (10 000 exemplaires). L'auteur est une étoile montante, tout comme François Cassingena-Trévedy qui, livre après livre, construit une oeuvre (en 2012, Ad Solem publie son oeuvre majeure : les trois tomes des Introïts), ainsi que le discret Philippe Mac Leod.

RELÈVE DES AUTEURS

La relève des auteurs est en effet l'un des grands défis du secteur. Quelques visages apparaissent. Ainsi, les auteurs d'Ad Solem, Martin Steffens et Fabrice Hadjadj, tous deux publiés chez Salvator. La maison s'est d'ailleurs fait remarquer ces deux dernières années, notamment pour l'homogénéité de son catalogue et par une montée en gamme de la qualité de ses titres. Elle a par ailleurs recruté en 2011 Christophe Rémond, auparavant éditeur aux Presses de la Renaissance. Celles-ci, après avoir longtemps occupé les feux des médias, sont pour l'instant maintenues en une sorte de demi-sommeil. Mais Pierre Dutilleul, le nouveau directeur général, déjà à l'origine avec Alain Noël, en 1998, de la recréation de la maison, et par ailleurs directeur de la communication du groupe Editis, semble avoir des projets pour la marque.

"Il est important qu'il y ait des livres en préparation aux Presses de la Renaissance. Le religieux n'existe quasiment plus dans des groupes de cette importance", déplore Frédéric Boyer, pour qui ce déficit explique dans une large mesure "la nécessité dans le paysage d'un groupe indépendant comme Parole et silence ».

Une récente collection, "La Grâce d'une cathédrale" (La Nuée bleue), fait également discrètement mais sûrement son chemin. Les trois premiers titres (Strasbourg, >Reims et Lyon) se sont vendus en un an à plus de 20 000 exemplaires (79 euros). Cette année, désormais distribués par Interforum, quatre livres monuments (500 pages, 600 images) sont prévus dont, à l'automne, le livre officiel des manifestations qui marqueront en 2013 le 850e anniversaire de Notre-Dame de Paris.

Au-delà, la mutualisation des énergies et des moyens dans un monde laïc est plus que jamais à l'ordre du jour. Vingt éditeurs (généralistes, catholiques, protestants, juifs et musulmans) ont poursuivi la démarche interprofessionnelle entreprise en 2009 (ils étaient alors huit) en se retrouvant sur un stand commun au dernier Salon du livre de Paris. La présidence du groupe Religion du Syndicat national de l'édition (SNE) a été confiée en 2011 à Yves Briend, P-DG de Salvator. "Douze départements-diocèses n'ont pas de librairie spécialisée. Le maillage du terrain est l'un des chevaux de bataille de mon mandat. Nous allons essayer de mobiliser les évêques en faveur du livre. Une instance "livre" a été créée en ce sens au sein de la Conférence des évêques", annonce-t-il.

Pour autant, les tensions entre les réseaux de librairies concurrents Siloë et La Procure ne sont pas dépassés, même si les acteurs manifestent l'envie d'avancer. "Le salut ne viendra pas de la fusion de nos réseaux, mais du dialogue. Il est en train de reprendre, il faut le renforcer car il est utile à la profession, se félicite Stéphane Daumay, directeur du groupement Siloë. En la matière, les éditeurs jouent un rôle de modérateurs et de facilitateurs exceptionnels. Nous progressons dans une démarche tripartite, une sorte de troïka vertueuse."

Parallèlement, la présidence du Syndicat des libraires de littérature religieuse (SLLR) a été confiée à la librairie du Mont des Cats, Anne-Catherine Delbarre. Une restructuration du syndicat serait dans l'air. D'aucuns estiment que le SLLR devrait s'intégrer au SLF, pour éviter de fonctionner en vase clos, entre éditeurs et libraires religieux. Il y a des livres sur le religieux partout, jusque chez Eyrolles avec une vingtaine de titres.

RESSUSCITER LES LIBRAIRIES

La bénédiction des évêques et la prière d'une communauté ne suffisent pas à ressusciter les librairies et à assurer la présence du livre religieux sur le territoire. Le groupement Siloë, qui a déjà perdu trois librairies en 2011 (Chambéry, Montauban et Bassac), a lancé fin janvier un appel dans La Croix, relayé par différents médias pour sauver la librairie de Besançon. Du jamais vu. Le diocèse avait été approché sur ce dossier pour mettre en place une structure dite "diocésaine", mais cette option n'a pas retenu son attention. A Lyon, c'est La Procure qui cherche un directeur. C'est même une priorité pour 2012 : 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires, cela pèse dans l'économie du livre religieux. Se pose une vraie question sur la capacité du milieu à susciter des vocations de libraires spécialisés. L'enjeu, à Besançon comme à Lyon, intéresse l'avenir de la profession.

La question de l'offre des éditeurs se pose également et retentit sur la santé de la librairie alors que le marché repose dans une large mesure sur des long-sellers. Parmi les meilleures ventes de 2011 apparaissent plusieurs titres parus en 2010 (Le prix à payer de Joseph Fadelle ou Croire quand même de Joseph Moingt, aux éditions du Temps présent), ou même en 2009 (Catholique anonyme, le témoignage de Thierry Bizot, au Seuil, ou Manga. Le Messie chez BLF Europe). "Je ne suis pas sûr que ce soit fondamentalement une bonne nouvelle. Cela veut dire que la relève ne se fait pas, qu'il n'y a pas de nouveautés assez fortes début 2012 », regrette François Maillot à La Procure.

Des changements sont en tout cas en cours dans la sphère commerciale. Ancien président du SLLR, Pierre-Yves Camiade a rejoint la nouvelle équipe commerciale des représentants pour les livres religieux du groupe Parole et silence. "Nous allons avoir une double représentation. Nous en attendons une place de grande proximité avec la clientèle et une meilleure défense des marques du groupe. Cela nous permettra également de renforcer nos liens avec les libraires spécialisés. Cette nouvelle configuration commerciale est un vrai défi 2012 pour nous », estime Marc Leboucher, directeur éditorial de Desclée De Brouwer.

La crise réveille en tout cas chez les éditeurs la peur de manquer. On parle de mutualiser tout en essaimant. A la multiplication du nombre de nouveautés correspond celle du nombre de catalogues ou du nombre de remises de prix "spirituels". Mais si la participation des éditeurs aux catalogues des groupements de libraires leur permet de soutenir la librairie religieuse, certains se plaignent d'avoir à aider trois catalogues : Siloë, Procure et SLLR. Abondance de biens nuit. "Il y a dix ans, il y avait un seul prix, celui du SLLR. C'était fédérateur et représentatif de la profession. La multiplicité des prix (une petite dizaine) a dilué l'impact sur les ventes, déplore Marc Leboucher. On en sort 2 000 exemplaires de plus avec un peu de chance.»

La religion en chiffres

Les 10 meilleures ventes du groupement Siloë*

Les 10 meilleures ventes de La Procure-Mézières (Paris)*

Comment faire parler du livre religieux ?

 

En dépit du nouvel intérêt des intellectuels pour les questions spirituelles, il reste toujours plus difficile de promouvoir, et donc de vendre, des ouvrages spécialisés.

 

"Pour ma part, je suis satisfait de la part que la presse nationale nous consacre. Quand le patriarche oecuménique Bartoloméo est venu aux éditions du Cerf, sept chaînes de télévision étaient présentes." NICOLAS-JEAN SED,LE CERF- Photo OLIVIER DION

Chez Albin Michel, nous publions des textes pour un plus large public qu'il y a quinze ans, rappelle Frédérique Pons, attachée de presse de la maison depuis 1996. Nous allons à la frontière du littéraire, du témoignage, de l'engagement, mais nos livres ont comme dénominateur commun la recherche de sens : c'est peut-être une nouvelle définition du livre religieux." De fait, toutes les règles du jeu ont changé. Depuis quelques années, un christianisme "branché" a émergé. De nombreux intellectuels et romanciers se sont mis à parler de façon personnelle de spiritualité, tels Michel Onfray, Jean-Claude Guillebaud ou Philippe Sollers. Cette démarche est même devenue une valeur ajoutée pour l'image d'un auteur. La presse spécialisée (La Vie, Famille chrétienne, LePèlerin, Panorama...) a bénéficié de l'apport de ces têtes d'affiche qui contribuent à la désenclaver. Par ricochet, les éditeurs regrettent que celle-ci joue un peu moins le jeu des livres plus spécialisés, qui auraient davantage besoin de soutien.

"La Croix, avec 110 000 exemplaires, reste le dernier grand prescripteur. Sinon, Le Monde, de temps à autre, ose parler de livres de théologie ou d'exégèse." FRÉDÉRIC BOYER, BAYARD- Photo OLIVIER DION

Les médias généralistes, quant à eux, réservent la portion congrue au livre religieux, sauf à parler de livres personnels ou abordés sous l'angle du fait de société. La disparition progressive des chroniqueurs spécialisés dans le religieux, comme Henri Tincq au Monde, Bruno Chenu et Michel Kubler à La Croix, dont les voix se faisaient entendre, y est pour beaucoup. "On confie le sujet à des journalistes qui s'occupent de cela entre autres choses, déplore un éditeur. Ils abordent le fait religieux, pas la culture religieuse." Sauf quand il y a un événement, comme la parution au Rocher-Parole et silence du tome 2 du Jésus de Benoît XVI, où toute la presse est sur le pont, ou celle du Christianisme en accusation de René Rémond (DDB), qui a suscité un débat lancé par les grands éditorialistes de la presse non confessionnelle. "Pour ma part, je suis satisfait de la place que la presse nationale nous consacre, tempère Nicolas-Jean Sed, P-DG des éditions du Cerf. Les événements, il faut les créer ! Quand le patriarche oecuménique Bartoloméo, 270e patriarche de Constantinople, est venu aux éditions du Cerf dans notre petite salle, sept chaînes de télévision étaient présentes. Nous avons eu également des papiers partout. »

RÉSEAUX SOCIAUX

"Les rédactions deviennent de plus en plus normatives, regrette en revanche Hélène Daigremont-Rousselot, attachée de presse depuis 1995 chez DDB. Nous avons par exemple publié des livres de dialogue entre deux auteurs, qui pouvaient offrir de multiples thèmes de discussion. Les journalistes auraient donc pu imaginer un face-à-face entre les deux auteurs..." De fait, les temps sont moins au débat qu'à l'expertise. Les médias raffolent des experts comme Frédéric Lenoir, Odon Vallet ou Bernard Lecomte, par ailleurs auteurs de best et long-sellers.

"La Croix, avec 110 000 exemplaires dans un milieu de lecteurs, reste le dernier grand prescripteur, estime Frédéric Boyer chez Bayard. D'autant qu'il est lu par les libraires. Sinon, Le Monde, de temps à autre, ose parler de livres de théologie ou d'exégèse. J'aimerais tellement que La Croix fasse un supplément de quatre pages dédié au livre religieux."

Les attachés de presse sont moins pessimistes : il existe tout de même des journaux au rendez-vous. Ainsi, au Figaro littéraire, Astrid de Larminat a eu un coup de coeur pour l'Almanach pour une jeune fille triste, un inédit de Marie Noël (DDB). Psychologies avec Violaine Gelly, Le Parisien avec Anne-Cécile Juillet, Le Nouvel Observateur avec François Armanet, mais aussi Le Figaro Magazine ou encore Philosophie Magazine prêtent une oreille attentive à la production religieuse. Sur les ondes, en revanche, on ne se bouscule pas trop au portillon. Heureusement, quelques radios ont encore parfois un bel impact sur les ventes comme RFI, Beur FM ou RCJ. Ainsi que RCF, Radio Notre Dame et KTO, qui offrent un temps incomparable par rapport aux radios généralistes, avec des émissions de 50 minutes.

Attachée de presse depuis 2005 chez Salvator, la "petite" maison qui monte, Thomine Josseaume va clairement chercher le grand public et se tourne pour cela vers la Toile. "Cela correspond à l'élargissement du spectre de notre production à la fantasy chrétienne, avec la série Hunter Brown et le secret de l'ombre d'Allan et Christopher Miller. Nous diffusons également les mangas de La Ligue pour la lecture de la Bible", souligne-t-elle. Pour les réseaux sociaux et Internet, la maison a fait appel un stagiaire. Il déniche les blogs qui chroniquent les livres. "Cela génère trois contacts par semaine : un livre envoyé, un livre chroniqué. Je travaille les blogs comme des journalistes. Nous avons ainsi un partenariat avec Babelio.com, précise-t-elle. C'est un travail à part entière. On pourrait créer des communautés autour d'un livre. Ce n'est pas seulement une question de temps, c'est aussi une question de génération."

Toutefois, pour qu'un livre dépasse un certain seuil de ventes, une alchimie est nécessaire. Désormais, il faut un fort investissement de la part de l'auteur, une vraie présence dans les médias, et un lien qui peut s'établir progressivement avec le public par le biais de conférences et de séances de signatures, et puis des moments de grâce aussi imprévisibles que prescripteurs. Comme lorsque, sur le plateau de l'émission "La grande librairie", Jean d'Ormesson déclare face à Trinh Xuan Thuan, dont Le cosmos et le lotus s'est vendu à 43 000 exemplaires depuis septembre dernier, que "c'est l'homme [qu'il] admire le plus au monde".

Jeunesse : des images et des ailes

 

Difficile à rentabiliser, le segment du livre religieux pour la jeunesse mise désormais sur les livres-objets, la bande dessinée et les mangas.

 

"Nous avons la chance d'être adossés au groupe Bayard qui publie des magazines ensuite repris en album." MARIE-CLAUDE RÉAU, BAYARD JEUNESSE- Photo OLIVIER DION

Rares sont les éditeurs qui ont à la fois les reins assez solides économiquement et la légitimité nécessaire pour se faire une place dans le livre religieux illustré pour la jeunesse. Ces ouvrages sont coûteux et longs à fabriquer (jusqu'à trois ans en moyenne pour une Bible pour enfants), avec des tirages globalement faibles. Bayard Jeunesse et Mame-Edifa se sont imposés comme les deux leaders incontestés sur ce segment. Et leurs nouveautés sont essentiellement financées par le fonds, grâce à des long-sellers, comme, chez Bayard Jeunesse, Dieu Yahweh Allâh (plus 60 000 exemplaires depuis 2004 et encore à 4 000 exemplaires par an) ou Qui donc est Dieu ? (180 000 exemplaires depuis 1998, et toujours à 4 500 exemplaires par an), et chez Mame Théo Junior, qui s'est vendu à plus de 75 000 exemplaires depuis 1999, et encore à plus de 3 500 en 2011. Mame s'appuie aussi sur sa série emblématique, "Belles histoires, belles vies", qui existe depuis 1946 et dont 39 titres sont aujourd'hui disponibles en numérique. Sans négliger modernité et créativité, le religieux jeunesse s'inscrit clairement dans la durée.

"Les soeurs Espérance offre une autre façon de faire découvrir la foi et correspond à l'évolution de notre public. Nous en faisons une priorité." GUILLAUME ARNAUD, MAME- Photo OLIVIER DION

Dans la production plus récente, ce sont d'abord les livres-objets qui se taillent une belle part. Ici, des albums avec des autocollants, des coloriages, des cahiers de vacances, un puzzle en bois, un coin prière... Là, des cubes illustrés ou un chevalet avec une parole de la Bible par jour. Les Bibles pour enfants font également partie des incontournables, comme en a témoigné depuis un an le succès de la Bible illustrée de Nathan, parue en 2010.

BANDE DESSINÉE

La BD est l'autre grand créneau exploré par les éditeurs. Chez Bayard Jeunesse, on y croit beaucoup. Une vraie belle partie du catalogue lui sera désormais dédiée. Paru en janvier 2011, La Bible en BD s'est vendu à 12 000 exemplaires. "Nous avons la chance d'être adossés au groupe Bayard qui publie de nombreux titres magazines qui sont ensuite repris en album, rappelle Marie-Claude Réau, directrice éditoriale du département documentaires jeunesse-éveil religieux-BD. C'est ainsi que ces 25 épisodes de la Bible sont parus initialement dans la revue Filoteo. L'opération n'a été possible économiquement que de ce fait, les à-valoir pour des créations en BD sont trop élevés." Forte de ce succès, la maison poursuit dans la même veine en publiant en avril une bande dessinée, Les grands témoins en BD, reprenant sous une nouvelle forme 15 vies exemplaires (Nelson Mandela, Martin Luther King, Françoise Dolto, Einstein...). La collection des "Chercheurs de Dieu" est également remise au goût du jour.

Mame a de son côté sa BD culte avec la série Loupio, qui a fêté l'an dernier ses 10 ans et plus de 400 000 exemplaires vendus pour les 8 tomes cumulés. Le tome 9, La cape et autres récits, est attendu en octobre. Jean-François Kieffer, son auteur, se lance par ailleurs dans une nouvelle série qui débutera en septembre, Les aventures de Jeannette et Jojo.

Ce sont pourtant les éditions BLF Europe qui s'imposent le plus spectaculairement sur le créneau de la BD avec leurs mangas classés dans le top 5 des meilleures ventes du religieux jeunesse. Paru en 2008, Manga.Le Messie, a rencontré d'emblée un succès inattendu en librairie. Il en est à 74 000 exemplaires. Les trois suivants en sont respectivement à 33 500, 22 000 et 11 500 exemplaires écoulés. Le dernier tome, Les messagers, est attendu pour octobre 2012. Des coffrets sont prévus en 2013. De son côté, Les vacances de Jésus et Bouddha de l'auteur phare Hikaru Nakamura, dans lequel les deux divinités prennent un temps de repos sur terre après avoir oeuvré au bien-être de l'humanité, a débuté en 2011 chez Kurokawa avec deux tomes, dont le deuxième a été sélectionné au dernier Festival d'Angoulême. Le troisième vient de paraître.

Enfin, chez Mame, après le bon accueil de la série romanesque Les messagers de l'Alliance de Jean-Michel Touche (37 000 exemplaires sur sept titres), la maison se lance en 2012 le défi de la fiction. Une seconde série a été inaugurée, Les soeurs Espérance de Sophie de Mullenheim. Le premier titre a déjà été réimprimé deux fois et le tome 3 paraît en septembre. "Cette fiction historique mêle foi et société. Le premier titre a déjà été réimprimé deux fois. Cela offre une autre façon de faire découvrir la foi et correspond à l'évolution de notre public, nous en faisons une priorité en libraire", indique Guillaume Arnaud, directeur général délégué de Fleurus-Mame. Deux nouvelles séries de romans sont prévues à la rentrée, dont Les aventures du cirque Gloria (pour les 8-12 ans). Les héros du roman-feuilleton de la revue Magnificat junior (39 000 abonnés) y mènent l'enquête au sein d'un cirque itinérant.

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