Placé sous le signe de la bande dessinée, du voyage et de la gastronomie, le Festival du livre de Paris a donné son coup d’envoi jeudi soir sous la verrière du Grand Palais, dans le VIIIe arrondissement de la capitale. Les sujets de préoccupations ne manquaient pour les acteurs de la filière : marché orienté à la baisse, recul de la lecture chez les jeunes, ou encore montée en puissance de l’intelligence artificielle… sans oublier le sujet qui agite depuis deux jours le monde de l’édition : le licenciement du P-DG de Grasset Olivier Nora.
C’est pourtant par une note optimiste que la soirée s’est ouverte avec, en préambule des discours inauguraux, la signature d’un accord inédit sur la réforme du code prix, en présence de la nouvelle ministre de la Culture Catherine Pégard. Une étape importante pour la filière, menée sous l'égide du médiateur du livre Jean-Philippe Mochon, plus de 40 ans après l’instauration du prix unique par la loi du 10 août 1981.
Le Japon invité d'honneur en 2028
Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l’édition, et Laurence Tison-Vuillaume, présidente du pass Culture, ont dans la foulée paraphé l’accord de partenariat annoncé le 14 avril et visant à renforcer la place du livre et de la lecture dans les pratiques culturelles des jeunes.
L’organisation a aussi révélé que le Japon sera le pays invité d’honneur de l’édition 2028 alors même qu’on ignore encore le nom de celui qui sera retenu pour 2027. « Ce sera un pays européen », a seulement dévoilé Pierre-Yves Bérenguer lors de son discours inaugural sous la verrière du Grand Palais. Évoquant les « turbulences » traversées ces dernières semaines, en référence notamment à l’annulation du partenariat avec Amazon, le directeur du festival a rappelé l’importance des partenariats privés dans l’économie des grandes manifestations culturelles. Avant d’annoncer la mise en place d’un mécénat d’entreprise avec le SNE à partir de l’année prochaine, comme il l'avait déjà confié à Livres Hebdo la semaine dernière. Il s’est aussi réjoui du dispositif mis en place pour la bande dessinée, invitée d’honneur après l’annulation du festival d’Angoulême. « L’espace BD a été conçu en trois mois, en mode start-up », s’est-il félicité.
Lui succédant à la tribune, le président du SNE Vincent Montagne a pour sa part ouvert son discours en saluant « la personnalité » du désormais ex-P-DG de Grasset. « Olivier Nora est un très grand éditeur qui depuis 26 ans a œuvré à la tête de Grasset, cette maison centenaire et qui a fait naître tant de plumes remarquables, a-t-il déclaré. Quelles que soient les raisons des différents éditoriaux qui ont pu advenir, je voudrais rappeler ici que l’édition est un milieu fragile, qui a besoin du temps long, se construit dans la durée, avec patience et dans le dialogue. »
Catherine Pégard : « Nous ferons du livre une alternative aux écrans »
Vincent Montagne s’est également réjoui de la préservation du pass Culture, dont le « démantèlement » avait pu être redouté en 2025, et a salué la proposition de loi déposée par plusieurs sénateurs pour « défendre la création contre le pillage sauvage » des œuvres par l’intelligence artificielle.
Après avoir elle aussi rendu hommage à Olivier Nora, Catherine Pégard, a insisté sur le rapport de confiance qui caractérise les relations que nouent les éditeurs avec leurs auteurs. La ministre de la Culture est ensuite revenue sur le déplacement, plus tôt dans la journée à Villers-Cotterêts, du président de la République Emmanuel Macron. Lors de sa visite à la Cité internationale de la langue française, le chef de l’État a en effet plaidé pour la mise en place d’une « journée sans connexion » mensuelle destinée aux enfants et adolescents. « Nous ferons du livre une alternative aux écrans », a lancé Catherine Pégard, avant de rappeler que « les écrans peuvent aussi amener aux livres », saluant notamment le rôle joué en ce sens par l’audiovisuel public.
Du 17 au 19 avril, le festival s’apprête désormais à accueillir visiteurs et professionnels venus échanger et débattre autour des enjeux de la filière. Un grand nombre de tables rondes seront proposées, dont deux consacrées à Fileas, qui franchit une étape inédite en ouvrant l'accès aux ventes quotidiennes de livres. Très attendues également, des rencontres dévoileront les résultats de l’étude de l’Edif sur l’édition indépendante francilienne, et du baromètre annuel Sofia/SNE/SGDL sur les livres imprimés neufs et d’occasion, les livres numériques et les livres audio. Le réseau des événements littéraires et festivals (Relief) dévoilera également un panorama de son action culturelle à travers l’Hexagone.
