Cadrage
Franck Courtès a fait carrière en tant que photographe portraitiste pour Les Inrockuptibles, Libération, Télérama, Le Monde, Lire, etc. L'écriture n'est pourtant pas une reconversion, c'est un premier amour. Dès qu'il a su tenir un stylo, il a écrit. D'abord du texte qu'il copiait pour le plaisir, comme ses Oui-Oui, puis des fictions, en parallèle de la tenue de carnets intimes. La photo s'est invitée pour lui permettre de « raconter des choses sans avoir à utiliser les mots ». Parce qu'il juge, alors, les siens mauvais. De cette expérience de photographe, il a tiré un sens de la prise de vue littéraire. Il travaille avec des « choses vraies », qu'il « met en scène, cadre exprès pour faire dire autre chose ».
Autofiction
Son précédent livre, le sixième, À pied d'œuvre, (Gallimard, 2023) le brossait en ex-photographe et nouvel écrivain sans ressources, découvrant les petits boulots manuels et la réalité du déclassement social. « Mais l'autodérision y est fausse. Évidemment, ça ne s'est pas passé comme ça ; c'est purement imaginaire. » Son écriture se situe « à la frontière » de la fiction, dit-il, comme dans Le petit cosmonaute, où le protagoniste, Aurélien, est inventé - « moi j'ai été marié, j'ai des enfants, je vais très bien », tandis que le personnage de la mère, atroce, est fidèle à la sienne. « Je dirais que, chaque fois, il y a un tiers de vrai et un tiers de complètement faux. Et une espèce d'entre-deux qui est juste crédible. »
Sincérité
Chaque livre semble s'offrir comme un volet analytique de l'existence de l'auteur. Par le biais de ses doubles de papier, il pose un regard candide sur le monde. Sa quête ? La « sincérité ». « La seule vraie justesse est de penser vraiment » ce qu'il écrit, même si ce n'est pas toujours vrai. L'écrivain dit « adorer douter ». Pour lui, écrire est une manière de grandir.
Trajectoires
Franck Courtès travaille sur les transformations intimes et celles de la société. Comment on devient écrivain dans La dernière photo, comment on aborde le déclassement dans À pied d'œuvre, comment la drogue arrive dans les villages dans Sur une majeure partie de la France, « comment grandit un enfant élevé sans amour » dans Le petit cosmonaute. Enfin, dans son prochain recueil de nouvelles : comment être un homme de nos jours.
Colère(s)
Franck Courtès avoue pouvoir être submergé par des colères noires, après les avoir tues « comme un alcoolique cache son alcoolisme ». Il peut en venir aux mains. Facteur déclencheur des ravages : les hommes qui tentent de lui en « imposer ». Ces colères ne sont pas le fuel de son écriture, mais d'elles il tire « le regret des mauvais choix » qui la jalonne. Des colères comme celles de sa mère, la vraie, la violente, devenue celle d'Aurélien dans le roman.
Le petit cosmonaute
Julliard
Tirage: 12 000 ex.
Prix: 21,90 € ; 320 p.
ISBN: 9782260057642
