« Ceci n’est pas qu’une librairie », préviennent Cécile Masson et Guillaume Chaix. Inauguré le 12 juin à Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, Le Parvis incarne cette promesse : un lieu hybride, à la fois librairie, café et espace culturel, où convergents littérature, rencontres, médiation culturelle et propositions artistiques multiples.
Le projet a « planté ses bâtons » dans un bâtiment emblématique de la vallée : une ancienne fabrique de skis, dont les origines remontent au début des années 1920. À l’époque, Émile Chaix fonde la première fabrique de skis de la ville, qui compte aujourd’hui quelque 7 500 habitants, avec l’ambition de démocratiser la pratique. Après sa disparition, son épouse et sa fille, Rosette Chaix, reprennent l’entreprise, bientôt rejointes par Jacques Vanoni, qui épousera Rosette Chaix.
Ensemble, ils développent Chaix-Vanoni, marque pionnière du monoski dans les années 1970. Vingt ans plus tard, le couple prend sa retraite. Il envisage un temps de transformer le site en musée, avant d’abandonner le projet et d'en fermer les portes.
Une fabrique de skis transformée en « librairie-café-etc. »
Il faudra attendre 2023, soit près d’un siècle après sa création, pour que la fabrique revienne à la vie. Aux manettes de cette nouvelle dynamique, Cécile Masson, musicienne et programmatrice culturelle, et Guillaume Chaix, ancien journaliste diplômé d’histoire et auteur. Tous deux animés par le rêve d’ouvrir une librairie, ils se lancent dans l’aventure à la sortie de la pandémie de Covid, imaginant un espace capable de combler un certain manque culturel dans la vallée.
Compagnons à la vie comme en librairie, Cécile Masson et Guillaume Chaix ont chacun des trajectoires professionnelles bien remplies, souvent proches de la littérature et des arts.- Photo LE PARVISPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Lors de sa quête d’un local, le couple redécouvre la fabrique, située à quelques encablures de leur domicile. La rencontre relève de l’évidence. « Comme les humains peuvent avoir des coups de foudre entre eux, nous en avons eu un pour ce bâtiment resté dans son jus », confie Guillaume Chaix.
Un second coup de cœur se produit lorsque le couple entre en contact avec Chantal Vanoni, fille de Jacques Vanoni et Rosette Chaix, qui accueille le projet à bras ouverts, allant jusqu’à prendre en charge les travaux de rénovation. De leur côté, les nouveaux libraires investissent dans l’aménagement, aidés par les subventions octroyées par la commune et la région.
Titanesque et interrompu par d’heureux événements personnels, le chantier prend deux ans. D’autant plus que, dès le départ, l’ambition dépasse le simple cadre commercial. « On était partis pour une librairie-café-théâtre », explique Guillaume Chaix. Au fil du temps, le projet évolue vers une forme plus ouverte : une « librairie-café-etc. », où « le “etc.” contient beaucoup de choses en germe », s’amuse Guillaume Chaix, évoquant aussi un clin d’œil à une rubrique culturelle qu’il animait autrefois en tant que journaliste.
« Le livre est l'outil le plus transversal pour conjuguer tout ce qu'on aime »
Au cœur de cette démarche originale, le livre s’impose néanmoins comme le fil conducteur. « C’est l’outil le plus transversal pour conjuguer tout ce qu’on aime : l’histoire, la musique, la littérature. Il permet de parler de mille et une choses », souligne Guillaume Chaix, qui confie avoir été fortement marqué par les concepts de librairie-café, lors de ses études à Lyon.
Le Parvis revendique également son ancrage au cœur de l’histoire du site qu’il a investi. De nombreux éléments d’origine ont donc été conservés par les libraires, dont une scie à ruban, élément central de la librairie, d’anciens établis, des chaises fabriquées sur place ou encore de monoskis.
La librairie Le Parvis présente également une offre de papeterie soigneusement sélectionnée.- Photo LE PARVISPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Empêché dans l’installation d’une scène fixe pour accueillir les prestations théâtrales, le couple a finalement opté pour un mobilier modulable, permettant de transformer l’espace au gré des envies et des événements. La programmation se veut en effet dense et plurielle : cycles de conférences, rencontres littéraires, concerts acoustiques, ateliers de méditation culturelle…
Autant de propositions qui intègrent la définition du métier de libraire, liant social et passeur de savoirs, que les nouveaux dirigeants défendent. Cet été, la librairie prolongera par ailleurs l’expérience du lieu en ouvrant ses portes chaque samedi soir, invitant le public à la redécouvrir autrement.
« Cette librairie a été conçue dans une forme de radicalité »
Avec ses 150 m² de surface commerciale, son jardin de près de 100 m² et 4 500 références dans les rayons, Le Parvis entend aussi devenir un espace accessible à tous. Située face à la gare et à proximité d’un quartier populaire, la librairie attire déjà un public varié, constitué d’habitués comme de visiteurs moins familiers des librairies. « À défaut de toujours réussir à faire lire les gens, on les amène à côtoyer les livres. On sème des graines », résume Guillaume Chaix.
Fidèle à son esprit, le lieu valorise également les circuits courts et la création locale. Les boissons proviennent de producteurs et artisans de la région. La papeterie met à l’honneur des cartes postales réalisées par Cécile Masson et Guillaume Chaix eux-mêmes ; lesquels nourrissent, par ailleurs, l’ambition de développer un jour leur propre maison d’édition.
Pour le moment, le couple se contente toutefois d’intégrer une offre diversifiée et toujours en lien avec l’univers livresque : des produits de papeterie signés par les éditions du Désastre, des puzzles en collaboration avec la collection « Zozoville » de la marque Heye, ou encore des reproductions d’œuvres d’artistes espagnols et néerlandais.
« On croit beaucoup à l’idée d’hybridité, avec pour cœur névralgique le livre et pour piliers la médiation culturelle et l’espace café », résume Guillaume Chaix. Avant de conclure : « Cette librairie a été conçue dans une forme de radicalité, c’est-à-dire un retour à nos racines. Et nos racines, c’est notre humanité. On essaye donc de faire un lieu où les humanités de chacun peuvent s’exprimer.


