Françoise Héritier, ethnologue et anthropologue, est décédée | Livres Hebdo

Par Pierre Georges, Vincy Thomas, le 15.11.2017 à 12h49 (mis à jour le 15.11.2017 à 14h57) Disparition

Françoise Héritier, ethnologue et anthropologue, est décédée

Françoise Héritier - Photo DR

Une semaine jour pour jour après avoir reçu du Femina un prix spécial, l'anthropologue, ethnologue et figure féministe Françoise Héritier est décédée, mercredi 15 novembre 2017.

Le jour de ses 84 ans, Françoise Héritier est décédée mercredi 15 novembre à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, annonce Le Monde. Une information confirmée par son éditeur, Odile Jacob. 

De l'EHESS au Collège de France 

Elle a débuté sa carrière en 1957 à l'Institut des Sciences humaines appliquées de Bordeaux. Quatre ans plus tard, elle devient directrice du Centre d'analyse et de recherche documentaires pour l'Afrique noire. Elle est nommée directrice d'études à l'EHESS en 1980, rôle qu'elle tiendra durant près de 20 ans. Elle cumulera avec le statut de professeur au Collège de France où elle inaugure la chaire d'Etude comparée des sociétés africaines.

Spécialiste des différences et les inégalités entre le masculin et le féminin, militante féministe engagée, notamment auprès du Parti socialiste, membre d'honneur de l'association Femmes & Sciences, elle a notamment reçu les Palmes académiques, et fut doctor honoris causa de deux universités. Elle fut aussi membre du Haut Conseil de la Francophonie de 1984 à 1989, présidente de la Commission des sciences sociales au Centre national des lettres (1986-1989), présidente du Conseil national du sida (1989-1995).

Thèmes et travaux

Françoise Héritier a reçu le Prix Irène-Joliot-Curie en 2003, récompense qui veut valoriser la place des femmes dans le milieu scientifique. Elle, qui a consacré l'essentiel de ses recherches aux fondements de la domination masculine, a rappelé avec humour à l'occasion de cette remise que si son mentor, Claude Lévi-Strauss, l'avait présentée en 1957 pour une mission financée par le gouvernorat de l'AOF, le gouvernorat lui-même n'avait pas voulu d'elle, durant quelques mois, parce qu'elle était une femme. Ses travaux se concentrent essentiellement sur "l'anthropologie sociale sur la parenté et le fonctionnement des systèmes semi-complexes d'alliance, sur la notion d'inceste, sur les rapports des catégories de genre, sur la violence, sur l'anthropologie symbolique du corps."

Tout autant de domaines qu'elle a déclinés en livres.

Françoise Héritier est l'auteure de multiples ouvrages depuis la fin des années 1950. En 1981, elle écrit L'exercice de la parenté (Seuil), De l'inceste, avec Boris Cyrulnik et Aldo Naouri et la collaboration de Dominique Vrignaud et Margarita Xanthakou (Odile Jacob, 1994), De la violence (en deux tomes) d'après son séminaire (Odile Jacob, 1996 et 1999), Masculin-Féminin (en deux tomes La pensée de la différence et Dissoudre la hiérarchie, toujours chez Odile Jacob, en 2002), L'Identique et le différent: entretiens avec Caroline Broué (L'Aube, 2008), Pour une anthropologie symbolique du corps dans la collection "A voix haute" de Gallimard (2008), Hommes, femmes: la construction de la différence (Le Pommier, 2010), La différence des sexes (Bayard, 2010), Le sel de la vie: lettre à un ami, Prix Simone Veil et Prix de la fondation Martine-Aublet (Odile Jacob, 2012) et Sida, un défi anthropologique, recueil de textes rédigés dans les années 1990 (Belles Lettres, 2013).

Un prix Femina spécial

Mercredi 8 novembre, elle recevait un prix spécial du jury Femina qui décidait de lui rendre hommage pour l'ensemble de son œuvre. 

Elle avait été sélectionnée par ce même jury pour son dernier ouvrage, Au gré des jours (Odile Jacob), où elle livre ses réflexions sur la capacité à se souvenir des sensations et moments heureux qui font la richesse de la vie.

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