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FeniXX, dix ans au service de la seconde vie numérique des livres indisponibles

Émilie Delaporte, directrice générale de FeniXX - Photo DR

FeniXX, dix ans au service de la seconde vie numérique des livres indisponibles

Dix ans après le début de la commercialisation des œuvres indisponibles du XXe siècle, FeniXX poursuit sa mission de redonner vie à des milliers de livres. Malgré l'arrêt du programme ReLIRE, la structure continue de valoriser ce patrimoine éditorial, tout en investissant dans l'accessibilité numérique de son catalogue.

Par Charles Knappek
Créé le 08.07.2026 à 12h43

Créée en 2014 par le Cercle de la Librairie (maison mère d'Electre et de Livres Hebdo), FeniXX a célébré en 2025 les dix ans de la recommercialisation du catalogue dont elle a la charge. Une décennie consacrée à une mission singulière : redonner une visibilité commerciale à des milliers de livres du XXe siècle qui avaient disparu des rayons, sans pour autant être tombés dans le domaine public.

L'histoire de FeniXX est indissociable du programme ReLIRE, mis en place après la loi du 1er mars 2012. Ce dispositif visait à faciliter l'exploitation numérique des ouvrages publiés avant 2001, toujours protégés par le droit d'auteur mais n'étant plus commercialisés sous forme imprimée ou numérique. La Bibliothèque nationale de France a été chargée d'établir le registre des livres indisponibles, tandis que la Sofia délivrait les licences d'exploitation numérique aux éditeurs.

Catalogue très spécifique

FeniXX a alors été créée pour assurer la numérisation, la fabrication des fichiers de livres numériques (aux formats EPUB et PDF) et la commercialisation de ces ouvrages. « Notre mission est d'être l'intermédiaire technique et commercial qui permet de donner une nouvelle exploitation à ce catalogue très spécifique, tout en gérant des droits pour les auteurs et les éditeurs », résume sa directrice, Émilie Delaporte, arrivée dans l'entreprise dès 2015.

Le dispositif a toutefois connu un coup d'arrêt en 2016. Saisie par plusieurs auteurs, la Cour de Justice de l'Union européenne a jugé que le mécanisme français n'assurait pas une information suffisamment individualisée des ayants droit. Le Conseil d'État a alors décidé de mettre fin à l'alimentation de ReLIRE, tout en maintenant les licences déjà accordées. Depuis, aucun nouveau titre n'est venu enrichir le catalogue.

Des ventes solides

FeniXX poursuit néanmoins son activité en valorisant ce patrimoine éditorial constitué avant cette décision. Son catalogue rassemble aujourd'hui 96 550 livres numériques issus de 56 maisons d'édition, dont une forte proportion d'ouvrages en sciences humaines et sociales publiés notamment par les Presses universitaires de France ou le CNRS.

Au total, 72 % des références ont déjà trouvé au moins un lecteur, pour plus de 664 000 exemplaires vendus depuis l'origine. Si les ventes ont culminé pendant la période du Covid, elles restent solides malgré l'absence de nouveautés depuis 2023. En 2025, FeniXX a vendu près de 62 000 livres numériques, pour un chiffre d'affaires d'environ 333 000 euros. Les particuliers représentent 90 % de l'activité, principalement via les grandes plateformes de distribution, Amazon gérant à lui seul près de la moitié des ventes. L'entreprise développe également sa présence auprès des bibliothèques grâce à des partenariats avec Cairn, Numérique Premium, Cyberlibris et bientôt Erasmus.

Structure particulièrement légère, FeniXX fonctionne avec une seule salariée, Émilie Delaporte, tandis que la présidence est assurée par Alban Cerisier, secrétaire général du groupe Madrigall. La surveillance de la société est également assurée par un comité d'éditeurs. Les coûts de production des ouvrages ayant désormais été presque amortis, notamment grâce au soutien de l'État et du CNL, l'objectif est avant tout de maintenir l'activité commerciale de ce fonds patrimonial, le catalogue n'ayant plus vocation à s'agrandir. « Nous sommes désormais sollicités, la Sofia et nous-mêmes, par des auteurs qui souhaiteraient pouvoir rejoindre ce programme, sans qu'on puisse hélas répondre à leur souhait », précise Émilie Delaporte.

Accessibilité numérique et développement de l'universitaire

L'entreprise entend également se positionner sur un autre enjeu majeur : l'accessibilité numérique. Bien qu'exemptée de certaines obligations applicables aux nouveaux livres numériques à l'horizon 2030, compte tenu de ses ressources humaines et financières, FeniXX a choisi d'engager un important travail de remédiation de son catalogue de fonds.

Mené avec EDRLab, le projet Soliman (pour Solution d'Optimisation des Livres Indisponibles et de leurs Métadonnées pour l'Accessibilité Numérique) a permis d'inférer et de déclarer l'accessibilité de quelque 18 000 fichiers EPUB, notamment en automatisant une partie de l'enrichissement des métadonnées.

Un second programme, conduit avec EDRLab et Isako, filiale de Cairn, doit désormais explorer les possibilités d'améliorer l'accessibilité des ouvrages universitaires, notamment par la description des images signifiantes et indispensables à la compréhension de ces contenus complexes. Un projet de recherche qui repose sur un corpus limité et un environnement fermé, loin des interprétations selon lesquelles les contenus seraient utilisés pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle.

Ce dispositif patrimonial reste encore aujourd'hui unique au monde dans son triple volet juridique, technique et commercial. Plus de dix ans après sa création, FeniXX poursuit ainsi sa mission initiale : préserver et diffuser un pan important du patrimoine éditorial français, tout en adaptant progressivement ce fonds aux nouveaux usages et aux exigences de l'édition numérique afin de garantir l'accès le plus large possible aux lecteurs qu'il intéresse.

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