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Dossier sciences et techniques : la prudence aux commandes

OLIVIER DION

Dossier sciences et techniques : la prudence aux commandes

Sur un marché globalement difficile, les éditeurs d'ouvrages scientifiques et techniques ont renoncé à leurs velléités d'ouverture de leurs catalogues pour poursuivre le recentrage sur leurs spécialités. Une attitude prudente qui se retrouve également dans les stratégies de développement de l'offre de livres électroniques, dont les ventes augmentent lentement.

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Par Véronique Heurtematte
Créé le 28.06.2016 à 14h30 ,
Mis à jour le 01.07.2016 à 12h12

Une année 2010 difficile, un premier trimestre 2011 morose dans un marché tendu et sur fond de crise économique qui joue les prolongations malgré les annonces optimistes : c'est le constat fait par la majorité des éditeurs en sciences et techniques. Le Moniteur reconnaît que l'année 2010 a été délicate sur tous les canaux de vente et que le premier trimestre 2011 n'est pas très encourageant. Fait nouveau pour cet éditeur, tous les segments qu'il couvre, l'architecture, les techniques de construction comme les aspects juridiques du BTP, sont cette fois malmenés. "Les ventes de nos ouvrages techniques ont été en croissance constante pendant cinq ans. En 2010 on a juste atteint l'équilibre", indique Christophe Vitiello, directeur commercial, pour qui, finalement, "ce n'est pas si mal dans un marché en baisse ».

"Nous avons identifié quatre types de publics : les scientifiques, les professionnels, les décideurs et le grand public initié." JEAN ARBEILLE, QUAE- Photo OLIVIER DION

Aux Presses polytechniques universitaires romandes (PPUR), où l'année 2010 a été plutôt satisfaisante pour les ventes sur le marché français, on admet que le premier trimestre 2011 a été moins bon que celui de l'année passée. Les PPUR maintiendront leur volume de production pour l'année en cours, avec une quarantaine de nouveautés et une dizaine de nouvelles éditions. Mais "nous nous montrons plus prudents, en particulier sur les livres qui demandent un gros investissement, explique le directeur, Olivier Babel. J'ai repoussé à la rentrée 3 titres prévus initialement pour le printemps". Après une chute importante de ses ventes en raison de la baisse brutale de l'activité pétrolière en 2009, Technip a, de son côté, renoué avec la croissance en 2010. Le chiffre d'affaires est en progression de 10 % et la tendance devrait se confirmer en 2011, selon Paul-François Trioux, directeur général. "Nous sommes à nouveau en tête des trois premiers éditeurs spécialisés mondiaux en termes de chiffre d'affaires, devant les américains Gulf Publishing et PenWell", se réjouit-il.

"Nous publions sur des sujets où il existe peu de concurrence. Les ventes baissent mais les industriels ont toujours besoin de livres qui sont des outils de travail." EMMANUEL LECLERC, LAVOISIER- Photo OLIVIER DION

Cépaduès affiche sa satisfaction devant une activité qui montre une bonne résistance. "Les variations sont assez faibles dans un secteur d'activité finalement stable par rapport à d'autres", estime son directeur, Jean-Pierre Marson. La maison maintient son rythme de parutions entre 40 et 60 nouveautés et nouvelles éditions par an. Chez Quae, le bilan est nuancé. Après une très bonne année 2009 due notamment au lancement de nouvelles collections, l'éditeur a enregistré une progression plus faible en 2010 avant de faire face à un début d'année 2011 qualifié de "mauvais". Vial, positionné sur le marché des ouvrages destinés aux professionnels et aux élèves des filières de l'artisanat, affiche un chiffre d'affaires légèrement décroissant. "On se maintient car les artisans et les jeunes en formation ont toujours besoin de livres de référence pour les aider dans leur parcours", estime cependant Olivier Wittwer, président de Vial, qui a prévu d'augmenter légèrement sa production en 2011.

"Nous adoptons une approche plus opérationnelle. La formation continue se développe et requiert des livre à la fois théoriques et concrets." RONITE TUBIANA, DUNOD- Photo OLIVIER DION

RECENTRAGE

Dans ce contexte, nombreux sont les éditeurs qui resserrent leur activité autour de leurs spécialités, menant en parallèle une réflexion en profondeur sur leur stratégie éditoriale. Cépaduès maintient sa production spécialisée en mathématiques, en physique, en aéronautique et en météorologie. La maison publie quelques titres sur des sujets de niche comme ses 3 ouvrages sur les hélicoptères destinés aux passionnés. Hermann maintient une petite production en sciences avec notamment en octobre Physique appliquée à la dosimétrie et à la radioprotection. Technip poursuit sa production très spécialisée dans l'industrie pétrolière, les statistiques, ainsi que sa collection de géopolitique avec Les pays émergents et le nouvel équilibre mondial : démocratie, énergie, technologie de Steve Coulom et Le monde et l'énergie de Samuele Furfari. L'éditeur a entamé une collection d'engineering avec The Oil & Gas Engineering Guide et Project Management Guide. Les auteurs animent un blog où les professionnels peuvent partager leurs expériences, témoignages précieux qui viendront alimenter les mises à jour futures. Technip continue aussi d'enrichir sa collection consacrée au développement durable grand public et vient d'en lancer une nouvelle, plus pointue, "Débats du développement durable", avec en juin Des élus contre nature, et L'étiquette environnement des produits.

"Certains livres sont plus proches des ouvrages de culture générale que de sciences. Ils peuvent intéresser un public bien plus large que la communauté des chercheurs et des universitaires." FRANÇOIS COHEN, VUIBERT- Photo OLIVIER DION

Quae s'est lancé dans un important travail d'introspection en menant une étude sur ses publics et sur la manière de mieux structurer ses différentes collections pour répondre à leurs attentes. "Nous avons identifié quatre types de publics, explique son directeur, Jean Arbeille. Les scientifiques, le public professionnel, les décideurs tels que les collectivités locales ou les pouvoirs publics et le grand public initié. Nous allons entamer une politique éditoriale plus volontariste et inscrite dans une logique de collections afin de donner une meilleure cohérence à notre catalogue". Les Presses polytechniques universitaires romandes mènent également une réflexion sur leur stratégie éditoriale. "Le secteur souffre de surproduction depuis plusieurs années. Il est important de se démarquer, estime Olivier Babel. Aujourd'hui, les PPUR préfèrent se recentrer autour de leurs thématiques phares et de leurs 24 collections plutôt que diversifier leur catalogue, ce qui troublerait un peu leur visibilité auprès des libraires et des lecteurs."

Dunod cherche aussi à affiner sa politique éditoriale pour répondre au plus près aux attentes de ses publics traditionnels : professionnels, formateurs et étudiants. "Nous adoptons une approche plus appliquée, plus opérationnelle, explique Ronite Tubiana, éditrice scientifique, technique et habitat. La formation continue se développe et requiert des livres à la fois théoriques et concrets. Il y a une demande de spécificité très forte. A nous de trouver comment y répondre au mieux." Dunod met notamment l'accent sur les énergies renouvelables et les questions environnementales.

Un peu à contre-courant de la tendance générale, Lavoisier prévoit pour sa part d'augmenter de 20 % sa production en 2011. Au programme, des réactualisations de titres vieillissants en agroalimentaire et en agriculture, et des nouveautés sur des sujets porteurs tels que l'écologie et le développement durable. Ont paru notamment en début d'année Introduction à l'éco-chimie et Dictionnaire encyclopédique des sciences du sol, ainsi que Tchernobyl, 25 ans après... Fukushima en avril. L'éditeur poursuit sa stratégie de niche avec des ouvrages très spécialisés. "Nous publions sur des sujets où il existe peu de concurrence, confirme Emmanuel Leclerc, directeur éditorial chez Lavoisier. Les ventes baissent mais les industriels ont cependant toujours besoin de livres qui sont des outils de travail. Nous cherchons à leur apporter une réelle plus-value qualitative. »

Vuibert a choisi quant à lui de faire un retour en force sur le marché universitaire avec de nouvelles maquettes et de nouveaux auteurs. Parallèlement, il resserre son programme en culture scientifique et philosophie des sciences autour d'une douzaine de titres, parmi lesquels Biotechnologies végétales : environnement, alimentation, santé, sur les OGM, Almanach de la biologie : évolution et génétique, une vulgarisation de la théorie de l'évolution, Petite initiation aux mathématiques, traduction d'un livre américain, et Précis de philosophie des sciences, un ouvrage collectif. Là aussi, un important travail a été mené sur les maquettes et les couvertures avec en particulier un nouveau visuel pour les ouvrages de philosophie des sciences, qui adoptent une couverture blanche très sobre. "Ces livres sont plus proches des ouvrages de culture générale que de ceux de sciences, explique François Cohen, directeur du département Vuibert. Ils peuvent intéresser un public bien plus large que la communauté des chercheurs et des universitaires. Nous avons voulu leur donner un visuel dédié plus en phase avec le marché visé."

LE BTP AU RALENTI

En dépit d'un marché morose en raison de la persistance de la crise, le BTP reste l'un des segments les plus importants de l'édition en sciences et technique. "Après l'euphorie post-Grenelle de l'environnement, on a senti un frein sur ce marché, admet cependant Eric Sulpice, directeur éditorial chez Eyrolles. Mais l'habitat et en particulier l'habitat durable est une tendance de fond. » Après avoir développé une offre importante en direction du grand public sur ces thématiques, Eyrolles met l'accent sur le public professionnel, notamment dans le domaine de l'énergie et de l'isolation avec, par exemple, Bâtiments à énergie positive, à paraître en juin, et Dimensionnement d'installations solaires photovoltaïques, à paraître en septembre. L'éditeur s'intéresse aussi à des types ou des techniques de construction atypiques avec Construire en pierre sèche et Maisons containers. Spécialiste de l'écologie, Terre vivante renforce sa production sur l'habitat avec La construction écologique, paru en janvier, Ma maison bioclimatique, paru en mai, et Habitat passif et basse consommation, prévu pour octobre.

Les éditions du Moniteur maintiendront leur volume de production en 2011, car c'est une année "Batimat", l'un des plus importants salons du secteur, qui se tient tous les deux ans en novembre à Paris. A signaler notamment parmi la quinzaine de titres au programme, le très attendu Concevoir et construire une bibliothèque, publié au printemps et qui totalise déjà de très bonnes ventes, Guide des techniques de construction durable, dont le premier tirage a été épuisé en trois mois, une nouvelle édition du Guide illustré de la construction, un titre qui a totalisé 20 000 ventes en dix ans, et Le ravalement, gros ouvrage de référence sur le sujet. En architecture, le Moniteur est revenu à des ouvrages techniques (Détails de la maison contemporaine, La réhabilitation énergétique des logements) et a abandonné ses tentatives de beaux livres d'architecture pure. "Sur ce terrain, nous étions concurrencés par les grands packageurs internationaux qui cassent les prix", regrette Christophe Vitiello. Installées dans un marché de niche avec leur Dicobat, le dictionnaire du vocabulaire du bâtiment, les éditions Arcature, directement tributaires de l'activité du BTP, enregistrent une remontée en 2011 après deux années de baisse. Leur best-seller est désormais décliné en 2 autres produits plus synthétiques, Le mini Dicobat et Le petit Dicobat.

UNE INFORMATIQUE PLUS TENDANCE

L'informatique est l'un des segments qui continuent à souffrir malgré son importance croissante dans les entreprises. "Aujourd'hui, un directeur informatique a un rôle stratégique, non seulement du point de vue technique mais pour tout ce qui concerne le système d'information de l'entreprise", relève Jean-Luc Blanc, éditeur chez Dunod, qui continue à publier une vingtaine de titres par an dans sa collection "Info pro", dédiée à tous les métiers de l'informatique. Dunod maintient également une production d'une dizaine de titres en électronique, destinée aux ingénieurs, en particulier dans le secteur de l'industrie automobile et des transports dans sa collection "Technique et ingénierie". A paraître notamment : Flex Ray et L'éco-conception en électronique.

Chez Eyrolles, on note la reprise de l'informatique graphique, où l'arrivée de nouveaux logiciels suscite de l'actualité éditoriale, tandis que tout ce qui touche au développement et au design du Web se maintient. Eyrolles lance une nouvelle collection, "A Book Apart", achetée aux Etats-Unis où les titres "cartonnent" : des ouvrages semi-poche qui font la synthèse d'une nouvelle tendance ou d'une nouvelle technologie du Web (CSS3 pour les web-designers, HTML5 pour les web-designers). Il coédite également avec l'éditeur de presse Texto Alto/Presselivre la série "Hightech", des ouvrages très graphiques à mi-chemin entre le livre et la revue, consacrés à des logiciels ou des sujets dans l'air du temps comme les réseaux sociaux, avec l'ambition de donner une image plus "tendance" du monde informatique (déjà parus : Le guide pratique iPhone, Le guide pratique Windows 7, Le guide pratique Freebox révolution). Hermann lance de son côté une nouvelle collection, "Cultures numériques", dans laquelle paraîtra en septembre Web HT.0, pour une société informée : la pertinence numérique et ses défis pour les sociétés démocratiques du XXIe siècle. La preuve que la prudence n'empêche pas de rester optimiste.

Sciences et techniques en chiffres

LE RENOUVEAU DE "FRANCE AGRICOLE"

Marie-Laure Dechâtre- Photo OLIVIER DION

Arrivée à la tête des éditions France agricole en septembre dernier, Marie-Laure Dechâtre a entamé un immense travail pour redynamiser la production. Sa mission consiste à bâtir une maison d'édition à la hauteur de la revue, La France agricole, ces deux branches appartenant à GFA (Groupe France agricole), racheté en mars dernier par Isagri, un industriel du secteur. L'objectif est ambitieux : passer en trois ans de 12 à 40 nouveautés par an et doubler le chiffre d'affaires en six ans. Le catalogue d'une centaine de titres a été réorganisé autour de deux grandes collections, "Agri production", dédiée aux techniques du métier, et "Agri décision", qui regroupe tous les ouvrages qui peuvent aider l'exploitant à gérer son entreprise (gestion, législation, marketing). "Campagne et compagnie", une collection de beaux livres autour de la ruralité, complète le catalogue.

Les maquettes également ont été totalement revues pour devenir plus attractives et plus modernes, et le travail sur les contenus est devenu plus exigeant. L'éditeur teste aussi l'offre numérique depuis le mois de mai avec son best-seller sur les maladies des animaux de la ferme, en vente sur son site marchand au même tarif que le livre papier. "C'est un secteur qui fait face à des enjeux majeurs. Les agriculteurs sont assez isolés dans leur activité, relève Marie-Laure Dechâtre. Ils ont besoin de beaucoup d'accompagnement et de contenus qui les rassurent sur les méthodes qu'ils utilisent, et qui les valorisent. Ils sont par ailleurs souvent très geeks."

Le numérique à petits pas

 

Alors que le secteur des sciences et techniques profite modestement de l'intérêt grandissant pour le livre électronique, les éditeurs restent partagés entre prudence et volontarisme.

 

"Le principal frein est l'insuffisance de l'offre. Les éditeurs ne veulent pas se lancer parce que le marché n'existe pas, mais tant qu'il n'y aura pas une offre conséquente, le marché aura du mal à décoller." SÉBASTIEN BAGO, - Photo OLIVIER DION

Se hâter lentement : c'est ainsi qu'on peut résumer l'attitude de nombre d'éditeurs de sciences et techniques concernant la mise en place d'une offre de livres électroniques. Ils justifient leur prudence par le manque de maturité du marché et la difficulté à trouver des modèles économiques viables. Vuibert commercialise quelques titres sur la plateforme Cyberlibris et mentionne que la question fait actuellement l'objet d'une réflexion. Techniquement prêtes (tous leurs ouvrages récents ont une version XML), les éditions du Moniteur n'envisagent toujours pas de commercialiser une offre de livres numériques. "Nos enquêtes sur le livre numérique n'ont jamais révélé une forte attente dans ce domaine de la part de nos acheteurs potentiels, souligne Thierry Kremer, directeur éditorial. Les liseuses ne sont pas adaptés à la lecture des schémas techniques et des tableaux de nos ouvrages. Selon moi, il n'y a pas encore de marché. » Technip a numérisé depuis cinq ans tout son fonds, consultable sur Google Search mais pour l'instant non disponible à la vente. "Google constitue une formidable vitrine à l'international pour nos collections, souligne Paul-François Trioux, directeur général de Technip. Je suis plus réservé concernant la vente d'ebooks, dont je ne suis pas sûr qu'ils soient adaptés à nos métiers. Concernant les livres professionnels, les éditeurs manquent encore de visibilité. »

Tous les éditeurs qui disposent déjà d'un catalogue significatif témoignent pourtant d'une croissance, lente mais indéniable. Présent sur le marché de l'ebook depuis plusieurs années en tant qu'éditeur, Lavoisier constate une curiosité plus vive des lecteurs. "Les clients industriels montrent de l'intérêt pour ce support et demandent des démonstrations, ce qui n'était pas le cas il y a encore deux ans », constate Patrick Alexis, directeur commercial. Le groupe s'organise également pour la vente avec la mise en place pour la fin de l'année d'une plateforme de vente dédiée au numérique pour sa librairie. Elle proposera une offre de livres électroniques en français et en anglais dans les secteurs des sciences et techniques. Chez Dunod, qui propose l'ensemble de son catalogue au format PDF ainsi qu'une sélection de titres au format ePub, on indique que le chiffre d'affaires du livre numérique augmente sensiblement même si son poids reste marginal dans le CA global de la maison. "Nos remontées du terrain sont trop fragmentaires pour distinguer une tendance de fond concernant le modèle économique ou les attentes des lecteurs, indique Eric Pommat, directeur du développement chez Dunod. Il existe cependant une différence entre l'offre pour le monde universitaire, bien organisée, avec différents acteurs comme le consortium Couperin ou la plateforme Cairn, et le marché professionnel en direction duquel il n'existe pas encore d'offre structurée. Il est important de rester en veille et d'être attentif aux évolutions du marché. »

30 % MOINS CHER

Quae, qui fait partie des éditeurs volontaristes en matière d'offre numérique, propose 600 de ses 800 titres disponibles en format PDF. Depuis 2010, toutes les nouveautés paraissent simultanément en version papier et électronique. "Au départ, nous avions différé la commercialisation du livre électronique par rapport à la date de sortie du livre papier, indique Jean Arbeille, directeur des éditions. Mais nous nous sommes aperçus qu'il n'y avait pas de cannibalisation d'un support envers l'autre. Au contraire, les titres qui se vendent le mieux sont les mêmes dans les deux formats. » Les fichiers, vendus 30 % de moins que leur version imprimée, sont disponibles sur différentes plateformes et sur le site de l'éditeur. Les ventes représentent 3 % du chiffre d'affaires global de l'éditeur. "Le marché s'organise peu à peu, estime Jean Arbeille. Nos ventes d'ebooks commencent à devenir significatives. Elles pourraient atteindre 4 à 5 % d'ici à la fin de l'année et 10 % à l'horizon 2015. » Quae prépare également une cinquantaine de titres au format ePub destinés à la lecture sur les supports nomades.

Les Presses polytechniques universitaires romandes ont, de leur côté, lancé trois plateformes l'été dernier : une plateforme Izibook, une application avec une centaine de titres pour la boutique Apple et Média info, qui contient une vingtaine de documents consultables en streaming gratuitement. Certains secteurs spécialisés sont plus favorables au développement du livre numérique. Chez Arcature, par exemple, les versions numériques du Dicobat, en consultation en ligne sur abonnement ou en téléchargement après achat du logiciel, représentent désormais 15 % du chiffre d'affaires global. "Cette offre est en train de trouver sa place, en particulier auprès des professionnels qui l'utilisent en mobilité », observe Aymeric de Vigan, gérant d'Arcature. Chez Eyrolles, la vente de livres numériques représente 1 à 2 % du chiffre d'affaires et progresse doucement. L'éditeur propose 1 500 titres en PDF auxquels s'ajoutent désormais 500 titres au format ePub, vendus à moins 25 % du prix de livre papier. "Les résultats ne sont pas encore à la hauteur de ce que l'on espérait, reconnaît Sébastien Bago, chef de projet numérique chez Eyrolles. Pour moi, le principal frein est l'insuffisance de l'offre. Les éditeurs ne veulent pas se lancer parce que le marché n'existe pas, mais tant qu'il n'y aura pas une offre conséquente, le marché aura du mal à décoller. Et il faut rendre l'achat des ebooks aussi facile que pour les livres. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. »

Chez Springer, qui fait figure d'exception sur le marché français en annonçant un chiffre d'affaires lié à la vente d'ebooks équivalent à 25 % du chiffre d'affaires total de l'éditeur en France, le constat est similaire. "La France est en retard par rapport à d'autres pays européens, estime Nick Barber, responsable des ventes. Certains éditeurs français sont trop frileux. Nous, nous observons un marché en plein essor. Les institutions s'intéressent de plus en plus aux ebooks. Certaines ont décidé de migrer complètement vers la documentation électronique. C'est plus efficace en termes d'accessibilité et en termes de coût. » L'intégralité du fonds (44 000 titres) est disponible en version électronique et Springer commence à développer son offre au format ePub dans lequel la majorité des titres devrait être disponible d'ici à la fin de l'année. L'éditeur n'hésite pas non plus sur les moyens pour commercialiser son offre : trois personnes sont chargées de la vente d'ebooks sur le marché universitaire.

LES STM, CIBLES DU PIRATAGE NUMÉRIQUE

Les fichiers illégaux représenteraient moins de 2 % de l'offre légale papier.- Photo OLIVIER DION

Parue en mars, la dernière enquête du Motif (observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France) sur l'offre illégale de livres numériques en France (1) estime entre 2 000 et 3 000 le nombre de fichiers illégaux, soit moins de 2 % de l'offre légale papier. Sans grande surprise, les ouvrages très grand public et les best-sellers y sont prédominants, mais les livres de sciences, techniques et médecine y sont également très représentés. Dans le classement des éditeurs français les plus piratés, Eyrolles arrive à la première place, immédiatement suivi par Dunod. Micro-application se classe en 11e position. "Les éditeurs de STM disposent de catalogues de livres numériques particulièrement bien fournis, note Mathias Daval, auteur de l'étude. Une bonne partie des fichiers piratés semblent l'être, d'après notre analyse, depuis les plateformes légales de téléchargement."

Autre paramètre qui, selon Mathias Daval, expliquerait la forte présence des livres de sciences et techniques parmi les fichiers illégaux : ces ouvrages ne sont pas lus de manière linéaire mais plutôt consultés et ciblés en fonction d'une recherche d'information précise. L'informatique représente 10,2 % des fichiers illégaux, les sciences techniques et la médecine 6 %, et l'enseignement 3,3 %. Plus globalement, le secteur du pratique (incluant STM, enseignement, informatique et dictionnaire) représente 37,7 % des titres piratés. Concernant l'édition professionnelle, l'auteur observe que le piratage dans ce secteur est occulte car la circulation des fichiers se fait par des FTP privés ou des envois de courriers électroniques au sein des entreprises. "Il est évident que l'édition professionnelle est sous-évaluée dans notre échantillon par rapport à la réalité du piratage", conclut Mathias Daval. De bien mauvaises nouvelles, à l'heure où la plupart des éditeurs du secteur développent une offre de livres électroniques.

(1) www.lemotif.fr/fr/e-motif/elabz-/ebookz/

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