Essai/France 6 novembre Patrick Barbier

Fines perles du baroque

Fines perles du baroque

Apollo et Daphné par Le Bernin (détail). Galerie Borghèse, à Rome. - Photo ALVES GASPAR/CC BY-SA 4.0

Fines perles du baroque

Patrick Barbier signe un essai sur un style au concept fuyant et à la manière néanmoins distinctive, qui touche tous les arts.

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Par Sean James Rose,
Créé le 26.11.2019 à 17h33

Baroque, avant de désigner un style, signifiait quelque bizarrerie, une étrange singularité chez un être, dans une chose, une situation, une manière. En joaillerie, baroque, qui vient du portugais barrocco, c'est la perle imparfaite, irrégulière. Aujourd'hui on parle d'art baroque (Le Bernin, Versailles, Rubens, Poussin), de musique baroque (Bach, Purcell, Lully, Vivaldi), de littérature baroque (Shakespeare, Góngora, Agrippa d'Aubigné, Corneille), d'âge baroque - grosso modo, le XVIIe siècle... En fait, déjà à partir de la seconde moitié du XVIe.

Le baroque est cette esthétique née de la Contre-Réforme, voulue par le Concile de Trente (1545-1563) pour contrer l'austère vision des protestants, leur rationalisme asséchant : il fallait un style exubérant, grandiose, suscitant la terreur et la pitié, jouant sur l'illusion et assumant le monde comme théâtre, entraînant les fidèles dans le sublime vertige de foi. L'historien de l'art suisse Wölfflin, en bon formaliste, détermine ce qui fait qu'une architecture est baroque plutôt que classique : par exemple, le goût pour la ligne courbe plutôt que pour la droite. L'essayiste catalan Eugenio d'Ors, quant à lui, ne circonscrirait pas le baroque à une période historique précise mais le définirait comme un tempérament, une esthétique du mouvement. Walter Benjamin, Gilles Deleuze, Benito Pelegrín... moult encre a coulé. Aujourd'hui c'est Patrick Barbier qui ajoute une pierre à l'édifice avec Pour l'amour du baroque.

Historien de la musique et italianiste, Patrick Barbier, qui signa notamment une Histoire des castrats (Grasset, 1989), présente ici sa dilection profonde pour le baroque à travers un essai aux allures d'abécédaire, allant d'« Apollon et Daphné », emblématique statue du Bernin, à « Zaïs, Zulma, Zoroastre et les autres », noms de personnages exotiques qui foisonnent dans les opéras-ballets de Rameau. Sans omettre des entrées comme « Trompe l'œil », « Rococo », « Venise », « Mort (et vanité) » et même le péjoratif « Baroqueux ». Certaines entrées rendent hommage aux prédécesseurs tels « Philippe Beaussant », l'auteur de Versailles, Opéra, et « Dominique Fernandez », son mentor dans le domaine. Corneille, baroque ou classique ? Quid de Racine ? Patrick Barbier nous instruit et corrige les lieux communs sur le baroque (non, les jésuites n'en sont pas les seuls champions). Après lecture, on voit ce qu'est le baroque- le goût, la manière, quoique le concept demeure un peu fuyant. Mais l'art de la fugue, n'est-ce pas baroque ?

Patrick Barbier
Pour l'amour du baroque
Grasset
Tirage: 2 800 ex.
Prix: 19 euros ; 368 p.
ISBN: 9782246815204

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