Emmanuel Macron n'est pas favorable à la réédition des pamphlets de Céline | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, avec afp, le 08.03.2018 à 13h34 (mis à jour le 08.03.2018 à 14h00) Antisémitisme

Emmanuel Macron n'est pas favorable à la réédition des pamphlets de Céline

Emmanuel Macron : "Nous avons beaucoup d'œuvres de Céline qui permettent de l'enseigner". - Photo PHOTO OLIVIER DION

Alors qu'Antoine Gallimard réfléchit toujours à la manière de rééditer les pamphlets antisémites de Céline, le président de la République, à l'occasion du dîner annuel du Crif, a expliqué qu'il n'était pas nécessaire, selon lui, de publier ces textes. En revanche, il regrette la décision de retirer Charles Maurras des commémorations de 2018.

Emmanuel Macron, invité mercredi du dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), a laissé entendre qu'il désapprouvait le projet de Gallimard de rééditer les pamphlets antisémites de Céline mais s'est dit "heureux" d'un tel débat.

"Il n'y a pas dans notre pays de police mémorielle et morale des éditions dans le sens où je dirais "j'interdis la publication de ces écrits". Je ne vais pas trancher ce débat mais je veux donner quelques indications", a-t-il expliqué devant le millier d'invités présents, dont une quinzaine de ses ministres.

Un débat utile

Antoine Gallimard avait  suspendu le projet de réédition des trois pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline – Bagatelles pour un massacre, L’École des cadavres et Les beaux draps - après trois semaines de controverses publiques: "Au nom de ma liberté d'éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l'envisager sereinement", écrivait-il dans un communiqué le 11 janvier.

L'éditeur, dans une interview au JDD le 3 mars, est revenu sur cette décision: "Il ne me paraît plus possible d'omettre un pan entier des écrits de Céline de sa bibliographie." Conscient "que la publication d'une édition critique des Pamphlets ne vienne nourrir un antisémitisme toujours fortement présent dans notre société", il affirme qu'il n'y renonce pas. "Une de mes pistes de réflexion est d'associer ma maison à un institut de recherche – pour marquer mieux encore le sens de notre démarche historienne et pédagogique", confie l'éditeur au journal dominical.

Au dîner du Crif, Emmanuel Macron a rappelé hier que "Céline avait souhaité que ces écrits ne soient pas republiés car il en avait en partie honte". "Nous avons beaucoup d'œuvres de Céline qui permettent de l'enseigner. Je ne crois pas que nous avons besoin de ces pamphlets", a-t-il dit. "Mais je suis très heureux que dans notre pays il puisse y avoir des éditeurs qui se posent cette question sans la purger" et suscitent un "débat adulte". "Mais vous avez compris, je crois, de quel côté j'inclinais", a-t-il conclu. 

Affaire sensible

"Ce que vous avez dit tout à l'heure, cher Serge, vaut mieux que toutes les décisions venues d'en haut", a-t-il ajouté à l'intention de Serge Klarsfeld, qui avait protesté contre le projet de Gallimard de republier les pamphlets dans une édition critique. 

"Les auteurs de textes antijuifs pourraient s'en donner à cœur joie si les pamphlets de Céline étaient réédités et légitimés par un éditeur prestigieux". "Comment les Soral et les Dieudonné pourraient-ils être sanctionnés par la loi puisque leurs écrits sont loin d'atteindre l'abjection de ceux de Céline ?", a plaidé le chasseur de nazis. "Ces pamphlets ont été des best-sellers dans la France de 1938 et risqueraient de le redevenir dans la France d'aujourd'hui", a déploré le militant pour la mémoire de la Shoah. 

"Les orphelins des déportés, ceux qui dans leur enfance ont connu et aimé les victimes de la Shoah n'ont pas tous disparus, ils sont encore debout. M. Gallimard, ayez la décence d'attendre notre mort pour tenter à nouveau d'inscrire ces pamphlets dans le catalogue de la Pléiade dont votre grand-père a renvoyé le créateur en application du statut des juifs !", a lancé Serge Klarsfeld. 

Le cas Maurras

Le chef de l'Etat a, en revanche, estimé qu'il ne fallait "pas occulter la figure de (Charles) Maurras", l'écrivain d'extrême droite que sa ministre de la Culture Françoise Nyssen a fait retirer du livret des commémorations 2018 après des protestations d'associations antiracistes. "Nous devons la regarder comme faisant partie de l'histoire de France, l'occulter c'est vouloir reconstruire une autre forme de refoulé post-mémoriel et post-historique et cela dit quelque chose de nos propres faiblesses", a-t-il estimé. 

Le 27 janvier, Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et haine anti-LGBT avait demandé le retrait de Charles Maurras du Livre des commémorations nationales 2018 (éditions du Patrimoine). "Commémorer c’est rendre hommage. Maurras, auteur antisémite d’extrême-droite, n’a pas sa place dans les commémorations nationales 2018." Françoise Nyssen avait alors ordonné le rappel de l’ouvrage et sa réimpression "après retrait de la référence à Maurras." 

 
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