À 19 ans, il a quitté sa province pour la grande ville, Montréal la jamais nommée, à la fois Sodome de tous les plaisirs et effrayante, hantée par des voisines dingues, des chats maléfiques, Rihanna et ses tubes matraqués partout, et des personnages qui ont tous les yeux de ceux de Modigliani. Comme ceux que finit par peindre sa coloc, Rosabel, étudiante en arts visuels. Lui, le narrateur, est censé étudier la littérature à l'université, mais il n'y mettra jamais les pieds. D'ailleurs, il ne lit rien, et l'avouera, à un moment, à l'un de ses amants.

Car, sitôt débarqué et installé, le garçon s'inscrit sur un site de rencontres gay sur son portable, et ça matche rapidement. Jeune, plutôt beau gosse même s'il se trouve trop maigre, diaphane, les amateurs sont nombreux à vouloir l'aider à « péter le cube », comme il dit dans son sabir contemporain. Autrefois, on disait « jeter sa gourme », ou « s'éclater ». Il perd son pucelage dans un motel glauque avec Piero, un type moche, sale, marié. Ensuite il y aura Édouard, un Français adepte des plaisirs extrêmes, qui l'entraînera dans des partouzes. Puis Michel, un pianiste mature, qui vit dans une somptueuse villa. Puis Jérôme, un beau blond de 28 ans, avec qui il vivra une grande histoire d'amour, sa première, jusqu'à ce que l'autre le piège dans un plan sordide. La rupture sera violente et douloureuse. Il y aura aussi Nikö Galas, le photographe d'éphèbes nus, qui le choisira comme modèle pour une série dans un cimetière, diffusée sur les réseaux sociaux. Ou encore le mannequin Kurtis Vaughn, hétéro divorcé, déprimé, amateur de teenagers dont il fait ses esclaves sexuels, filmant leurs ébats pour les envoyer sur la Toile. Et même Richard, le propriétaire de leur condominium, mari de Florentia, la voisine cinglée qui vit dans un univers parallèle et y entraîne son jeune locataire.

La chair est bien triste, en définitive, et la fête fugitive. Le héros attrape des maladies vénériennes, rompt avec Jérôme, se voit lâché par Nikö qui fuit la ville. Et, surtout, va vivre avec effroi la maladie de sa mère, atteinte d'un cancer du rein. Toutes ces histoires se rejoindront dans un finale halluciné, aux allures de fin du monde et d'incendie. Sodome, encore.

Avec ce deuxième livre, autofiction à l'américaine en VO québécoise, qui doit beaucoup à Brett Easton Ellis et au creative writing, avec sa minutie dans les détails et ses dialogues un peu trop abondants, Antoine Charbonneau-Demers confirme son talent singulier. Good boy est un roman d'initiation 2.0, sombre et désespéré. Le cube pété, certes, mais what else ?

Antoine Charbonneau-Demers
Good boy
Arthaud
Tirage: 0
Prix: 19.90 EUR
ISBN: 9782081514409

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités